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Antoine Guisan: «Réduire l’extinction des espèces est la priorité»

Antoine Guisan: «Réduire l’extinction des espèces est la priorité»

«Le taux d’extinction des espèces est 10 à 100 fois supérieur aux dix derniers millions d'années», alerte Antoine Guisan, professeur à l’UNIL où il dirige le laboratoire d’écologie spatiale. Egalement fondateur du portail RECHALP axé sur les Alpes vaudoises et membre des centres interdisciplinaires sur la montagne et sur la durabilité de l’UNIL, sa recherche de portée internationale est centrée sur l’étude et la modélisation de la distribution géographique des espèces et de la biodiversité.

En matière de climat, nous avons dépassé les limites, qu’en est-il pour la biodiversité?

υ L’évolution du climat peut se mesurer par des indicateurs relativement simples, comme des tendances de température ou d’événements extrêmes. C’est beaucoup plus difficile avec la biodiversité, constituée à l’échelle
mondiale de plus de 2 millions d’espèces recensées, et une estimation totale de 8 millions d’espèces. Le panel intergouvernemental sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) vient de tirer la sonnette d’alarme, dénonçant un taux d’extinction d’espèces 10 à 100 fois supérieur aux dix derniers millions d'années. Les chiffres sont éloquents. Juste pour les vertébrés, 680 espèces ont disparu depuis le 16e siècle. Depuis 1900, l'abondance des espèces a diminué d'au moins 20% en moyenne dans les grands habitats terrestres. 

L’Union internationale de conservation de la nature basée à Gland nous alerte de fortes menaces pesant sur plus de 40% des amphibiens, et sur plus d'un tiers des récifs coralliens et des mammifères marins. 

En Suisse, sur 45'000 espèces, 36% sont menacées et 15% de plus sont potentiellement menacées, à travers tous les groupes. En cause, la qualité des écosystèmes qui ne cesse de diminuer. Sur plus de 230 types d’habitats naturels, tels que les prairies, bords de rivières, marais, ou forêts, la moitié est menacée, avec des réductions de 95% pour les prairies sèches et 90% pour les tourbières.

Pourquoi la biodiversité est-elle si importante pour notre survie? 

υ La biodiversité constitue la base des écosystèmes, dont le fonctionnement dépend des nombreuses espèces qui les constituent, avec différents rôles dans différents compartiments (p.ex. sol, végétation), et de nombreuses interactions. Il est maintenant bien démontré que ces écosystèmes fournissent nombre de «services» essentiels à notre survie, tels qu’alimentaires (cultures), régulateurs (climat), protecteurs (avalanches), culturels (tourisme) ou sanitaires (pharmacologie). Alors que certains sont quantifiables (production de bois), d’autres le sont plus difficilement, comme le bien-être résultant d’une immersion dans la nature, comparable à une forme de médecine préventive. L’érosion de la biodiversité a donc d’énormes conséquences - avérées et potentielles - sur les sociétés humaines, comme montré par exemple avec le déclin de la pollinisation en agriculture. Notre avenir est entièrement conditionné par notre capacité à préserver la nature et les bienfaits qu’elle nous procure. Outre la nécessité de réapprendre à respecter la vie sous toutes ses formes, nous devons donc aussi mieux considérer la biodiversité et ses bienfaits dans l’aménagement du territoire et des paysages. Il devient prioritaire, dès aujourd’hui, de définir un objectif de réduction absolue de l’extinction des espèces. 

Quel futur pour la biodiversité, les écosystèmes et leurs services dans nos régions?

υ Une bonne gestion de la biodiversité et des écosystèmes dépend de notre capacité à anticiper les tendances futures, et incorporer ces prévisions dans les plans de gestion du territoire. C’est une dimension où la recherche scientifique peut fortement contribuer. De par ses compétences fortes en sciences de la nature et du paysage, en développement territorial, gestion du risque environnemental et durabilité, l’Université de Lausanne est bien outillée pour répondre à ce défi. Les modèles qui y sont développés peuvent prendre en compte l’effet de différents scénarios de changements climatiques et de l’utilisation du territoire sur la biodiversité, et être incorporés dans des plans de développements, et ainsi servir d’outil aux décideurs. Des modèles ont par exemple déjà montré l’impact probable des changements climatiques sur la flore alpine, et sont actuellement utilisés pour une analyse conjointe de la priorisation de la conservation de la biodiversité et des services écosystémiques dans les Alpes vaudoises. Gageons que ces outils deviennent rapidement utilisés de manière plus systématique dans la gestion territoriale pour une meilleure protection de la biodiversité.

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