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Adieu la vigne, place aux aînés et enfants

Corseaux Le projet de construction d'un complexe avec EMS, appartements protégés et crèche garderie – qui implique la disparition d'une partie des 3,5 hectares du Clos de Châtonneyre – devrait franchir une première étape clef en septembre, avec la mise à l'enquête publique du plan d'affectation. En jeu, une politique sociale qui se veut responsable, alors que certains déplorent la perte d'un patrimoine viticole.

Photomontage à titre indicatif, présenté lors de la séance d'information à la population, montrant l'organisation du bâti telle que prévue dans le plan d'affectation. Bureau Plarel

Priska Hess

«Veut-on déléguer le soin de nos aînés et de nos gamins aux communes voisines, ou prend-on notre part de responsabilités? Cette question mérite d'être posée», insiste le municipal Christian Minacci. Entre ses mains, un délicat dossier hérité au début de cette année de son prédécesseur Jean-Pierre Allegra, mais dont les prémisses remontent à 2012 déjà: la construction d'un complexe comprenant un EMS de 60 lits, 20 appartements protégés et une crèche-garderie pour environ 50 enfants sur la partie aval du Clos de Châtonneyre, à l'entrée du village. Une parcelle de 14'000 m2 d'utilité publique depuis 1976, propriété communale, qu'il est prévu de mettre à disposition de la Fondation Résidence du Léman à l'origine du projet, via à droit de superficie.

«Le but est de créer un lieu de vie ouvert, permettant un accompagnement évolutif et favorisant les échanges sociaux intergénérationnels», décrit Roger Dubuis, président de la Fondation. Ce projet a été retenu dans le programme cantonal intentionnel des investissements en EMS pour législature 2017-2022 — qui concerne 31 projets au total, avec création de 444 lits de long et de court séjours et la modernisation de 1'557 lits. Le plan d'affectation (PA), première étape clef, sera mis à l'enquête publique en septembre. «Il définit les règles d'implantation, les dimensions maximales et les grands principes architecturaux. Sur cette base un concours d'architecture pourra ensuite être lancé», précise Christian Minacci. Le PA prévoit sur la partie amont de la parcelle une zone de vignes protégées de 4'400 m2. Et sur les 9'600 m2 restant, une surface au sol de 3'000 m2 pour des bâtiments sur trois niveaux, avec décrochements obligatoires et toitures plates ou aménagées en prairie extensive, ainsi qu'une zone souterraine pour un parking.

Le «clos» menacé?

«Nous avons constaté, tant lors de la présentation au Conseil communal qu'au public, une forte adhésion à ce projet qui répond à des besoins avérés. Ces deux séances avaient pour but de prendre le pouls de la population avant de lancer la procédure d'enquête. Les opposants ont aussi pu s'y exprimer dans un dialogue serein», se réjouit Christian Minacci. En 2013, le Conseil communal avait d'ailleurs avalisé le préavis d'intention par 27 oui et 9 non.

Reste que la disparition d'une partie des 3,5 hectares du Clos de Châtonneyre ne laisse pas indifférent. «Construire ce type d'infrastructures, c'est bien et nécessaire. Mais pas au détriment de ces vignes qui font partie de l'identité et du patrimoine de notre commune. Ce n'est pas juste émotionnel, mais une question de vision de notre village», estime l'ancien municipal Ludovic Masson. Un avis partagé par David Delapraz, ancien administrateur de la Cave des Vignerons de Corseaux, et par Sylvain Neyroud, vigneron-tâcheron pour la commune, qui souligne: «La parcelle concernée est plantée de pinot noir... qui sert à faire le vin d'honneur de Corseaux! Le Clos de Châtonneyre est aussi soumis à la Confrérie des Vignerons. Comment peut-on se montrer fier de ce patrimoine tout en étant prêt à le sacrifier?». Avec le risque que la mention de clos soit retirée, craint Ludovic Masson, qui habite d'ailleurs à proximité. «Cela dépendra de la configuration de la parcelle viticole résiduaire par rapport à la définition du clos dans le Règlement sur les vins vaudois, selon laquelle il doit être délimité géographiquement par des murs ou des haies vives par exemple», résume le Dr. Olivier Viret, responsable Viticulture au Canton. La Cave des Vignerons elle, vient d'être vendue, «mais le repreneur s'est engagé à continuer d'y vendre les vins de Corseaux», précise David Delapraz.

Mutualiser les infrastructures

Autre question soulevée, l'apparente ambiguité autour de la notion d'utilité publique, la construction des logements protégés relevant du privé. Contrairement aux EMS, ceux-ci ne sont pas soumis à une autorisation d'exploiter et ne font pas l'objet d'une planification cantonale. Cependant, ils peuvent tout à fait, à certaines conditions être reconnus d'utilité publique. «On nous fait surtout miroiter des structures ouvertes aussi au public, comme une caféteria, un salon de coiffure, un médecin, un parking souterrain... C'est faire du business avec un EMS!».

Roger Dubuis confirme que l'idée est de «mutualiser différentes infrastructures qui serviront principalement pour l'EMS mais seront sous-occupées», afin de faire de ce complexe un lieu de vie en y attirant la population.» Christian Minacci rappelle que «tout est conforme à la loi.» Et pour l'heure le vote porte uniquement sur le plan d'affectation, tandis que l'élaboration du droit de superficie est à bout touchant. Le Conseil communal, lui, devrait se prononcer au printemps 2020.

Date:08.08.2019
Parution: 959

Un EMS pour les Corsalins ?

«L’orientation en EMS tient compte en priorité de l’évaluation de l’état de santé de l’usager et de son niveau de dépendance. Ainsi, choix se fait parmi les EMS les plus adaptés pour répondre à ses besoins en termes de prise en charge. S'agissant de la proximité, tout est mis en place pour favoriser un hébergement le plus proche du lieu de résidence, que ce soit celui de la personne qui entre en EMS ou de ses proches», explique Fabrice Ghelfi, directeur de la Direction générale de la cohésion sociale à l’Etat de Vaud. «Si le projet de vie est préparé bien en avance, l’hébergement pourra se faire, dans la plupart des cas, dans le ou les EMS sélectionnés par la personne et ses proches, pour autant que celui-ci soit adapté au type de prise en charge nécessaire. Par contre, encore plus de 60% des entrées en EMS se font aujourd’hui depuis un site hospitalier après une hospitalisation d’urgence. Dans la plupart des cas, il est difficile de pouvoir proposer un hébergement dans un EMS situé dans la commune dans les délais impartis. Le Bureau d’information et d’orientation (BRIO) propose alors un séjour provisoire et s’engage à informer le résident et ses proches lorsqu’un lit se libère dans l’un des EMS souhaité par eux pour leur proposer un transfert le moment venu.»

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