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«On m'a dit que j'allais devenir énorme»

Chessel L'une des rares femmes à pratiquer le culturisme en Suisse, Pauliane Racine, Chablaisienne de 23 ans, est déterminée à en faire sa profession. Championne suisse dans deux catégories, l'athlète s'est pourtant lancée dans cette discipline il y a seulement deux ans. Entre investissement personnel et motivation, la jeune bodybuildeuse aux 400'000 abonnés sur les réseaux sociaux se confie.

«La catégorie bikini, dans laquelle je concours, n'exige pas de masculiniser à outrance son apparence», souligne Pauliane Racine, ici lors de la remise de son titre de Championne suisse (bikini, senior et junior). DR

Entretien: Daniella Gorbunova

À 23 ans, Pauliane Racine, de Chessel, compte presque 400'000 abonnés sur les réseaux sociaux. Peintre en bâtiment de formation, cette influenceuse et youtubeuse connaît un succès pourtant tout récent. Il y a deux ans, les portes du monde du bodybuilding se sont ouvertes à elles. En ce court laps de temps, la jeune sportive a déjà pris part à quatre compétitions helvétiques et a remporté trois prix. Concourant pour la IFBB (Fédération Internationale de bodybuilding et fitness), elle est, à ce jour, championne suisse dans les catégories bikini junior et senior, ainsi que lauréate de la première place bikini junior du Championnat international Suisse.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans le bodybuilding?

De base, je ne faisais pas beaucoup de sport. Et puis, il y a deux ans, j'ai traversé une période quelque peu difficile dans ma vie pour cause de problèmes personnels. J'étais, à ce moment-là, en train de finir ma formation de peintre en bâtiment. J'ai pris l'habitude d'aller, tous les soirs après le travail, à la salle de sport pendant un an. Au bout de ce laps de temps, je me suis dit qu'il fallait que je me lance un objectif - je suis quelqu'un qui aime se lancer des défis. C'est à ce moment-là que j'ai pris la décision d'attaquer ma préparation physique pour commencer à faire des concours. Aussi, étant donné le métier que je faisais, j'avais envie de changer physiquement. C'est également ce qui m'a poussée à aller au fitness.

Étant l'une des rares femmes à pratiquer le culturisme en Suisse, avez-vous eu des difficultés à vous faire une place dans ce milieu?

Il est difficile de dire combien de femmes exactement pratiquent ce sport en Suisse. Mais il est vrai que, lorsque je me suis rendue aux concours, j'ai constaté, notamment dans la catégorie junior, que nous n'étions en général pas plus de quatre. Personnellement, j'ai évolué dans un métier qui est plutôt qualifié de métier d'hommes, et je fais de la moto. Il est donc vrai que j'ai grandi dans des milieux qui étaient plutôt masculins et j'ai toujours réussi à me faire une place. Dans la sphère du bodybuilding, je n'ai pas vraiment dû faire face à des regards discriminatoires. Et, sur les réseaux sociaux, j'essaie de transmettre un message de motivation. Je veux montrer aux gens qu'il n'y a pas d'activités genrées. Il ne faut pas se dire que telle ou telle activité est masculine et avoir peur de se lancer dedans à cause de cela.

Qu'en est-il du regard des gens, dans votre entourage ou en général, concernant votre activité?

J'ai l'impression que les gens ont plutôt tendance à être admiratifs, car ils savent que le culturisme demande beaucoup de préparation, mentale y compris. Mais il est vrai que l'on m'a déjà dit que j'allais devenir énorme, ou demandé si j'allais prendre plus de muscles. Alors que transformer radicalement mon corps n'est pas du tout mon objectif. La catégorie bikini, dans laquelle je concours, n'exige pas de masculiniser à outrance son apparence. Et puis, de toute façon, quoi que nous fassions dans la vie, nous nous exposons toujours à du jugement. Donc, pour moi, il faut écouter ses envies. Être heureux est l'essentiel.

Quel est le plus grand défi que vous n'ayez jamais relevé?

Les dernières compétitions auxquelles j'ai pris part étaient assez intenses. Il est vrai que je suis jeune, et je viens de débuter dans cette discipline. Sur le plan personnel, cela m'a demandé un énorme investissement. J'ai dû faire des concessions, des sacrifices. J'ai dû troquer les soirées entre amis pour de bonnes nuits de sommeil, car je devais me lever pour faire du cardio tôt le matin. Mais j'ai toujours su pour quoi je le faisais. Et c'était un challenge personnel assez important, dans une période de ma vie où j'avais besoin de tourner une page.

Quels sont vos projets pour le futur?

Maintenant que j'ai commencé cette carrière sportive, qui débute assez bien, je suis à la recherche de quelques sponsors. J'aimerais me professionnaliser et aller faire des compétitions à l'étranger, notamment en Angleterre et en Espagne. Je pense également à donner des cours de coaching. Dans tous les cas, je me vois évoluer dans ce milieu. J'apprécie beaucoup le contact humain, et j'aime être une source de motivation.

Date:14.11.2019
Parution: 973

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