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Il redonne du lustre à sa vie

Puidoux Depuis une dizaine d'années et «la crise de la quarantaine», Bertrand Cazenave, dessine, fait fabriquer, assemble et installe des lustres. Il touche autant à la rénovation de chandeliers anciens, qu'à la création sur mesure, en passant par l'importation de pièces industrielles et la réalisation de sculptures lumineuses. Rencontre.

50% de son activité est la fabrication de pièces sur mesure, le reste étant  consacré à la restauration et aux sculptures lumineuses. S. Armenti

Stéphane Armenti

«Vous voulez boire un café? Allons chez ma voisine, nous aurons plus de place et vous y verrez mes plus grands lustres...» Sympathique, Bernard Cazenave nous invite dans l'atelier situé à côté du sien, chez «Anouk Smetana, dorure, encadrement, restauration», pour déguster le breuvage tout en parlant de sa vie. Plutôt volubile, il ne s'arrête que pour montrer les photos de ses réalisations sur son téléphone portable. «Là, c'est pour le Lido de Paris, plus d'une tonne de cristal. Ici, c'est pour le 175e anniversaire d'une grande marque de montre. Là encore, c'est un client privé qui m'a demandé de m'inspirer du lustre du lobby du Royal Savoy à Lausanne pour faire un lustre encore plus beau: les feuilles étaient trop plates. Je les ai rendues plus vivantes en leur donnant de la couleur, des nervures et des formes!»

Jusqu'à quinze mètres de haut

Sur l'écran, de belles réalisations artisanales et sur mesure. Souvent avec des matériaux nobles – cristal de Swarovski, fer forgé, verre de Murano. Grandes aussi, cinq ou six mètres de hauteur voire davantage. «Celle-ci n'avait que six mètres de haut», plaisante l'artisan. Certaines de ses pièces vont bien au-delà: «Nous avons fait le plus grand lustre d'Europe, il fait plus de quinze mètres de haut». Les diamètres aussi sont imposants – deux ou trois mètres par exemple. Quant aux prix, ils se situent, pour les créations originales, entre 3'000 à 60'000 frs.

Mais le lustrier n'a pas toujours été un manuel. «J'ai un parcours atypique, précise-t-il assez vite, j'ai fait des études de droit à Strasbourg pour devenir courtier en assurance pendant 20 ans. Avec la «crise de la quarantaine», j'ai tout vendu, me suis séparé de ma compagne et installé en Ligurie pour fabriquer et restaurer des lustres. C'était il y a environ dix ans». Mais pourquoi pas des olives bio ou la fabrication de fromage de chèvre, comme il arrive parfois à ceux qui plaquent tout? «J'avais envie de quelque chose de plus manuel que l'assurance, de moins conformiste et plus créatif. Ma compagne de l'époque, qui l'est toujours d'ailleurs, était antiquaire et mon passe-temps c'était de restaurer des lustres. Donc je me suis lancé dans cette activité. Puis il y a trois ans, je suis venu en Suisse et il y a un an et demi, ici à Puidoux». Profession d'ailleurs sans CFC, ce qui explique que le nombre de lustriers soit difficile à comptabiliser dans le canton, ni les offices de statistiques vaudoises ou suisses ne peuvent le déterminer. Mais un métier rare assurément.

Créer mais aussi restaurer

«Pour les commandes, les clients me contactent, à travers mes sites Internet qui me font connaître, je travaille également avec les architectes et des décorateurs. Nous discutons pour savoir ce que veut vraiment le client, puis je réalise les plans. Avec mon associé en Italie qui a un atelier, c'est là-bas que les pièces sont réalisées sur mesure. Pourquoi l'Italie? Il y a là-bas une grande expérience et tradition dans la fabrication des luminaires, notamment à Venise et Florence. Ils sont souples et savent s'adapter. Le Suisse dira qu'il ne sait pas faire, qu'il faut s'adresser à quelqu'un qui sait. Au contraire, l'Italien fera le job. Après fabrication, les pièces détachées sont livrées à l'atelier de Puidoux et j'effectue l'assemblage. Enfin, j'installe les pièces terminées chez le client».

Sculptures lumineuses

Une fois la voisine saluée, les tasses à café lavées - «comme je m'invite chez elle, la moindre des choses est de laver ce que j'ai employé» - retour dans son atelier. Environ 50 m2 garnis de chandeliers en tous genres, souvent de la rénovation que les clients ne sont pas encore venus chercher ou des lustres anciens à la vente. Si le 50% de l'activité dont il vit aujourd'hui est la fabrication de pièces sur mesure, Bertrand Cazenave restaure aussi. «Par exemple, certains clients apportent les chandeliers de leurs grands-mamans. C'est environ 45% de mon activité». La dernière petite partie est l'importation de lustres industriels de Chine et les sculptures lumineuses. L'Amoureux d'adoption – sobriquet des habitants de Puidoux - précise, en désignant un assemblage de bouteilles en PET, gobelets plastique, pneu: «Par exemple celle-ci est une commande de l'association Net' Leman pour sensibiliser à la pollution dans le lac. Elle est composée de déchets plastique, tous trouvés dans le Léman. Ce lustre «tiré du lac» a été exposé à l'ONU, voici les photos!, s'exclame-t-il fièrement. D'ailleurs, je ferai en février la première exposition de statues lumineuses au Casino de Genève».

Date:14.11.2019
Parution: 973

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