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Solutions locales pour soutenir le commerce de proximité

économie Tourisme d'achat, e-commerce, loyers exorbitants: les petits commerces doivent faire face à de nouvelles habitudes de consommations pas toujours en leur faveur. En parallèle, la prise de conscience d'un mode de vie plus respectueux de la santé et de l'environnement favorise les filières courtes et la production locale (lire l'article ci-contre). Reste que le quotidien est rude et qu'il faut se serrer les coudes. C'est pourquoi Promove, association de développement économique Riviera-Lavaux, en collaboration avec sept associations de commerçants, organisait le 1er octobre à St-Légier une séance d'information orientée solutions – entre carte de fidélité, marché dominical ou site Internet regroupant plusieurs commerces – suivie d'un débat. Tour d'horizon d'une problématique qui touche non seulement les commerçants mais aussi «la qualité de vie» dans les bourgs, les villages et les centres villes, comme l'a rappelé Alain Bovay syndic de St-Légier en préambule.

Vélocité Riviera

Textes: Magaly Mavilia

La Grande Salle de St-Légier-La Chiésaz est comble lors de cette soirée d'information du 1er octobre animée par Nasrat Latif, journaliste et présentateur pour La Télé. Remarques, exemples et échanges fusent autour de la présentation de quatre démarches proposées comme base de réflexion et d'actions possibles. Au rang des invités: l'entreprise Youpaq, un e-shop local avec livraisons à domicile en vélo cargo (notre photo de page 1) pour les commerces et artisans de proximité; Topad, une plateforme de communication; dansmonquartier.ch, une solution de promotion et de vente en ligne pour les commerces, artisans et prestataires de services locaux; et MyPlus, une carte de fidélité lancée en 2013 par l'Artcom, l'association des Artisans et Commerçants de la ville de Monthey. Si ces outils fonctionnent chacun à leur échelle, ils ne sont pas pour autant universels. On n'achète pas de la même manière à Lausanne, Vevey, dans le Chablais ou à Bourg-en-Lavaux. Chaque région, voire quartier, doit développer ses propres stratégies, voire chaque commerce son propre concept (lire l'article ci-contre). Mais «le partage d'idées est toujours un bon investissement», comme le souligne Goran Dzanovljanovic pour le GICA, groupement des entrepreneurs et artisans des communes de Corsier-sur-Vevey et de Corseaux.

Des impacts à répercussions

L'impact sur les commerces de proximité va plus loin que le seul chiffre d'affaires, estime pour sa part Guy Marti, président du Groupement des artisans et commerçants de St-Légier-La Chiesaz (GCA): «Quand vous achetez auprès d'une petite entreprise régionale, vous aidez une petite fille à prendre des cours de gymnastique, vous aidez un petit garçon à s'acheter un nouveau vélo, vous aidez une maman et un papa à mettre de la nourriture de saison dans les assiettes, vous aidez à garantir les retombées économiques localement, vous conservez le contact direct et vous permettez de maintenir la formation et l'emploi». Mais quels outils et quelles solutions apporter pour soutenir et dynamiser le commerce de proximité? Comment attirer et fidéliser le client qui est lui aussi soumis à des pressions (manque de temps, de place de parc, de budget, etc.)?

«Certains enjeux qui affectent les commerçants de proximité sont désormais structurels et se retrouvent partout à l'identique, au premier rang desquels la concurrence globalisée (tourisme d'achat, e-commerce, enseignes internationales), avec pour conséquence la chute constante de fréquentation physique dans les quartiers commerçants». Pour Bernard Schmid, directeur de Promove, «ces difficultés sont partagées par tous les commerçants de proximité et les associations de promotion économique régionale font les mêmes constats».

«Une pression démentielle»

«Le cœur des enjeux, ce sont les emplois», insiste Bernard Schmid qui ne peut que constater «une pression démentielle sur les prix, des charges et des loyers difficiles à supporter et de nouvelles habitudes qui tuent les petits commerces». A commencer par les achats sur Internet qui, même s'ils ne correspondent de loin pas toujours aux attentes (qualité, taille, images trompeuses, etc.), continuent de séduire. Ou encore les achats à l'étranger couplés avec des week-end escapades à bon marché. Le choix et le prix sont des arguments difficiles à contrer. En ce sens, la proposition d'e-commerce de l'entreprise Youpaq est ingénieuse. Regrouper différents petits commerces sur une plateforme en ligne avec un système de livraison à domicile permet à l'utilisateur d'acheter local sans se déplacer de la boucherie à la pharmacie, ou de la boulangerie à la fromagerie, etc. Mais ce genre de système ne va-t-il pas justement tuer la vie des centres villes? Ce n'est pas l'avis de Freddy Zompa, fondateur de Youpaq avec Jacques Gobet. «Nous n'avons pas toujours le temps d'aller faire nos achats en ville après une journée de travail, mais si des habitudes ont été prises, ce sont vers ces petits commerces que nous irons le samedi».

Le marché du dimanche fait un tabac

Pour Carmilla Schmidt, présidente de Label (Les acteurs de Bourg-en-Lavaux), «une solution comme Youpaq n'est pas adaptée. Nous sommes trop peu, il faut qu'il y ait du choix et nous n'avons pas de légumes par exemple. Pour qu'un tel système fonctionne, il faudrait l'imposer et tout le monde n'a pas envie de travailler avec l'Internet». Label a donc misé sur d'autres solutions dans le but de développer l'authenticité d'une consommation locale. Le marché du dimanche à Cully fait un tabac car il permet de créer des liens en dégustant des spécialités locales dans un cadre idyllique. Des connaissances se font, des recettes s'échangent et les rentrées de ces journées conviviales ne sont pas négligeables pour les commerçants.

Créer des liens à travers des événements chaleureux qui permettent de découvrir le travail et la qualité des produits locaux, c'est ce que préconisent en chœur les associations de commerçants. Des fêtes comme Halloween, Noël ou Pâques s'y prêtent bien. «Mais c'est tout au long de l'année qu'il faut entretenir ces liens privilégiés», estime Carmilla Schmidt.

Le rôle des communes

Le rôle et l'engagement des communes dans les diverses actions menées par les commerçants est essentiel selon les participants. L'adhésion des autorités communales montheysannes au projet de la carte de fidélité MyPlus a grandement contribué au succès de cette dernière qui est utilisée en moyenne 7'000 fois par mois. «Les horodateurs de la ville ont été équipés pour être compatibles et la carte fonctionne aussi à la piscine ou au théâtre, se réjouit Charles Niklaus, président d'Artcom. Pour que les choses fonctionnent, il faut que les acteurs économiques soient présents et inventifs mais aussi consultés par les Autorités, ce qui fait parfois défaut».

Date:10.10.2019
Parution: 968

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