Télécharger
l’édition n°972
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Pour stopper les éboulements, ils coupent des arbres...

Veytaux Contre les chutes de pierres, une armée de petites tiges vaut mieux qu'une compagnie de gros troncs. Résultat, il faut tronçonner les vieux spécimens pour que de plus jeunes voient le jour. La Commune s'apprête à lancer son programme d'abattage 2020-2024. Objectif: prévenir les catastrophes naturelles, y compris avalanches et coulées de boue.

Veytaux est recouverte à 71% de forêts, dont 85% sont désignées «protectrices».

Amit Juillard

Veytaux s'apprête à couper 8'500 m3 de forêt entre 2020 et 2024. L'équivalent du volume de plus de deux piscines olympiques. Objectif: se protéger des catastrophes naturelles. Mais comment l'abattage permet-il de mieux retenir une avalanche, des chutes de pierres ou des torrents de boue?

La démarche peut paraître contradictoire. Il n'en est rien. «Pour lutter contre les chutes de pierres par exemple, il faut un maximum de tiges dans la zone concernée, des taillis, un buissonnement ou de moins gros troncs, étaye Martin von der Aa, garde forestier communal. S'il n'y a plus que des gros arbres, ils accaparent toute la lumière, qui n'atteint plus le sol. Conséquence, il n'y a plus de petits spécimens et le maillage du filet s'élargit.»

71% du territoire

71% du territoire de la commune, connue pour son Château de Chillon au bord du lac, est recouvert de sylves, dont 85% sont désignées «protectrices». Potentiellement menacés à Veytaux: les chalets des hauts, le village, les ponts, la route cantonale, l'autoroute et la ligne CFF.

Montagneuse, la petite localité de 884 habitants atteint son sommet aux Rochers-de-Naye, à 2'041 m. «En altitude, les résineux servent à structurer le manteau neigeux», assure Martin von der Aa. Lorsque la neige tombe sur un sapin, elle orne ses branches jusqu'à ce qu'elle fonde: la couleur foncée des épines attire la chaleur. En tombant, les amas forment des blocs durs et tassent par endroit le manteau neigeux, qui se stabilise. «Nous effectuons des coupes où les arbres sont vieillissants pour garantir un peuplement de tous les âges, détaille-t-il. Sinon, il y a un risque de voir toute une colonie mourir d'un coup. Il faudrait alors poser des paravalanches.»

Autre danger: les cours d'eau comme La Veraye. De vieux troncs peuvent former des barrages hydrauliques dont la rupture soudaine peut provoquer des coulées de boue. L'entretien des berges est primordial. D'autre part, une futaie saine permet d'éviter les crues rapides. «La végétation intercepte la pluie qui s'évaporera avant de pouvoir toucher le sol, développe le garde forestier. Les racines permettent en outre aux sols de fonctionner comme une éponge. L'eau va rester là plutôt que de finir dans les rivières ou ruisseaux.»

Retard à rattraper

Les quantités de bois à éliminer sont définies par le plan cantonal de gestion des forêts communales, actuellement en attente de validation formelle par le Conseil d'Etat. «Pour Veytaux, l'idéal serait de pouvoir couper 2'000 m3 par an afin de rattraper le retard pris ces dernières années, relève Igor Rinaldi, municipal des forêts. Or nous sommes obligés de faire avec les moyens à disposition et ne pourrons pas abattre davantage que 1'700 m3 par an (réd: contre 1'625 m3 par an entre 2016 et 2019). Nous ne prendrons toutefois pas de retard supplémentaire.»

Coût des opérations: quelque 1,5 million. Après déduction des recettes de la vente du bois – 372'000 frs – et des subventions cantonale et fédérale – 682'000 frs – le solde à financer par la Commune chute à quelque 516'000 frs. Toutefois, rassure l'Exécutif, la somme réelle à débourser sera moindre. Les salaires et les charges sociales de l'équipe forestière, inclus dans le calcul, sont déjà pris en charge par le budget. Le 2 décembre, le Conseil communal dira s'il accepte le projet sylvicole 2020-2024 de la Municipalité, le quatrième depuis 2009.

«C'est la continuité d'un travail que nous faisons depuis 20 ans, précise l'édile. Le volume d'abattage est en légère augmentation, mais nous continuerons à en limiter l'impact et à éviter de créer des «trous» dans le paysage.»

Villeneuve se protège aussi

Voisine de Veytaux, Villeneuve réunit 4% de la superficie des forêts protectrices du canton de Vaud dans le vallon de La Tinière. Les coupes prévues en cinq ans – 20'250 m3 - représentent l'équivalent du volume de plus de cinq piscines olympiques. Montant à financer par la Commune après déduction des subventions cantonale et fédérale et des recettes de la vente du bois: 983'375 frs. Comme pour Veytaux, la somme finale à débourser devrait être inférieure. Le Conseil communal de Villeneuve se prononcera le 5 décembre sur le projet sylvicole 2020-2024 de la Municipalité.

Date:07.11.2019
Parution: 972

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio