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Le Claude Nobs de la musique classique

Musique A la tête du Verbier Festival depuis 26 ans, le Blonaysan Martin Engstroem. Sa marque de fabrique: amener de grands musiciens à jouer ensemble lors de concerts-événements. Confidences téléphoniques avant les premiers concerts, ce 18 juillet.

«A Verbier, il y a des musiciens que je connais depuis mon adolescence»

Entretien: Amit Juillard

Le mois de juillet entamé, Martin Engstroem fait ses cartons. Chaque année, les bureaux, les tasses à café, les plantes vertes et la vingtaine de collaborateurs du Verbier Festival migrent de Vevey vers les écoles du village bagnard. Puis les trois camions redescendent au mois d'août. A l'aube de la 26e édition, le fondateur et directeur blonaysan de l'événement raconte au Régional son histoire et, entre autres, comment il a fui Paris avec la cantatrice Barbara Hendricks, son ex-épouse, et leurs deux enfants en 1986.

Vous êtes un Suédois naturalisé, votre festival a lieu en Valais. Pourquoi être basé à Vevey?

En 1986, des bombes explosaient à Paris. Nous (réd: son ex-épouse Barbara Hendricks et lui) ne nous y sentions plus en sécurité. Nous avions deux jeunes enfants. Alors j'ai téléphoné à un ami qui vivait à Territet pour lui demander comment nous devions procéder pour venir en Suisse. Par hasard, il était en train de quitter sa maison. Nous l'avons louée pendant cinq ans, avant de rejoindre Clarens. Avec les années, j'ai découvert Vevey, ville beaucoup plus sympa et accueillante que Montreux. J'y ai installé les bureaux du Verbier Festival. Et j'habite aujourd'hui à Blonay avec ma famille.

Verbier, la musique classique... Vous aimez cultiver l'élitisme!

Quand nous sommes arrivés en Suisse, nous allions skier à Verbier avec des amis suédois. Et en 1991, mon ex-épouse avait un engagement dans le Midi de la France. Je suis Suédois, je n'aime pas le chaud, alors, avec les enfants, je suis monté à Verbier et j'ai découvert une station estivale magnifique. En octobre, je présentais mon concept de festival à l'office du tourisme. On m'a demandé deux choses: créer une saison d'été et changer l'image de Verbier. A l'époque, l'endroit était perçu comme très «cheap». Aujourd'hui, on le taxe d'élitiste. C'est devenu une station huppée, qui a bénéficié de notre présence. Les retombées économiques annuelles liées au festival s'élèvent à 32 millions pour la région, selon le cabinet de conseil McKinsey (réd: le budget du festival est de 10,4 millions).

Mais quand même, la musique classique est devenue très élitiste...

Là où la musique classique est élitiste, c'est qu'elle sépare ceux qui ont la capacité d'écouter un concert de deux heures des autres. En revanche, au Verbier Festival, les prix ne sont pas élitistes: par jour, il y a une vingtaine d'événements gratuits pour petits et grands et les tarifs pour les jeunes dépassent de peu le prix d'un billet de cinéma (réd: 25 frs pour les étudiants et apprentis).

Pendant le festival, vous réunissez de grands musiciens et les faites jouer ensemble. Vous êtes le Claude Nobs de la musique classique?

(Rires) Si vous voulez! Les artistes faisaient confiance à Claude Nobs. A Verbier, il y a des musiciens que je connais depuis mon adolescence. Travailler avec des musiciens, c'est toute ma vie. Mais ce qui est différent, c'est que les compositeurs et les instruments de musique classique sont les mêmes depuis 200 ans et que, parmi les musiciens actuels, il y a seulement vingt-cinq grandes vedettes. Dont quinze viennent à Verbier.

Verbier Festival, du 18 juillet au 3 août. Programme complet et billets: www.verbierfestival.com

Date:18.07.2019
Parution: 958

Les 3 coups de cœur du directeur

«La Femme sans ombre», opéra de Richard Strauss en version concert, le 22 juillet: «C'est le plus grand défi artistique du festival de ces 26 dernières années. Ça demande beaucoup de virtuosité, de répétitions, de travail.»

Grigory Sokolov jouera Beethoven et Brahms au piano le 26 juillet: «C'est probablement l'un des deux ou trois plus grands pianistes de notre temps. Chaque été, il vient jouer à Verbier, mais dans l'église. Là, il a accepté de jouer à la salle des Combins, sous une tente qui accueille 1'800 spectateurs.»

«La Flûte enchantée», opéra de Mozart en version concert, le 3 août: «Ce sera l'occasion de présenter le travail de notre académie et son «junior orchestra», composé d'environ 60 musiciens, qui ont entre 15 et 18 ans.»

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