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«Le camion de Seal puait la beuh»

Montreux Jazz Vincent Villard coordonne les répétitions du spectacle qui réunira, entre autres, -M- et 70 musiciens du Sinfonietta de Lausanne autour de Quincy Jones le 13 juillet. Dans le staff du festival à intervalles irréguliers depuis 1993, notamment en charge des événements spéciaux, il raconte au Régional comment les instruments de Seal sont restés bloqués à la douane le jour de son concert en 2009. Récits matutinaux d'anecdotes nocturnes.

Batteur professionnel et directeur d'une école de musique, Vincent V, de son nom d'artiste, a commencé à collaborer avec le Montreux Jazz derrière un bar.R. Guélat

Amit Juillard

Il dort sur le ventre mais se couche tard. En période de festivals, aurores et crépuscules s'amalgament. «Si c'est plus simple, vous pouvez m'appeler jusqu'à minuit - 1h pour fixer (réd: un rendez-vous téléphonique)», écrit-il dans son courrier électronique. L'entretien se fait le lendemain – jeudi 4 juillet – par appel vidéo. A 7 heures. Aujourd'hui au Tessin, il accueille «trois bands, dont un gros orchestre». Responsable de la coordination des répétitions du concert de Quincy Jones du 13 juillet à l'Auditorium Stravinski, Vincent Villard est aussi «production manager» et «stage manager» du festival gratuit Estival Jazz, dans les rues de Lugano du 4 au 6 juillet. En clair, il organise la venue des différents artistes et leurs passages sur scène. Ce matin, il soigne sa voix encore endormie à coups de gorgées de café.

Répétitions au Casino

Pour la clôture du Montreux Jazz Festival 2019, Quincy Jones, machine à tubes, coproducteur des albums «Thriller» et «Bad» de Michael Jackson, s'entoure de -M-, Ibrahim Maalouf, Jon Batiste, Lauren Jauregui, Jonah Nilsson et Sheléa. Et des 70 musiciens du Sinfonietta de Lausanne. Tous interpréteront les plus grands titres produits, composés ou arrangés dans les années 1980 par l'Etasunien de 86 ans, grand ami de Claude Nobs, fondateur du festival. «Le truc, c'est que tout ce beau monde arrive à Montreux deux, trois ou quatre jours avant le spectacle pour les répétitions au Casino. Depuis hier, j'organise le transport de Paris vers la Suisse des oreillettes que tout le band va porter. La première offre reçue est trop chère.»

Vincent Villard n'en est pas à son coup d'essai: depuis 2012 à intervalles irréguliers, il s'occupe des événements spéciaux du festival. Mais l'histoire de ce Neuchâtelois, Parisien d'adoption, avec la manifestation commence en 1993, au moment du déménagement du Jazz vers le Centre de Congrès. D'abord chef d'un bar, puis en charge de tous les autres jusqu'en 2000. «Comme quoi, la boisson mène à tout...» Entre 2001 et 2011, ses années comme technicien son au Miles Davis et au «Strav'» ou à la «prod'» lui imposent ensuite quelques sueurs froides.

Les idées farfelues de Claude Nobs

Les anecdotes résonnent soudain dans sa chambre d'hôtel luganaise. «Seal était déjà venu en 2004. Je le sais parce que j'ai embrassé pour la première fois la femme qui est devenue la mienne pendant ce concert. En 2009, il était de retour. Le camion qui transportait tous les instruments devait arriver à 10 heures ce jour-là. Mais à 13 heures, toujours pas de camion. Il était bloqué à la douane de Bardonnex. Lorsque le chauffeur a descendu sa vitre, ça puait la beuh et le douanier ne l'a jamais laissé repartir... Il a fallu trouver tous les instruments pour que Seal puisse jouer en une après-midi!» Pari réussi sans fausse note. «Montreux, du club jazz à la discothèque géante de Seal», titre Swissinfo.ch.

Il y a aussi Prince, «qui ne savait pas s'entourer», qui débarque avec un ingénieur son sans expérience du live. Et puis, «les idées farfelues de Claude (réd: Nobs), qui nous foutait dans une M infernale sur le moment mais qui ont participé à rendre ce festival si spécial.» Comme lorsqu'il décide à 19 heures que le mannequin-graffeur Jordan David Miles – l'homme nu sur l'affiche de l'édition de 2012 – peindra sur scène pendant le concert de Quincy Jones quelques instants plus tard. «Evidemment, nous avions fini d'installer les 150 lignes pour les 150 micros et autres sources sonores sur la scène...»

Tournée mondiale avec Phil Collins

Emouvantes expériences de vies. Oui, vies, au pluriel. Parce que Vincent Villard en a plusieurs. Il est d'abord musicien professionnel, premièrement batteur. Diplômé de la Musicians institute, université hollywoodienne en 1993. «Et en 1994, j'ai fait une grosse erreur: j'ai créé avec deux-trois potes une école de musique à Neuchâtel. J'y ai consacré beaucoup de temps et, par ricochet, je n'ai plus fait de musique. Ce n'était pas ce qui était prévu au départ.» A 25 ans, sa BBM 74 accueille 180 élèves encadrés par 15 professeurs.

Mais, entre deux jam sessions avec BB King ou Jean-Louis Aubert et les tournées mondiales dans l'équipe son de Phil Collins puis de Genesis, son projet d'auteur-compositeur-interprète «Vincent V» se faufile. Un second album de «rock ambiant» est en préparation. En 2016, son single «I swear» et son «film musical» sont des étendards écolos. Vincent V est engagé, franc du collier. Extraits de son «autre biographie», décalée, publiée sur son site: «Le secret bancaire lui donne envie de gerber son si beau pays. Il défend Michael Moore»; ou encore «Vincent V croit aux artistes responsables.» Il est passé 8 heures. Les instruments des musiciens arrivent – peut-être – bientôt.

Quincy Jones, soundtrack of the 80's. Avec le Sinfonietta de Lausanne et – entre autres invités – Ibrahim Maalouf et M. Auditorium Stravinsky, le 13 juillet, www.montreuxjazzfestival.com

Date:11.07.2019
Parution: 957

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