Télécharger
l’édition n°968
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

« Ici, les poules ronronnent »

Frenières-sur-Bex Engagés contre la souffrance des animaux, Virginia Markus et Pierrick Destraz gèrent depuis fin août un sanctuaire pour ceux promis à l'abattoir ou maltraités. Le lieu se veut une mise en œuvre concrète de la philosophie antispéciste qui prône l'égalité entre les espèces. Il est aussi ouvert aux humains pour «se reconnecter». Rencontre.

Virginia Markus et Pierrick Destraz

Textes et photo: Stéphane Armenti

Lundi ensoleillé sur les hauteurs de Bex. Le siège de l'association Co&xister est en pleine nature, longé par une petite route sur une rive de l'Avançon. En léger dévers, le terrain est planté d'arbres, d'herbe, de quelques boxes ouverts pour les animaux et d'une maison. «Nous avons aussi une partie de la forêt, cela fait 5,5 hectares au total» se réjouit Pierrick Destraz. A l'accueil, souriante, Virginia Markus et son compagnon. Des chiens accourent aussi.

Ici, pas de théorie

Co&xister, fondée par les deux militants de la cause animale (voir encadré), s'occupe d'animaux, mais pas seulement. «Nous leur offrons un cadre de vie exempt de domination et d'exploitation, explique la jeune femme. Nous ne leur demandons rien, ni dressage, ni rendement, même s'ils sont jeunes. Nous nous adaptons à chaque individu, qui se cache derrière chacun d'eux». «Dans la plupart des exploitations, enchaîne Pierrick Destraz, les animaux sont traités comme des numéros. Ici ce sont des individus à part entière. Nous leur permettons de tisser des liens entre eux, car ils ne vivent plus confinés». Pour l'heure, le lieu accueille trois chiens, deux chats, neufs poules, deux ânes, trois chevaux et dans quelques jours des chèvres. Tous ont des noms pour signifier leur personnalité. Ces animaux ont été soit sauvés de l'abattoir ou de l'exploitation par des activistes, soit se sont eux-mêmes échappés, ou ont été apportés par des propriétaires qui voulaient s'en défaire, comme les ânes.

Le décor est posé, le vocabulaire aussi. Pour Virginia Markus et Pierrick Destraz, les humains et les animaux sont considérés comme des égaux. La suprématie des humains est remise en cause. Les valeurs antispécistes sont mises en œuvre concrètement: «Ici, nous ne faisons pas de théorie, les animaux sont leur propre porte-parole», analyse Virginia Markus, auteure notamment de «Désobéir avec amour».

Pour se reconnecter

Le lieu est aussi ouvert aux humains. «Mais il ne faut pas séparer les deux! Ils doivent cohabiter mais pas sous la forme de l'exploitation», précise celle qui est éducatrice. Le musicien appuie: «Nous accueillons aussi des hommes ou femmes en souffrance pour se reconnecter à la nature. Par exemple des enfants dits «à problèmes», mais cela pourrait aussi être des gens qui ont travaillé dans des banques, assurances et qui n'en sont plus satisfaits. Le système dans lequel nous vivons fait que nous sommes déconnectés. Pour recréer le lien, nous faisons aussi de la permaculture, de la méditation». Virginia Markus complète: «Nous proposons également l'accompagnement vers la réorientation professionnelle de personnes qui travaillaient dans l'exploitation animale, les éleveurs par exemple. Mais il est important de dire que nous ne sommes pas en guerre contre eux. Nous sommes contre un système destructeur des animaux et des écosystèmes. Pas contre les individus».

Décroissance et écologie

Mais les deux militants vont plus loin. Ils veulent faire passer le vivant avant le profit. «Le système productiviste mène la vie sur terre à sa perte. Il faut créer un autre rapport au monde sensible. Notre stratégie est notamment d'éviter de monnayer tous les échanges. Par exemple nous utilisons le troc. Au cas par cas et sur rendez-vous, nous mettons à disposition notre terrain pour que les gens puissent venir se ressourcer. De leur côté, s'ils veulent nous donner un coup de main pour réaliser autre chose, ils sont les bienvenus. Nous utilisons aussi les légumes invendus de magasins bio. Mais nous accueillons volontiers toutes les aides. D'ailleurs une épicerie bio en vrac de Lausanne et une entreprise de fromages végétaux nous soutiennent».

Beaucoup de demandes

Sous le soleil toujours étincelant de ce dernier jour de septembre, les fondateurs du lieu proposent de s'assoir dans le «boxe de la sérénité». Maisonnette en bois, sciure au sol, poules blanches et brunes présentes, les chiens viennent aussi les trouver. Tous cohabitent paisiblement. Assis au milieu des animaux, la discussion se poursuit. «La plupart des poules ici proviennent d'élevages et ont échappé à l'abattoir, souligne Virginia Markus. Elles y étaient dans un rapport de survie et se battaient en permanence. Tagada, lorsqu'elle est arrivée, n'avait plus de plumes. Ici, au contraire, elles ont des relations sociales, elles se font des câlins. Elles ronronnent. Peu de gens savent que les poules ronronnent!»

La visite se termine dans le pré. Les ânes et chevaux s'ébattent. Les poules, les chiens suivent. «Nous avons beaucoup de demandes pour accueillir des animaux. Pour l'heure, il y a encore de la place mais nous ne pourrons pas accueillir tout le monde», avertit l'ex-batteur du groupe «Wooloomooloo».

Des portes ouvertes sont organisées une fois par mois, détails sur www.asso-coexister.ch

Date:10.10.2019
Parution: 968

Deux parcours médiatiques

Bien connue des plateaux télé et radio, Virginia Markus y défend toujours la cause animale. Educatrice de formation, elle a travaillé plusieurs années avec des adolescents en rupture et a publié articles et livres, notamment «Industrie laitière, une plaie ouverte à suturer?» et «Désobéir avec amour». Depuis longtemps antispéciste, elle a revendiqué des actions pour libérer des animaux détenus dans des élevages. Chez Micarna à Vernayaz par exemple. Ou a dénoncé les mauvais traitements dans les abattoirs.

Lui aussi habitué des médias, Pierrick Destraz est musicien et artiste. Il débute sa carrière avec le groupe «Wooloomooloo», la poursuit avec «Explosion de caca» qui deviendra «Ze Grands Gamins» aux côtés de son père Henri Dès. Sous le nom de scène de Tonton Pierrick, il écrit et interprète deux spectacles retraçant l'histoire du rock. Végétarien dès l'âge de 17 ans, il cesse toute consommation de produits d'origine animale en 2017.

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio