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Semaine du goût
L'alimentation bientôt à l'école

GASTRONOMIE Désignée «Ville suisse du goût», Montreux sera au centre de la 19e Semaine du Goût, du 12 au 22 septembre. Au menu de cet événement qui vise la promotion d'une gastronomie suisse de qualité: fêtes de villages, ateliers dans les écoles, visites de fermes, rencontres avec les producteurs, découvertes de plats et d'aliments divers et variés. Le 28 septembre, les festivités communales prendront fin avec les portes ouvertes de l'Ecole professionnelle de Montreux, dédiée aux métiers de bouche et à la restauration. Montreux offrira en outre une large panoplie de dégustations, d'initiations et d'explorations gustatives, chaque week-end de septembre. Et en parallèle, son syndic et conseiller national Laurent Wehrli annonce une initiative parlementaire visant à inscrire l'éducation à l'alimentation dans les prérogatives de l'école obligatoire.

DR

Gabriel Rego Capela

La Suisse n'a-t-elle vraiment que le chocolat et la fondue dans son arsenal culinaire? Le mythe d'une nation sans grand intérêt gastronomique, faisant pâle figure face aux voisins italien ou français, persiste. Le faire voler en éclats, voilà l'ambition de la Semaine du Goût. Une 19e édition qui vise surtout la pédagogie. Fêtes de villages, ateliers dans les écoles, visites de fermes, rencontres avec les producteurs, découvertes de plats et d'aliments divers et variés; autant d'activités pour aborder, en commun, la nourriture, la diversité des ingrédients et leur saisonnalité, mais aussi les savoir-faire et les traditions qui font les cultures culinaires du pays. «Pendant le mois de septembre, et surtout pendant 10 jours, du 12 au 22 septembre, tout un chacun peut organiser un événement autour du goût, du moment qu'il corresponde à la charte», précise Josef Zisyadis, fondateur de l'événement, pourfendeur de l'alimentation industrielle et fervent défenseur du terroir (voir interview ci-contre).

Portes ouvertes à l'école

Au lieu de parrains, cette Semaine du Goût s'est dotée de 22 marraines, les «artisanes du vin suisse». L'association remonte à 1999 et rassemble des vigneronnes des quatre coins du pays, afin de défendre à la fois les femmes de la profession, mais aussi le patrimoine viticole national. Que les amoureux du raisin soient prévenus, elles seront déjà présentes à la Fête des Vignerons de Vevey. Mais la Riviera sera surtout à l'honneur avec le choix de Montreux comme «ville suisse du goût» pour cette édition, faisant d'elle la capitale des bons vivants le temps d'un mois. Montreux sera au centre de plusieurs événements, non seulement pendant les dix jours de septembre, mais après... et même avant, à commencer par la Bénichon, tradition fribourgeoise importée sur les bords du Léman par les «Amis Fribourgeois de Montreux», et qui aura lieu pendant le dernier week-end d'août. Au programme, musiques folkloriques, jambon, choux, et autres joyeusetés.

Puis pendant la Semaine du Goût à proprement parler, Montreux accueillera même une fête dans la fête: le «StrEat Food Festival», mêlant foodtrucks et artisans divers sur les quais de la ville, du 13 au 16 septembre. Le 28 septembre, les festivités communales prendront fin avec les portes ouvertes de l'Ecole professionnelle de Montreux, dédiée aux métiers de bouche et à la restauration. De quoi contenter les gourmets, qui n'auront d'ailleurs pas que cela à se mettre sous la dent: Montreux offrira en plus une large panoplie de dégustations, d'initiations et d'explorations gustatives, chaque week-end de septembre.

Suisse épicurienne

Dernière surprise, dévoilée début mai, le lancement du projet des «Grands Sites du Goût». Le concept est simple: faire de la Suisse une véritable destination gastronomique mondiale, en créant un réseau national de terroirs, chacun associé à un produit emblématique. La truffe à Grandson, l'absinthe au Val-de-Travers, le sel des Alpes dans le Chablais; ce ne sont pas les propositions qui manquent. Une vingtaine devraient être trouvées d'ici à 2021. Chacun de ces sites fera l'objet d'une promotion touristique, valorisant ses produits, ses artisans et ses savoir-faire, afin de vendre l'image d'une Suisse gourmande et épicurienne. Le défi est lancé!

Bientôt 20 ans après sa création (voir encadré), la Semaine du Goût n'a pas fini de grandir, se développer et s'enrichir. Avec l'ambition d'envoûter les bouches helvétiques par ses saveurs.

Date:30.05.2019
Parution: 951

Josef Zisyadis

Josef Zisyadis: «Trois fermes par jour mettent la clé sous la porte»
Ancien conseiller d'État et conseiller national popiste, Josef Zisyadis consacre désormais ses journées à pourfendre la malbouffe et à défendre une gastronomie locale et de qualité. «La nourriture est éminemment politique», proclame-t-il.

La Semaine du Goût approche. Que représente pour vous cet événement, dont vous êtes l'un des fondateurs ?
> Les gens se posent de plus en plus de questions sur la nourriture qu'ils mangent. L'alimentation a pris un gros poids dans la vie quotidienne. Pourtant, les grands groupes alimentaires interviennent toujours plus dans nos assiettes. Il faut se battre contre cela. Si la Semaine du Goût avait un seul message, ce serait: réapprenez à cuisiner! Arrêtez de dépendre de ces grands groupes, arrêtez de prendre des salades pré-préparées ou des plats surgelés. Faites l'effort, en famille, avec des amis, de cuisiner et d'aller rencontrer les producteurs qui vous préparent la nourriture!

De nouvelles tendances apparaissent, souvent motivées par des raisons de santé, sans gluten, lactose, etc. Qu'en pensez-vous ?
> Des phobies se développent un peu partout: au gras, au gluten... bien sûr, il y a une part de vrai, mais aussi beaucoup d'exagération. Les gens font trop confiance aux modes propagées par la presse et les soi-disant experts. Je pense qu'il faut s'en tenir au bon sens: regarder les saisons, tout d'abord. Il n'y a pas besoin de manger des fraises au mois de février, on les prend quand elles viennent. Il faut s'intéresser à des recettes, apprendre... et se faire plaisir. La nourriture, ce ne sont pas des remèdes à prendre sous ordonnance, c'est avant tout du plaisir.

Mondialisation oblige, de plus en plus de produits des quatre coins du monde inondent les marchés. Vous appelez à une consommation plus locale. Pourquoi, et comment y parvenir ?
>
Il y a trois fermes par jour qui mettent la clé sous la porte en Suisse. Si l'on ne consomme pas local, on va faire disparaître le peu de paysans qu'il y a dans ce pays! Sans consommation locale, pas de souveraineté alimentaire. Alors c'est clair que, par exemple, si on aime le café, on ne peut pas le consommer localement. On peut faire en sorte qu'il soit «fair trade», par contre. Mais pour la plupart des produits, il suffit de suivre les saisons et les changements d'ingrédients qu'ils apportent, plutôt que de consommer les mêmes choses toute l'année. Pour cela, il faut une véritable éducation gastronomique: c'est pourquoi on se bat pour des cours de goût dès la garderie.

Et que dire des mouvements véganes ou antispécistes, qui questionnent la souffrance animale ?
> Je pense que ces mouvements témoignent avant tout d'une envie profonde de changer le rapport à l'animal. L'animal n'est pas un robot, c'est un être vivant, il a ses besoins et il faut le respecter. Néanmoins, à mon sens, il faut surtout centrer la critique sur la nourriture industrielle animale, qui est un véritable scandale. À partir du moment où l'on respecte l'animal et que l'on est en contact avec des producteurs qui font un travail décent, notre rapport à la viande devient totalement différent. C'est pourquoi je ne suis personnellement pas végane, même si je mange très peu de viande, deux fois par semaine au maximum.

Connu pour vos engagements politiques passés, vous vous concentrez désormais sur la promotion d'une cuisine de qualité. Vous vous êtes notamment opposé, dernièrement, à la création d'un KFC à Lausanne. Quel lien entre ces deux aspects de votre vie publique ?
>
Je n'ai pas changé d'idées, j'ai toujours le même idéal politique, je reste de gauche, je reste communiste. Mais pour moi, la nourriture est

L'éducation à l'alimentation bientôt à l'école

La Semaine du Goût a été créée en 1990, en France, sous l'impulsion du journaliste culinaire Jean-Luc Petitrenaud. Elle a pris plus de dix ans avant d'arriver à nos frontières, grâce à Josef Zisyadis: «J'ai rencontré Petitrenaud à Paris. J'ai discuté avec lui, et je lui ai dit: faisons la même chose en Suisse!» Mais l'idée n'a pas tout de suite convaincu. «Quand j'étais conseiller d'Etat, j'avais proposé à mes collègues de la faire en Vaud et ils m'ont ri au nez! C'est quand je n'ai pas été ré-élu que je me suis dit qu'on pouvait organiser cela autrement». C'est pourquoi, à la différence de la France, où les pouvoirs publics ont tout de suite pris part à l'événement, en Suisse, la Semaine du Goût démarre de manière associative et bénévole. C'est petit à petit que les sponsors privés, ainsi que les fonds publics, viendront soutenir l'initiative, achevant son implantation. Un texte sera même déposé au Parlement, par le conseiller national et syndic de Montreux, Laurent Wehrli, visant à inscrire l'éducation à l'alimentation dans les prérogatives de l'école obligatoire. «Nous voyons depuis plusieurs années que la jeunesse n'est plus autant formée et donc attentive au bien manger et à son importance quant à la santé en particulier. Comme d'autres, j'estime donc qu'il convient de renforcer les actions en cela, en complément des familles et de ce qui se fait déjà. C'est pour cela que je vais déposer une initiative parlementaire», explique Laurent Wehrli. Le combat pour le goût n'en est donc qu'à ses débuts.