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L'agrandissement de la carrière fait grand bruit

Monthey/Massongex Mis à l'enquête à la fin de l'année dernière, le projet d'extension de la carrière Famsa et du remblaiement d'une partie du site a entraîné le dépôt de quelque 450 oppositions. L'exploitant espère trouver un terrain d'entente. Mais après des séances de conciliation en avril et mai, le Comité Citoyen Régional «Protégeons notre région» ne se satisfait pas des réponses apportées. Il craint pour la qualité de vie et la sécurité des habitants. Le Conseil général montheysan et l'Assemblée primaire massongéroude trancheront à l'automne.

«Nous aimerions que les gens prennent conscience de l'ampleur du projet», espèrent Marie-Claire Guignard et Christophe Grüring.

Textes et photo: Valérie Passello

«Cette histoire, c'est un peu le pot de fer contre le pot de terre, nous avons peu de moyens pour nous battre contre une grande entreprise», image Marie-Claire Guignard. Elle vit à Prafenne aux Giettes, non loin de l'un des trois sites exploités par Famsa, fabrique d'agglomérés rocheux. Cette riveraine fait partie du Comité Citoyen Régional «Protégeons notre région» constitué en association pour combatte le projet d'extension du site des Freneys, situé à 1'000 mètres d'altitude, à cheval entre les communes de Monthey et Massongex.

Le 7 décembre 2018, l'entreprise mettait à l'enquête publique la modification partielle du plan d'affectation des zones (PAZ) et des règlements communaux des constructions et des zones (RCCZ), pour l'extension de la carrière et l'aménagement de décharges de types A-B-D (réd: stockage de matériaux d'excavation, de matériaux minéraux pauvres en polluants et de scories provenant de l'incinération de déchets urbains). Le projet nécessite une demande d'autorisation de défrichement de douze hectares de forêt, dont environ six à titre temporaire. Ces travaux seront réalisés par étapes successives, étalées sur 30 ans. Les surfaces seront compensées en totalité.

Pas moins de 350 oppositions ont été déposées à Massongex et une centaine à Monthey. «Ce projet est un non-sens, tonne Marie-Claire Guignard. La surface d'exploitation actuelle va plus que doubler -on parle de l'équivalent de 17 terrains de football- faisant disparaître forêts et pâturages.» L'opposante pointe également le volet «décharge» du dossier, qui prévoit de remblayer certains secteurs avec des scories issues de l'incinération des déchets de la Satom. «A-t-on idée d'envisager de stocker des déchets à risque en hauteur, avec les pluies torrentielles de plus en plus fréquentes? Dans une région où le risque sismique est bien présent, impossible de garantir une étanchéité», s'insurge-t-elle. Et ce n'est qu'une petite partie des griefs exprimés par les opposants (voir encadré).

« Un projet d'intérêt public »

S'il se dit «surpris par le nombre d'oppositions», le directeur de Famsa Luis Ricardo comprend les inquiétudes: «C'est commun à tout projet, complexe et peu familier du grand public. Les séances de conciliation ont d'ores et déjà permis aux personnes présentes de mieux le comprendre et de prendre conscience qu'il est d'intérêt public. Nous voulons aller à la rencontre des gens et privilégions le dialogue. En ce sens, nous sommes en train de développer un programme d'information à la population comprenant des séances publiques et des visites sur site.»

Le directeur met en évidence la production de ballast, essentielle pour les chemins de fer nationaux et régionaux, ainsi que de gravillons de haute performance pour les routes nationales et cantonales. Mais aussi la prise en charge, par la région, de ses propres déchets, à raison de 729 kilos annuels par habitant: «Sur une tonne brûlée à la Satom, il reste environ 250 kilos de résidus minéraux issus de l'incinération. Les carrières de Saint-Triphon et de Port-Valais arrivant au bout de leur capacité de stockage, le Canton est obligé d'apporter une solution à long terme. Le site Famsa est apte à valoriser et à stocker ces matériaux et respecte toutes les exigences de l'ordonnance sur la limitation et l'élimination des déchets», ajoute Luis Ricardo.

À Massongex, la présidente de commune Sylviane Coquoz abonde: «Famsa est la seule industrie importante sur notre territoire. Elle exploite une richesse que nous avons la chance de posséder ici et qui sert à tout le monde, car nous prenons tous le train et utilisons les routes. Nous avons une responsabilité par rapport à cette exploitation, ainsi que pour ce qui est de la décharge. Les déchets, ce sont les nôtres, à nous de nous en charger.» Du côté de Monthey, le président Stéphane Coppey se montre plus laconique: «Nous ne nous sommes pas encore prononcés sur le fond du dossier. Une présentation sera faite au Conseil général le 26 août.»

Expertise indépendante souhaitée

Les Législatifs des deux communes se prononceront à l'automne sur la modification du PAZ et du RCCZ. En cas d'acceptation, les opposants pourront faire recours auprès du Canton. Si c'est un refus, le projet se verra compromis et avec lui, potentiellement, l'avenir de l'exploitation. Luis Ricardo reprend: «Nous allons mettre toute notre énergie pour que tout le monde soit gagnant et qu'un consensus soit trouvé.»

Sans doute plus facile à dire qu'à faire, si l'on en croit Christophe Grüring, un autre opposant, représentant les habitants de Massongex: «Nous restons sur nos positions. Le dossier de mise à l'enquête est bourré de contradictions et d'inexactitudes, de même que les déterminations de l'entreprise, fournies en réponse aux oppositions. Nous nous battrons sur des points concrets, comme la protection de l'environnement, par exemple. Nous sommes d'accord de nous occuper de nos déchets, mais il faut voir comment, être cohérent en regard des risques. Le rapport environnemental, mandaté par Famsa, n'est pas clair, voire léger. Nous aimerions qu'un rapport indépendant soit produit.»

Sur ce point, Luis Ricardo se défend: «Nous sommes ouverts à une expertise indépendante, mais il faut faire confiance aux experts cantonaux et à nos autorités. Famsa est une exploitation centenaire. Nous sommes obligés de travailler de manière sérieuse et transparente avec la population. Les bureaux d'études indépendants établissent un rapport d'impact sur l'environnement à l'attention du canton du Valais. Ce sont finalement les experts du Canton qui vont tenir un rôle de police, valider ou ne pas valider le rapport.»

Les opposants souhaitent sensibiliser la population et les Législatifs communaux «afin qu'ils prennent conscience de l'ampleur du projet», explique Marie-Claire Guignard. Approché, le conseiller général de l'Alliance de gauche, Blaise Carron, considère: «À Monthey, on a tendance à se précipiter dans des projets. Celui de Famsa est important. La priorité d'une commune doit être de veiller au bien-être de ses habitants. Il faut se poser les bonnes questions en amont, faire un pas de recul. Sert-on l'intérêt des privés ou des riverains? Cela a-t-il du sens pour le développement qualitatif de Monthey?» Le débat est ouvert.

Date:04.07.2019
Parution: 956

Les engagements de Famsa

Dans sa réponse aux oppositions, Famsa se dit favorable à la formation d'un groupe de citoyens représentant les deux communes, dont la tâche serait de surveiller les activités de l'entreprise. En outre, l'entreprise s'engage à réaliser, à sa charge et sur demande des propriétaires, un état des lieux des habitations situées dans un rayon de 300 mètres des limites de l'exploitation projetée et à couvrir à 50% le coût d'un tel procédé pour des maisons se situant dans un rayon de 300 à 500 mètres. Elle annonce qu'elle posera des capteurs de poussière à proximité des habitations, pour vérifier le respect des valeurs légales d'émission et s'engage aussi à chercher des solutions en cas de dépassement du seuil d'ébranlement maximal observé jusqu'ici.

Les griefs des opposants

Risques pour la santé, diminution de la qualité de vie, dévaluation des biens et impact environnemental sont les conséquences globales mises en exergue par les opposants. Ceux-ci évoquent les problèmes suivants:

Extension: impact visuel, dommages causés aux bâtiments, poussière, eau, bruit, impact pour la flore et la faune, radon et nuisances liées aux transports.

Décharge: quantité, nature et provenance des déchets, poussière, dégagement de gaz, eau, bruit et transports.

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