Télécharger
l’édition n°960
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

«La société ne comprend plus le second degré»

Bande dessinée Pour sa 15e édition, du 12 au 16 septembre, le festival BDFIL met à l'honneur le dessinateur Alex Baladi. Auteur de plus de 60 bandes dessinées, ce veveysan d'origine se distingue par son trait percutant et exploratoire. Rencontre avec un artiste déroutant.

Invité d'honneur du BDFIL 2019, Alex Baladi se dit préoccupé par la réception de ses oeuvres, car un dessin peut être mal interprété. DR

Entretien: Xavier Crépon

Après «Frankenstein encore et toujours» ou encore l'univers de la piraterie dans «Renégat», Alex Baladi publie le 21 août «Robinson suisse», l'histoire d'une famille helvétique qui vit sur une île déserte après son naufrage. Œuvre principale du BDFIL version 2019, une fresque géante retraçant le parcours de ces expatriés prendra place au sein de l'ancien cinéma Romandie. Son auteur aime explorer toutes les possibilités de la bande dessinée.

Votre hôte vous qualifie de héros de la nouvelle bande dessinée et d'éternel expérimentateur. Vraiment?

Un héros, je ne sais pas. Mais je fais partie d'auteurs qui essaient depuis plus de 30 ans d'explorer toutes les possibilités de la bande dessinée. Je le fais avec mes moyens et mes limites. Je les explore sans cesse afin de m'étonner moi-même.

Et un jour on se lève et on se dit: «Je vais devenir dessinateur de BD»?

Je ne me suis jamais dit: «Je vais faire ça». En réalité, je dessinais depuis tout petit et j'ai grandi avec plein de BD. J'ai commencé par lire pas mal de classiques, avant de changer ma vision. Grâce à Philippe Druillet ou encore Moebius et son garage hermétique, j'ai remis en question la narration classique pour me diriger vers de nouveaux chemins.

Une bande dessinée indépendante, sans concession et libre, est-ce possible de nos jours?

Oui, je le pense. Je suis totalement libre de proposer mes projets à mes éditeurs. Ils ne m'interdisent rien. Pas de censure, ils interviennent plutôt sur la clarté du récit. Leur apport est vraiment bénéfique. Avec leur deuxième lecture, ils font souvent de bonnes suggestions et me poussent à m'améliorer.

Vous améliorer, c'est aussi pour ça que vous dessinez parfois en vous fixant des contraintes avec votre groupe L'OuBaPo (L'Ouvroir de bande dessinée potentielle)?

Les contraintes formelles sont très utiles car elles permettent de voir les champs des possibles de la BD. On peut par exemple faire des histoires qui se lisent dans les deux sens ou alors sans personnages. Ce qui m'intéresse dans cet exercice, c'est surtout de déceler ce que je pourrais réutiliser dans une prochaine œuvre.

Vous êtes passé par le dessin de presse pour Le Courrier et La Tribune de Genève dans les années 90 avant d'arrêter. Trop de contraintes?

J'ai arrêté car j'ai toujours fait ça comme job alimentaire. Ce qui me fascine vraiment, c'est de faire de la bande dessinée, que ce soit dans un livre ou dans une exposition. J'aime la suite de dessins. Je trouvais intéressant de réagir par rapport à l'actualité, mais j'aurais préféré le faire en faisant de la BD. Ce n'était malheureusement pas possible.

Plusieurs grands journaux ont dû retirer ces dernières années des dessins jugés trop provocateurs. On ne peut pas plaisanter de tout selon vous?

Je pense surtout que la société ne comprend plus forcément le second degré. Il arrive aussi parfois qu'elle interprète différemment le dessin d'un auteur, alors que le sens initial est tout autre. C'est dommage et on en arrive à la censure. À titre personnel, je suis angoissé qu'on mésinterprète mes ouvrages. Leur réception me préoccupe. C'est le cas pour «Robinson suisse». J'ai peur que les lecteurs croient que Robinson représente tous les suisses. Or c'est loin d'être le cas. Il est une image.

Date:15.08.2019
Parution: 960

La programmation de BDFIL

Attendant plus de 30'000 visiteurs sur les 5 jours, le festival propose 15 expositions et de nombreuses activités autour de la BD :

Destination Lune, la conquête spatiale dans la bande dessinée : Pour les 50 ans du premier pas de l'homme sur la Lune, une exposition vous invite à (re)découvrir l'astre au travers du IXème art. Rencontre avec Claude Nicollier, Sa 14 septembre, 14h15, Salle de l'Aula de Rumine.

Lausanne en BD : Vous connaissez la ville ou pensez la connaître? Plus de 30 artistes vous la feront revisiter.

Fille de l'ombre : En prolongement de l'exposition de l'Hermitage, BDFIL met également en lumière les ombres via leurs représentations les plus célèbres. Lucky Luke n'a qu'à bien se tenir.

Les nuits de BDILF : Le festival réserve au public de folles soirées jusqu'au petit matin. Certains seront surpris de voir que les auteurs possèdent bien d'autres talents que leur crayonné.

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
Documents audio