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Alimentarium, Château de Chillon ou Aquatis: quel est le secret des musées à succès

Vevey Une odeur de renfermé, un lino qui part en miettes, des vitrines d’objets poussiéreux… Les clichés qui collent à l’univers des musées sont coriaces. Pourtant, chaque année, des millions de curieux s’engouffrent dans les nombreux sites que compte le pays. Avec plus d’un millier d’institutions recensées, la Suisse a une densité de musées parmi les plus élevées d’Europe. Chaque année, entre 10 et 20 nouveaux sites y ouvrent leurs portes. Un succès que le secteur doit principalement à ses constants efforts de renouveau. Et à des concepteurs qui manient créativité, rigueur et précision pour faire rimer culture avec amusement. Reconnus, primés et comptant de prestigieux clients, comme Camille Bloch, la manufacture horlogère Zénith, Chaplin’s World, l’Alimentarium, Aquatis ou le Château de Chillon, deux de ces «faiseurs de musées» dévoilent les coulisses de leur activité et livrent leurs secrets de fabrication. Par ici la visite!

«C’est un travail de longue haleine, qui consiste à imaginer quelque chose qui n’existe pas ailleurs». Le ton a beau être calme, les yeux trahissent la passion. C’est à la cafétéria de l’Alimentarium de Vevey que Michel Etter donne rendez-vous au Régional pour parler de son métier. Un lieu emblématique, puisque sa rénovation –achevée en 2016 - est l’œuvre de Thematis, la société qu’il a créée il y a seize ans, et qui compte aujourd’hui une douzaine de collaborateurs. Son métier? La muséographie. «Une dénomination qui englobe chez nous quatre disciplines: l’ingénierie culturelle, qui a trait aux différentes études réalisées en amont, la création de contenus, la scénographie et enfin, le digital», précise celui qui est aussi le fondateur du Musée suisse du Jeu de La Tour-de-Peilz. À le croire, le secteur ne connaît pas la crise: «Avec plus d’un millier d’institutions recensées, la Suisse a une densité de musées parmi les plus élevées d’Europe. Chaque année, entre 10 et 20 nouveaux sites ouvrent leurs portes». Une croissance à laquelle contribue son agence, qui en inaugure jusqu’à trois par an. «Le taux de création était plus élevé entre les années 1990 et 2000, la tendance est aujourd’hui surtout à la rénovation», souligne Michel Etter. 

Côté fréquentation, les chiffres parlent d’eux-mêmes: en 2017, les billetteries de musées helvétiques ont enregistré plus de 13,5 millions d’entrées, selon l’Office fédéral de la statistique. Soit un million de plus que l’année précédente. Mais qu’est-ce qui pousse les foules à faire tourner les tourniquets? «En trente ans, le secteur a fait un énorme travail de dépoussiérage pour devenir plus populaire, avance le muséographe. Les gens cherchent un retour aux racines, de l’authenticité. Mais aussi une rigueur et une objectivité scientifique qu’ils ne trouvent peut-être pas sur Internet. Les musées représentent aujourd’hui une source d’information à la fois fiable et amusante». Et pour qu’ils plaisent au plus grand nombre, rien n’est laissé au hasard durant leur conception. 


Partir d’une feuille blanche 

Tout commence en général par un simple appel, lancé par un site qui se verrait bien rajeunir, ou une entreprise désireuse de s’offrir un parcours de visite. Sitôt le téléphone raccroché, la première phase est lancée, qui consiste à imaginer un concept et en étudier la faisabilité. C’est déjà à ce stade que sont faites les estimations de fréquentation. Et ça ne se calcule pas à la louche. «Nous étudions très précisément les musées de même nature, en Suisse et en Europe, et nous ramenons leurs performances à l’échelle locale, explique Michel Etter. Notre principal atout est de disposer des données de ceux que nous avons construits nous-mêmes». Vient ensuite l’étape d’avant-projet, durant laquelle les muséographes approfondissent les contenus, élaborent un scénario de visite et dessinent les premières esquisses. «Il s’agit de se plonger dans l’histoire du lieu ou de l’entreprise. Nous épluchons les archives ou les collections à la recherche d’informations pouvant être des points d’intérêt. Un véritable travail de fourmi». Et qui devient titanesque lorsque le patrimoine est conséquent: «Pour la conception du Laténium à Neuchâtel, nous avons collaboré avec 40 archéologues. C’est énorme, alors que le parcours final ne doit durer qu’une heure et demie!». Autre enjeu majeur de ces étapes préparatoires: forger l’identité du futur lieu. «La solution réside toujours dans l’originalité des contenus et la spécificité du patrimoine à mettre en valeur. Partir d’une feuille blanche, c’est peut-être plus long, mais c’est plus intéressant». Et Michel Etter de citer l’exemple du parcours de visite créé au sein de la manufacture horlogère Zenith, au Locle: «C’est une première mondiale, car personne n’a jamais permis au public de mettre son nez sur le dos d’un horloger, de braquer des caméras sur ses outils. C’est un secteur frileux, qui ne dévoile pas facilement ses secrets». 


Du papier à la réalité

Une fois validé par le client, le projet peut commencer à se matérialiser. «Et là, il n’y a pas de limites, sourit Michel Etter, une étincelle dans le regard. Nous faisons appel à des gens qui savent tout faire: travail du bois, du métal, peinture, audiovisuel, conception 3D… C’est à chaque fois du prototype». Arrive l’étape de la réalisation, dans les divers ateliers et sur place. Un chantier souvent rapide et intense, relève le directeur de Thematis. Surtout lorsque de grosses sommes sont en jeu. «Lors de la refonte de l’Alimentarium, 8 millions de francs ont été dépensés pour la rénovation du bâtiment et 6 millions pour la scénographie», lâche-t-il, ajoutant que le respect des budgets est un défi majeur de son activité. Et un beau matin, les pots de peinture et les escabeaux disparaissent, le «produit» est prêt à être livré. «Une fois que le ruban est coupé, nous bouclons les comptes, nous rendons les plans définitifs. Le bébé peut commencer à marcher».


Service de « musée-sitting » 

Mais parfois, il arrive que le nouveau-né mette du temps à faire ses premiers pas, ou même, qu’il trébuche. Pour parer à ces éventualités, les gérants peuvent faire appel à Destination Culture, une autre société que Michel Etter a fondée en 2011, et qu’il dirige avec Pascal Jaton. Spécialiste de la gestion des parcs thématiques, ce dernier a œuvré pour la Compagnie des Alpes, géant français qui exploite notamment le Parc Astérix, Walibi ou, plus proche, Chaplin’s World. En 2013, Pascal Jaton lance Go2Play, une société de conseil spécialisée dans le développement de projets de loisirs et d’hébergement. À travers Destination Culture, les deux hommes proposent de mettre leur riche expérience au service des gestionnaires de musées. À l’origine de cette démarche, une frustration: «Nous nous rendons parfois compte qu’après son lancement, un site n’est pas toujours exploité comme il le faudrait, explique Pascal Jaton. Nous enseignons à nos clients les bonnes pratiques, à commencer par la gestion des flux de visiteurs. L’expérience de visite doit être à la hauteur de la scénographie, sans quoi la satisfaction du public baisse et des problèmes financiers peuvent survenir». Comment expliquer ces ratés? Michel Etter tente une hypothèse: «L’énorme mouvement de popularisation des musées n’est pas toujours suivi par une professionnalisation de leurs équipes. Beaucoup sont restés au stade associatif. Ils n’ont pas encore les bons outils». L’accompagnement de Destination Culture commence au moins une année avant l’inauguration: «Nous mettons en place le système de gouvernance, les procédures pour l’engagement du personnel. Il y a aussi l’élaboration du plan financier pour les dix prochaines années et la prévente des billets», détaille Pascal Jaton. «Sans oublier l’établissement d’un programme culturel, dans lequel sont planifiés les événements et les expositions temporaires», complète son associé. Un suivi qui se prolonge généralement une quinzaine de mois après le lancement. Jusqu’au jour où, Michel Etter et Pascal Jaton, telles des Mary Poppins, ouvrent leurs parapluies et s’envolent vers d’autres projets. Qui feront rêver des milliers d’enfants, petits et grands.

 

Date:04.09.2019
Parution: 963

Lifting muséal en vue aux Mines de sel de Bex

Parmi les clients de Thematis figure notamment la Saline de Bex, qui a mandaté la société pour réaliser une étude en vue d’un futur lifting muséal. «Nous aimerions passer du 20e au 21e siècle», explique Philippe Benoît, Directeur du site touristique des Mines de Sel. «Ce qui signifie plus d’interactivité, plus de modernisme, plus d’émotion. Cet avant-projet nous ouvre de nouvelles pistes, notamment en ce qui concerne la partie extérieure des mines. À voir encore ce que nous déciderons d’entreprendre». Le site chablaisien, qui a subi d’importants travaux structurels, souhaite accueillir quelque 100’000 visiteurs par année, contre environ 60’000 actuellement.

Un prix international de tourisme

Fin 2018, les Celliers de Sion, dont la scénographie a été réalisée par Thematis, ont décroché l’International Best of Wine Tourism Award et le Prix international du public, à Adélaïde (Australie). Sous l’égide de deux grandes maisons viticoles valaisannes, le parc oenotouristique a ouvert ses portes en 2017.