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Une année sans consommer,
le pari fou de deux Romandes

Société Deux amies ont fait le pari de se lancer dans une diète de la consommation pendant une année. Une démarche qui vise à se libérer du besoin d'acheter et à prendre conscience des mécanismes qui, chez elles, entraînent ce besoin, dans diverses situations. Avec sérieux, mais sans se prendre au sérieux, elles invitent les intéressés à tenter l'expérience avec elles et à partager régulièrement ce qu'ils vivent atour d'un repas, dans la bonne humeur et sans jugement.

Pour Béatrice Dolder (à g.) et Zouzou Vallotton, se passer de consommer est une aventure plus introspective que militante.

Textes et photo: Valérie Passello

L'une vient du canton de Fribourg, l'autre est Vaudoise. Ce qui les relie, c'est une amitié de vingt ans, née dans le cadre de leur activité professionnelle. Béatrice Dolder et Zouzou Vallotton travaillaient alors toutes les deux à Rive-Neuve, à Villeneuve, dans le domaine des soins palliatifs. «Béatrice est la personne qui est la plus proche de mes valeurs, nous avons la même manière de voir les choses», décrit Zouzou Vallotton. Son amie enchaîne: «Nous partageons des valeurs humanistes, simples. Mais rien de dogmatique ou d'unilatéral, nous sommes ouvertes au partage et à l'échange.»

Lorsque Zouzou Vallotton propose à Béatrice Dolder de réfléchir à n'utiliser que du matériel deuxième-main, cette dernière va plus loin: «J'avais déjà fait deux diètes de la consommation, une fois durant six mois et l'autre fois durant un an, avec quelques personnes. J'ai donc répondu que l'on pourrait en faire une ensemble et partager cette expérience avec d'autres, à travers des rencontres conviviales», raconte-t-elle. «J'ai tout de suite été d'accord, mais maintenant, j'ai la trouille, confie Zouzou, avant de se reprendre: non, c'est peut-être un peu fort. Disons que ça me travaille. J'ai peur de consommer sans m'en rendre compte, de m'apercevoir tout à coup que j'ai acheté quelque chose d'inutile. Il faut aussi éviter de se dépêcher de consommer en prévision de la diète, ou de se rattraper après, ce n'est pas du tout le but.»

Envie ou besoin?

Les deux amies ont couché sur papier leur vision de cette action originale en rédigeant une charte (voir encadré), qui commence par un engagement en lettres grasses: «Pendant l'année 2020, j'essayerai de ne pas consommer, ou que le nécessaire». Le texte fixe les buts de la démarche, ses principes et les domaines concernés. Si elles se retrouvent dans les lignes générales, chacune a ses propres motivations. Béatrice relève: «Le but est de me libérer de comportements compulsifs, de repérer ce qui est du domaine de l'envie ou du besoin. D'identifier ce qu'il peut y avoir derrière l'envie de posséder, de saisir, de s'approprier. Et cela va plus loin que le matériel, c'est plus profond. Faut-il forcément lire le dernier livre sur une thérapie à la mode? Pourquoi doit-on être absolument au courant des nouveautés? Pour être supérieur aux autres?»

Si elles s'engagent dans leur diète de la consommation, les deux femmes reconnaissent qu'elles en ont déjà pris le chemin naturellement, en veillant à consommer des produits locaux et de saison, en évitant les emballages plastique, en limitant leurs déchets et leur empreinte carbone de manière générale, ou en ne prêtant pas attention aux effets de mode.

Zouzou reprend: «Pour moi, l'objectif numéro un est d'être consciente de ce que je consomme et de comment je le fais. J'aimerais me rapprocher le plus possible de mon idéal de consommation, qui est de me contenter du strict nécessaire et de manger simplement. J'ai l'impression que je le fais déjà, mais j'aurai peut-être des surprises. Par exemple, il me semble que je n'achète jamais de fringues. Pourtant, environ une fois par an, je donne un sac d'habits. Il faut bien que je les aie achetés quelque part!»

Volontariat et humour

Pour les deux amies, pas question de «s'auto-flageller en cas de faute» ou de juger ceux qui «craqueraient». Elles prennent plutôt le parti d'en rire: «Cette démarche est volontaire et personnelle. L'humour et la bienveillance en font partie intégrante, insiste Béatrice. L'idée n'est pas de souffrir ou d'être contre ceux qui consomment, mais de mieux se connaître soi-même. De se faire plaisir, bien sûr, mais en se concentrant sur des choses importantes pour nous. Pour ma part, le temps que je gagnerai à ne pas traîner dans des librairies me permettra de me consacrer à mon développement personnel, ainsi qu'à mes proches. Et si je craque, ce sera l'occasion d'en rigoler avec les autres», ajoute la Fribourgeoise, qui, par ailleurs, pratique le Bouddhisme.

C'est dans cet état d'esprit, avec modestie et sans aucune prétention, que Zouzou et Béatrice invitent toute personne intéressée ou curieuse à une rencontre le 24 novembre à 16h. Le lieu reste encore à définir en fonction des personnes inscrites. À ce jour, une petite dizaine de leurs connaissances ont manifesté de l'intérêt. Mais de la prudence, aussi, relate Béatrice: «Une amie m'a dit qu'elle ne pourrait pas nous suivre dans une diète de la consommation, car elle aime trop les massages et les rouges à lèvres. Après, un massage n'est pas forcément un soin frivole... C'est amusant de voir dans quels domaines les renoncements sont difficiles pour certains, alors que pour d'autres, ce n'est pas du tout le cas!»

• Contact en cas d'intérêt: zouzou.vallotton@gmail.com

• Enquête de l'OFS sur le budget des ménages: www.bfs.admin.ch

Date:07.11.2019
Parution: 972

Comment consommons-nous chaque mois?

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Énumérant les effets positifs de leur démarche, les deux amies mentionnent notamment les économies. L’occasion de
se pencher sur le budget dévolu à la consommation en Suisse. Publiée en 2016 par l’Office fédéral de la statistique (OFS), l’enquête sur le budget des ménages fait ressortir que le revenu brut moyen d’un ménage – soit 2,2 personnes – est de 7’124 frs par mois, après déduction des dépenses obligatoires. Sur cette somme, 5’310 frs servent à la consommation de biens et services. Il s’agit de chiffres indicatifs, puisque, toujours selon l’OFS, 59% des ménages helvétiques disposaient, en 2016, d’un revenu inférieur à la moyenne du pays. Parmi les dépenses mensuelles de consommation, voici quelques chiffres révélés par l’étude:

Trois questions à Laurianne Altwegg Responsable Environnement, Agriculture & Energie à la Fédération

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Est-ce que cela vous étonne que l’on puisse se lancer dans une diète de la consommation?

Non, les mouvements s’opposant à la surconsommation existent depuis de nombreuses années sous différentes formes. À l’image par exemple du «Green Friday», qui est l’exact opposé du «Black Friday» et propose de ne pas consommer ou d’acheter «utile» ce jour-là. Mais nous observons dans la population une véritable interrogation sur la durabilité, en lien avec le changement climatique. Deux tendances se dégagent: alors que certains croient en une croissance verte – permettant d’aller vers une consommation plus durable grâce aux nouvelles technologies par exemple – d’autres remettent en question ce paradigme, estimant qu’on ne peut pas croître indéfiniment dans un monde de ressources finies. Il y a là de nouvelles manières d’aborder les choses, comme le zéro déchet ou même le zéro consommation. La diète de la consommation appartiendrait plutôt à cette tendance-là.

Comment la FRC s’engage-t-elle pour une consommation plus responsable?

Nous sommes à l’écoute des consommateurs et leur donnons des outils et informations pour consommer de manière durable. Outre de nombreuses informations sur des thèmes très variés, notre site Internet et notre magazine regorgent de conseils, par exemple pour limiter les déchets. Un dossier très fourni consacré à la lutte contre le gaspillage alimentaire est notamment disponible. Pour lutter contre l’obsolescence de nos biens de consommation, nous avons également développé des annuaires en ligne de réparateurs et de boutiques de seconde-main, nous organisons des «repair cafés» et nous tentons de faire changer la politique fédérale. Depuis toujours, nous sommes dans la proposition, pas dans la culpabilisation du consommateur.

Si les gens arrêtent de consommer, la société devra-t-elle s’adapter?

Le boycott remonte aux origines de la FRC: c’est un outil qui avait été utilisé à plusieurs reprises dans les années 60 et 80 et qui avait fonctionné pour faire changer les choses. Même si nous ne l’avons plus fait depuis, rien ne nous empêche d’appeler au boycott d’un produit, si nous estimons que cela se justifie. Si je prends l’exemple de l’huile de palme, nous ne sommes pas allés jusque-là, mais nous avons agi pour que les consommateurs soient en mesure de repérer cet ingrédient dans les produits et puissent refuser de s’en procurer. Les détaillants réagissent également à certaines pressions politiques ou de la rue, comme cela a été le cas concernant l’interdiction des sacs plastique gratuits aux caisses des supermarchés. La pression des consommateurs peut ainsi effectivement avoir un impact sur l’offre à disposition, mais cela prend généralement beaucoup de temps.

Une charte comme «garde-fou»

Zouzou Vallotton et Béatrice Dolder ont rédigé leur charte ensemble, afin de «sédimenter la démarche», affirment-elles. L’idée est de formuler clairement des repères, dans un texte «qui sera plus un garde-fou qu’un règlement». En voici quelques extraits;

Buts, objectifs:

Conscientiser ma manière de consommer, à quel moment, dans quelle situation je consomme, à quoi ça correspond (frustration, remplissage, etc…) qu’est-ce que ça me procure?

Conscientiser d’où proviennent les biens consommés, comment sont-ils fabriqués, par qui, comment arrivent-ils jusque chez moi? (…)

Si j’ai besoin de quelque chose:

1. Je m’assure que j’en ai besoin et pas envie

2. Si j’en ai besoin, je cherche comment me le procurer d’abord dans mon entourage par échange, prêt

3. Est-ce que je peux le faire moi-même avec des choses que je possède déjà?

4. Est-ce que je peux le trouver en deuxième main? (…)

5. Si je fais un cadeau, j’essaie d’offrir quelque chose d’autre qu’un objet

Cela concerne:

Vêtements et accessoires, CD, DVD, musique et films en ligne, matériel de sport et loisirs, véhicule, vaisselle, mobilier, gadgets mécaniques, techniques, électroniques, téléphones, écrans, ordinateurs, outils et matériel de construction, de jardin, produits d’hygiène et de beauté, produits ménagers, les plantes, les fleurs, les graines, voyages, vacances, loisirs, théâtre, cinéma, concert, soins esthétiques, cadeaux, cours, stages, consultation de sites sur le web et tout ce que je consomme et qui n’est pas présent sur ces listes.

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