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De la Via Francigena
à Saint-Jacques:
Dans les pas de l'histoire

Patrimoine Via Francigena, Destinations Le Corbusier ou Sites clunisiens entre autres, pas moins de six des trente-huit itinéraires culturels du Conseil de l'Europe traversent nos régions. Sans oublier les chemins de Saint-Jacques de Compostelle, qui passent aussi par la Suisse, sous le nom «Via Jacobi». Lancé en 1987, ce programme du Conseil de l'Europe invite au voyage et à la découverte des richesses historiques, traditionnelles et architecturales du vieux continent. De Lausanne à Corseaux, en passant par Rougemont et Saint-Maurice, les amateurs de randonnée et de culture devraient y trouver leur compte.

Associazione Europea Vie Francigene

Textes: Valérie Passello

Qui n'a jamais eu envie de quitter son quotidien, d'enfiler ses baskets et de partir à l'aventure, découvrir de nouveaux horizons? Pour le défi, pour une quête spirituelle ou par soif de connaissance, nombreux sont ceux qui décident un jour de suivre un chemin à travers l'Europe. En 2018, pas moins de 327'378 pèlerins sont arrivés à Saint-Jacques de Compostelle, par exemple. Pour des raisons institutionnelles, ce chemin ne fait pas officiellement partie des itinéraires répertoriés dans notre pays par le Conseil de l'Europe, mais il y passe tout de même. Son tracé, du lac de Constance à Genève, a d'ailleurs été balisé de bout en bout par les organisations cantonales de tourisme pédestre, avec ses variantes, sous la dénomination «Via Jacobi».

Mais si Saint-Jacques est le plus célèbre et le plus ancien des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe, il en existe trente-huit au total, dont douze passent par la Suisse. Et six d'entre eux concernent la zone de diffusion du Régional: Via Francigena, Destinations Le Corbusier, Sentier des Huguenots, Sites Clunisiens, Route des Abbayes cisterciennes et Itinéraire du patrimoine juif.

Sur les pas de l'archevêque Sigéric

La Suisse compte treize étapes de la Via Francigena, pour une distance totale de 215 kilomètres. Depuis le Jura, elle longe le Léman, passe par l'Abbaye de Saint-Maurice et monte jusqu'au col du Grand St-Bernard. Cette route puise son origine au Moyen Âge et va du nord au sud de l'Europe. Sans qu'un itinéraire précis soit établi, les pèlerins d'alors cheminaient pour rejoindre Rome et aller se recueillir sur le tombeau de Saint-Pierre au Vatican. La voie officielle contemporaine se base sur les écrits de Sigéric, archevêque de Canterbury. En l'an 900, ce dernier effectue le pèlerinage en septante-neuf étapes, parcourant 2'000 kilomètres. Son journal a permis de reconstituer la Via Francigena et de la baliser pour les marcheurs d'aujourd'hui.

L'hébergement des pèlerins est relativement bon marché à l'étranger, mais certains hésitent à effectuer la partie helvétique du chemin, n'ayant pas les moyens de se loger. Partant de ce constat, trois jeunes architectes d'Ollon ont imaginé cet été le projet «Peregrinus», consistant à ériger de petits refuges pour pèlerins (voir encadré). L'étude a été parrainée par l'Association Européenne des Chemins de la Via Francigena, qui imagine déjà un développement international du concept.

De l'architecture...

Les amateurs d'architecture le savent, Charles-Edouard Jeanneret-Gris, alias Le Corbusier, est un Suisse ayant rayonné bien au-delà des frontières helvétiques. Depuis 2019, les Destinations Le Corbusier sont certifiées itinéraire culturel du Conseil de l'Europe. Cette promenade architecturale vise à valoriser l'ensemble de ses œuvres à travers le vieux continent. Soit, dans un premier temps, une trentaine de sites en Allemagne, en France et en Suisse.

La Villa «Le Lac», à Corseaux, fait partie des sites mis en lumière. Cette construction est particulière à plus d'un titre. L'architecte l'a imaginée pour ses parents en 1923. Elle est considérée comme «Le prototype de la maison minimale offrant un maximum de confort et d'espace». Devenue musée, des expositions y sont organisées. Actuellement, «De Bel-Air à Babel», à voir jusqu'au 27 octobre.

D'autres monuments de nos régions se trouvent sur différents parcours certifiés par le Conseil de l'Europe. Par exemple, la grande synagogue de Lausanne est recensée sur l'Itinéraire du patrimoine juif. L'Abbaye de Montheron, également à Lausanne, figure quant à elle sur la Route des Abbayes cisterciennes.

...à l'histoire

Les férus d'histoire en ont aussi pour leur compte. En suivant le Sentier des Huguenots et des Vaudois, par exemple. Les Huguenots ont fui la France en 1685, à la suite de la révocation de l'Edit de Nantes, sillonnant l'Europe pour trouver refuge en pays protestant. Les Vaudois ont emprunté les mêmes chemins, qui se confondent par ailleurs avec des parties de la Via Jacobi et la Via Francigena, pour s'exiler des vallées du Piémont. Là encore, l'itinéraire longe une partie du Léman. Enfin, une visite à Rougemont s'impose. Mais avant de monter dans le Pays-d'Enhaut, il faut remonter au début du dixième siècle. Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, fondait alors l'abbaye bénédictine de Cluny, en Bourgogne. Les moines de cette abbaye ont, durant le Moyen Âge, amené un rayonnement spirituel, artistique, économique et politique dans toute l'Europe, faisant émerger plus de 1'800 sites, villes et bourgs... dont Rougemont. Le programme des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe est en constante évolution et vise à s'étendre encore (voir interview ci-contre). En attendant, plusieurs paires de baskets devraient déjà être nécessaires pour découvrir l'offre existante.

Informations: www.coe.int/itineraires

Interview
Julien Vuilleumier: "Ces itinéraires créent des liens entre Etats

Collaborateur scientifique de la section Culture et Société à l'Office Fédéral de la Culture (OFC), Julien Vuilleumier est le représentant de la Suisse dans le cadre de l'Accord partiel élargi sur les itinéraires culturels du Conseil de l'Europe. Il souligne l'importance des échanges entre tous les acteurs du programme, ainsi que sur le rôle de promotion et de coordination que peut jouer l'OFC. 


À quoi servent ces itinéraires culturels?

Ce ne sont pas seulement des chemins historiques, comme la Via Francigena ou les Chemins de Compostelle. Il s'agit aussi d'une mise en valeur du patrimoine, qu'il soit matériel ou immatériel, comme la vigne, l'architecture ou l'art, par exemple. Ils permettent de lier entre eux des projets de développement locaux et servent à créer des collaborations entre Etats et partenaires. Pour être inscrit, un itinéraire doit concerner au moins trois pays et correspondre à une thématique importante en Europe. Il faut aussi que des activités s'y rattachent, qu'une promotion soit faite, que le projet soit viable économiquement et qu'il ait une gouvernance démocratique. Il y a une volonté d'extension du programme. Par exemple, cinq nouveaux itinéraires ont été certifiés cette année. Une réévaluation a lieu tous les trois ans.

La Suisse fait partie de ce programme depuis 2013, qu'est-ce que cela implique?

Si l'on remonte dans l'histoire, le programme a été fondé en 1987 avec les Chemins de Saint-Jacques de Compostelle. En 2010, l'accord partiel élargi sur les itinéraires culturels a été mis en place par le Conseil de l'Europe. Nous avions déjà des itinéraires qui traversaient le pays et avons adhéré à l'accord pour promouvoir le patrimoine par un tourisme durable. La conséquence est le versement d'une contribution annuelle, ainsi qu'une participation à la gouvernance du programme, au conseil de direction et à la certification des itinéraires.

La première réunion des itinéraires culturels du Conseil de l'Europe, organisée par l'OFC, s'est tenue le 23 août à Berne, qu'en est-il ressorti?

Ce processus est porté par un réseau européen, qui passe par les milieux associatifs. Le but de cette journée était que les personnes impliquées se rencontrent. Chacun a pu présenter son projet, en décrire les défis et les enjeux. Il y a un réel besoin d'échanges entre les différents itinéraires. Certains sont anciens, comme la Via Francigena, d'autres sont nouveaux, comme les Destinations Le Corbusier, notamment. L'idée est de favoriser le dialogue entre tous les acteurs pour voir comment valoriser ces itinéraires, leur offrir une viabilité et une visibilité. Au niveau de l'OFC, nous évaluons comment soutenir la coordination et la promotion générale.

A-t-on une idée de la fréquentation des chemins traversant notre pays?

Non. Pour ce qui est des chemins pédestres, il est impossible d'obtenir un chiffre précis. Concernant les itinéraires qui passent par des musées, il serait envisageable d'en comptabiliser les entrées par exemple, mais là non plus, nous n'avons pas de données statistiques.

Date:03.10.2019
Parution: 967

Des abris originaux dans le Chablais

Aux abords de l'Abbaye de Salaz, sur la commune d'Ollon, deux cabanes particulières ont été érigées au mois d'août (photo: EASA/Alexandra Kononchenko). Il s'agit du résultat de l'atelier de travail de l'EASA (association européenne d'étudiants en architecture), sur le thème du tourisme, auquel une vingtaine d'étudiants ont participé. Le projet «Peregrinus» émane de l'équipe de l'architecte Elena Chiavi: «Nous habitons près de l'abbaye, qui se trouve sur le parcours de la Via Francigena. Les pèlerins étaient les premiers touristes, en quelque sorte. Pour eux, nous avons imaginé des abris pratiques, simples, ayant un impact réduit sur le paysage et faciles à monter et démonter», raconte cette dernière. Retenue par l'EASA, l'idée s'est donc concrétisée. Constructions éphémères pour l'instant –elles ont été démontées et seront reconstruites au printemps- ces cabanes pourraient, à l'avenir, fleurir tout au long de l'itinéraire européen. «Il faudrait trouver un moyen de les surveiller et d'assurer un minimum d'entretien. C'est pourquoi la proximité d'un lieu tel que l'Abbaye de Salaz était intéressante pour nous. À terme, un pèlerin pourrait par exemple dormir dans un tel abri, mais prendre sa douche ou son repas dans une structure proche et davantage équipée. Cette possibilité d'hébergement pourrait être très bon marché par rapport à ce qui existe aujourd'hui», considère Elena Chiavi. L'avenir dira si, comme les pèlerins, l'idée a fait son chemin.