Télécharger
l’édition n°957
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

La Fête des Vignerons
prend son envol

Fête des Vignerons Alors que les acteurs-figurants en arrivent à leur 80e répétition, les différents tableaux prennent forme. Le 2 juillet, l'arène a subi une véritable invasion de fourmis, pour la mise en place de la scène des vendanges. En coulisses, étourneaux, cartes de yass ou encore convives de la noce se côtoient dans la bonne humeur, attendant d'être appelés pour monter sur scène. Mais aussi dans la discipline, tous étant guidés à distance par des voix ou des sons dans leur précieuse oreillette. Reportage en immersion, aux côtés de ceux qui ne verront jamais l'ensemble du spectacle, car ils ont choisi d'y participer.

Valérie Passello

Texte et photos: Valérie Passello

Une voix féminine retentit dans les haut-parleurs de l'arène. Elle égrène les fréquences radio sur lesquelles chaque troupe doit se brancher pour entendre les consignes idoines durant la répétition. En ce 2 juillet, c'est la fourmilière en coulisses. Au sens propre comme au figuré, puisque des centaines d'acteurs-figurants portent antennes et abdomens. Il fait chaud sous le masque, Sabine s'éponge le visage: «Nous sommes percu-choristes et fourmis, c'est dire s'il y a du boulot. Ça fait dix mois que l'on répète. C'est génial, il y a une super bonne ambiance», s'exclame-t-elle. À côté d'elle, Claudine enchaîne: «Et dès samedi, ce sera tous les jours. C'était une magnifique expérience, mais ça n'est pas terminé, le meilleur reste à venir!»

«Tout le monde en place, on reprend le premier tableau», annonce la voix. Les fourmis repartent au travail. Gong. Le moment prend des airs solennels. Trois personnages conversent au sommet de l'arène. Ce sont les «docteurs oenoris chasselas», incarnés par le sommelier Jérôme Aké Beda, Pascal Besnard, retraité de la Radio romande, et Christophe Monney, enseignant-chanteur. Ils seront les fils conducteurs du spectacle. Et en avant la musique! Les acteurs-figurants débouchent des quatre coins de l'arène, c'est la scène d'ouverture, les vendanges. Entre les ceps, les cuves, les caissettes jaunes et les vols d'étourneaux, toute personne ayant un jour tenu un sécateur pour couper quelques grappes s'y retrouve instantanément.

Obéir au doigt...et à l'oreillette

Certains sont costumés, d'autres pas encore. Vêtus d'un simple gilet estampillé «ETD» assorti d'un numéro, les étourneaux tournoient même sans leurs ailes. Camille précise: «Nous avons reçu nos costumes, mais pas encore l'ordre de les porter. Alors nous attendons. Mais par cette chaleur, je dois dire qu'on est bien contents d'avoir un peu d'air.» Les ordres, ce sont le metteur en scène, Daniele Finzi Pasca, ainsi que les membres de son équipe, qui les donnent. Des responsables de la sécurité aux régisseurs, en passant par les assistants metteurs en scène, jusqu'aux plus petites fourmis, tout le monde a son oreillette.

Montée jusqu'au chœur de la scène Ouest. Sur son perchoir, Patricia décrit: «Dans l'oreillette, nous avons un clic pour suivre le rythme de la musique et nous entendons l'orchestre, enregistré au préalable. Nous suivons les consignes de cette dame, là-bas, qui se trouve au bord de l'écran Led. Bien sûr, nous entendons aussi Daniele Finzi Pasca. Il a toujours le mot pour rire.» Effectivement, le grand chef d'orchestre du spectacle n'hésite pas à encourager ses troupes ou à plaisanter avec elles. Depuis la tente de la régie, mais aussi en circulant au fond de l'arène remplie de monde. En bon metteur en scène, «il sait aussi pousser de fameux coups de gueule quand il le faut», nous confie plus tard un autre figurant.

Mais devoir gérer autant de consignes cumulées, cela ne représente-t-il pas trop d'informations pour une seule oreille? «Des fois, c'est un peu le brouhaha, concède Patricia, mais on s'habitue, ça fonctionne plutôt bien.» Pour cette cuvée 2019 de la Fête des Vignerons, la technologie fait bel et bien partie intégrante du spectacle. Pour les chorégraphies compliquées, comme celle des «couleurs», les cartes de yass, par exemple, des codes permettent aux participants de s'y retrouver dans leurs mouvements. Quand l'oreillette souffle «Spanish», «Apéro» ou «Célébration», chacun sait exactement quel pas de danse effectuer.

«On ne parle plus que de ça»

Les gradins du Sud de l'arène sont réservés aux visiteurs. Valérie en fait partie. «Je suis dans la troupe des bourgeons, je ne répète pas aujourd'hui, raconte-t-elle. Mais nous sommes beaucoup d'acteurs-figurants à venir assister aux répétitions, car comme nous en faisons partie, nous ne verrons pas l'entier du spectacle.» Ce soir, elle est venue voir son mari Olivier, avec qui elle a déjà participé aux Fêtes des Vignerons de 1977 et 1999. Il est l'une des fourmis. Le voilà d'ailleurs qui arrive: «Nous nous sommes inscrits ensemble, mais nous n'avons pas choisi la troupe que nous allions intégrer. Nos deux fils Laurent et Julien sont aussi dans des troupes différentes. C'est bien, ça nous permet de partager nos expériences. D'ailleurs, on ne parle plus que de ça, on est en immersion totale. Ceux qui ne sont pas dedans doivent en avoir marre», s'amuse-t-il. Et ça n'est pas tout, son épouse avoue qu'elle a même fait du zèle: «Nous arrivons gentiment à la 80e répétition. Mais certaines chorégraphies sont si compliquées que nous nous sommes vues en-dehors, avec les copines, pour répéter des mouvements.»

À l'instar de toutes les personnes interrogées, le couple se réjouit: «C'est une chance unique de participer à un événement pareil, avec un metteur en scène hors-pair, reprend Valérie. Par rapport à 1999, où la musique était très contemporaine, celle de cette année est plus accessible, plus populaire dans le bon sens du terme. Ça va être magnifique.» En effet, les refrains restent facilement en tête. À tel point que l'on se surprend tout à coup à entonner «À la santé des vignerons...» avec les chœurs. Olivier met aussi en avant l'expérience humaine: «Que les gens aient 20 ou 80 ans, tout le monde s'investit autant, dans un seul but, celui de faire une belle Fête. En discutant avec les autres, on se rend compte que le monde est petit, on trouve toujours des liens. Par exemple, j'ai revu des camarades d'école. J'ai aussi retrouvé des personnes qui avaient chanté avec moi en 1999 et que je n'avais jamais recroisées depuis. C'est super sympa.»

Des surprises attendues

«Nous allons enchaîner avec la scène de la noce. Si vous n'êtes pas concernés, merci de sortir immédiatement. Nous avons peu de temps, faites vite», annonce soudain la voix. Le jour a baissé, il est un peu plus de 21h. Le sol lumineux de l'arène déploie maintenant tous ses effets. Voilà de nouvelles têtes qui envahissent les différentes scènes, l'ambiance est encore plus festive, les mines sont réjouies, les verres se lèvent. Les jeux de lumières et de couleurs sont intenses.

Sous les gradins, Catherine relève: «J'ai l'impression que cette année, le visuel a plus d'importance que le chant. C'est un parti pris, on peut le comprendre.» Membre de trois chœurs participant à la Fête, elle a hésité à s'y inscrire avec eux, puis a franchi le pas à titre personnel: «J'avais peur du côté chronophage des répétitions, mais je ne regrette pas du tout! En plus, le fait de m'être inscrite individuellement me permet de rencontrer de nouvelles personnes.» D'ailleurs, «l'after» se prépare, note Madeleine, l'une de ses coéquipières: «Nous sommes si soudés que nous ne voulons pas nous lâcher après la Fête.» Leur amie Kathrin conclut: «Nous profitons de chaque moment. Et même si nous avons un petit aperçu aux répétitions, le spectacle nous réserve des tas de surprises, tout comme au public, d'ailleurs. Quand l'arène sera pleine, avec les lumières et la musique, ce sera magique.»

Date:11.07.2019
Parution: 957

Documents

Vidéo
Documents audio

Dans ce même dossier