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Fond'Action
20 ans de lutte contre le cancer

Santé Plus de 16'000 personnes perdent leur lutte contre le cancer chaque année en Suisse. Outre celui des poumons qui touche les deux sexes, les femmes sont surtout concernées par le cancer du sein, alors que les hommes le sont par celui de la prostate. Grâce au soutien de généreux donateurs, Fond'Action se bat depuis plus de vingt ans pour essayer de limiter cette mortalité en soutenant de nombreux programmes de recherche fondamentale. Axée entre autres sur des méthodes comme l'immunothérapie ou les thérapies ciblées, cette fondation privée basée à Lausanne a permis le développement de plusieurs traitements novateurs. Quels ont été les grandes découvertes et programmes initiés par cette fondation? Où en est la recherche dans le domaine en Suisse? Le point en compagnie de son président, le professeur Serge Leyvraz, spécialiste en oncologie.

80-90% des fonds de Fond'Action sont investis en Suisse pour la recherche fondamentale.

Entretien: Xavier Crépon

En Suisse, environ 170'000 femmes et 147'000 hommes vivent avec un diagnostic de cancer, dont 7'000 et 9'000 y succombent chaque année. Une mortalité qui recule progressivement grâce aux découvertes, mais une maladie qui reste une cause importante de décès: 30% chez les hommes et 23% chez les femmes sont dus au cancer. La recherche remonte perpétuellement ses manches afin de limiter ces taux avec des avancées conséquentes ces dernières années comme les programmes d'immunothérapie cellulaire ou de thérapies ciblées, offrant ainsi des possibilités de traitements multiples et parfois plus adaptés que les méthodes traditionnelles. Fond'Action s'engage tous les ans dans cette voie en investissant environ 1 million de frs pour soutenir les thérapies de demain. «Sans nos généreux donateurs, la recherche ne pourrait avancer aussi efficacement. Nous sommes plus que jamais conscients que seuls, nous ne sommes rien, mais qu'ensemble, nous pouvons tout», rappelle le professeur Serge Leyvraz. En marge du traditionnel gala de soutien de cette fondation lausannoise, qui avait lieu le 3 novembre au Palace de Lausanne, l'éminent spécialiste se confie au Régional.

Le cancer est une maladie qui tue encore et toujours. L'avancée de la recherche permettra-t-elle un jour de contrecarrer la grande faucheuse?

Grâce à la recherche, la mortalité liée au cancer a fortement diminué ces vingt à trente dernières années. Nous nous battons pour avoir un réel impact sur cette dernière et des avancées notoires ont été réalisées comme pour les cancers des poumons, du colon, ou du sein. Mais il ne faut pas oublier que la recherche prend du temps. Vous ne trouverez pas un traitement efficace du jour au lendemain. Le processus dure des années. Ce qui a surtout changé, c'est qu'actuellement, peut-être qu'on ne guérit pas à tous les coups du cancer, mais on arrive à le contrôler. Grâce aux traitements actuels, il peut parfois se traiter comme une maladie chronique, ce qui n'était pas le cas par le passé. Atteints par la maladie, de nombreux patients mouraient rapidement. Nous pouvons désormais au moins repousser l'échéance.

La Suisse est donc une pointure en la matière?

Nous n'avons pas à rougir. Le niveau ici est excellent. Notre force est la recherche clinique et préclinique et nos méthodes thérapeutiques ainsi que nos médicaments sont assez avancés. L'institut d'oncologie de Lausanne est par exemple un des plus performants au monde. En Suisse, nous avons aussi énormément de possibilités grâce aux connaissances que nous avons acquises. Cela nous permet de traiter un grand nombre de patients. Les nouvelles méthodes comme l'immunothérapie ou les thérapies ciblées rendent les traitements plus efficaces. C'est le cas pour le cancer des poumons dont le contrôle s'est fortement amélioré avec la progression de notre arsenal thérapeutique.

Et en quoi consistent ces thérapies ciblées et cette immunothérapie?

L'immunothérapie est un traitement basé sur la stimulation du système immunitaire afin qu'il produise des cellules génétiquement modifiées capables de détruire plus facilement les tumeurs. Pour les thérapies ciblées, je vous donne un exemple. Autrefois, nous prescrivions la chimiothérapie pour tous les cancers du poumon. Désormais, avec l'oncologie personnalisée, nous pouvons adapter le traitement en fonction de la dizaine de sous-types de cancer du poumon découverts. Il est désormais possible de trouver des traitements adaptés en bloquant certains gènes afin de limiter ou supprimer les tumeurs cancérigènes.

Ces nouvelles thérapies vont-elles remplacer un jour les plus traditionnelles comme la chimiothérapie?

Les remplacer, je ne sais pas. Ces traitements comme la chimio et la radiothérapie ont leur importance. Pour certaines tumeurs comme le cancer des testicules ou les lymphomes, nous ne pouvons encore faire sans. Ce qui change grâce aux avancées, c'est que nous pouvons désormais effectuer des combinaisons avec ces nouvelles thérapies qui deviennent partie intégrante des méthodes de traitement, alors que ce n'était pas le cas il y a dix ans. Elles évoluent désormais tous les ans avec la recherche, mais nous ne sommes pas dans une phase où elles vont faire disparaître les thérapies traditionnelles. Ce sera peut-être le cas pour certaines tumeurs car ces méthodes permettent une meilleure compréhension des cancers et des mécanismes de dérèglements cellulaires, mais il est difficile de généraliser. Nous n'avons pas encore trouvé le Graal. Nous y verrons peut-être plus clair dans une vingtaine d'années.

Ces traitements sont plus ciblés, moins dévastateurs et parfois plus efficaces, mais leur coût n'est-il pas difficilement supportable pour le commun des mortels?

Oui c'est vrai. Les traitements actuels deviennent de plus en plus chers. C'est à se demander comment nos sociétés vont supporter ces prix en constante augmentation. Mais c'est malheureusement la loi du marché. Si peu de patients en ont besoin, le prix du traitement va monter en flèche. Plusieurs compagnies pharmaceutiques développent des médicaments spécifiques sous forme d'injections qui coûtent environ 300'000 euros la pièce. On croit rêver quand on entend ces prix-là. Mais nous ne devons pas arrêter notre marche en avant. Ces nouvelles thérapies sont extrêmement efficaces et certains patients guérissent désormais par thérapie cellulaire, donc cela vaut tout l'or du monde. Mais il faudrait des négociations avec les Etats et les maisons pharmaceutiques pour que ces prix restent acceptables pour la société.

Pour vous aussi les besoins sont élevés financièrement pour soutenir la recherche. Le gala que vous organisez chaque année permet-il une levée de fonds importante?

Nous n'attendons pas notre gala pour récolter des fonds. Nous avons la chance de pouvoir compter sur de généreux donateurs qui nous restent fidèles. Mais cet événement est une ressource supplémentaire. Cette année, nous avons accueilli 220 personnes pour partager notre traditionnel repas gastronomique. Une soirée mémorable au Lausanne Palace qui nous a permis avec la vente aux enchères de récolter un peu moins de 125'000 frs. Cette année, nous avons aussi décerné une bourse de 100'000 frs pour soutenir le travail d'une jeune chercheuse, la docteure Tatiana Smirnova dont la recherche se focalise sur l'amélioration de traitement des leucémies par la modification de l'environnement tumoral. C'est aussi le but de Fond'Action. Soutenir les recherches de qualité et les carrières académiques dans le domaine de l'oncologie.

Vous pouvez soutenir Fond'Action en effectuant un don sur www.fondaction.ch/don ou en achetant le livre de recette Partage, des chefs Girardet, Bovier et Giovannini aux éditions La Bibliothèque des Arts à Lausanne.

Plus d'infos sur les chiffres et programmes actuels sur le cancer:

• Fond'Action www.fondaction.ch;

• HUG: www.hug-ge.ch/actualite/vers-vaccin-personnalise-contre-cancer-du-cerveau

• OFSP: www.bag.admin.ch

• Ligue suisse contre le cancer www.liguecancer.ch

Date:21.11.2019
Parution: 974

Les trois programmes phares de Fond'Action

Fond’Action investit principalement dans la recherche oncologique en Suisse. 80 à 90% des fonds restent dans le pays, le solde étant attribué à deux groupes de recherche internationaux. Ces dernières années, Fond’Action a soutenu de nombreux chercheurs et a permis le développement de nouveaux programmes. Le professeur Leyvraz en a sélectionné trois dans le parcours de sa fondation:  

Radiothérapie en flash

Soutenue dès le début par Fond’Action, cette nouvelle technique de thérapie en flash du Prof. Jean Bourhis est une radiothérapie utilisant un faisceau ultra intense, à haut débit et sur un temps restreint. Ce traitement a démontré des résultats spectaculaires chez l’animal avec une diminution des effets secondaires sur les cellules saines et une efficacité anti-tumorale augmentée. Actuellement, un prototype est installé au CHUV et les essais cliniques sur les patients souffrant de tumeur cérébrale ou pancréatique devraient débuter en 2020. «Très suivi à l’international, ce programme risque de modifier le vision que nous avons de la radiothérapie», se réjouit le docteur Serge Leyvraz.

Vaccination personnalisée contre les tumeurs cérébrales

Le programme co-dirigé par le Prof. Pierre-Yves Dietrich est un vaccin thérapeutique contre le gliobastome, un type de cancer du cerveau qui touche fréquemment les enfants ainsi que les jeunes adultes. En analysant par biopsie leur tumeur, cette technique définit avec précision son empreinte digitale, pour pouvoir être ensuite traduite dans un vaccin adapté aux caractéristiques individuelles de la tumeur du patient. Testés sur quinze personnes aux HUG, les traitements ont induit des réponses immunitaires intenses permettant de combattre efficacement les cellules tumorales. «Cette vaccination personnalisée a été reconnue dans le milieu comme une avancée certaine dans la manière de vacciner les gens. Nous sommes fiers de l’avoir en partie financée», relève le président de Fond’Action.

Soins oncologiques à domicile

Ce programme du Prof. Sandro Anchisi a pour objectif d’administrer les soins oncologiques directement chez les patients lorsque cela est possible afin de limiter la fatigue et le stress générés par le déplacement en hôpital. Ce projet a été testé avec réussite en Valais où le personnel médical a été spécifiquement formé afin de dispenser ces soins à domicile. Plébiscité par de nombreux donateurs de Fond’Action, ce programme a aussi un impact considérable sur la vie des patients et de leurs familles en leur apprenant à gérer les effets secondaires du traitement. «Là, nous ne sommes plus sur de la recherche fondamentale et de la génétique, mais c’est aussi ça la lutte contre le cancer, explique Serge Leyvraz. Le fait d’aller directement sur le terrain pour assister les patients commence à changer la vision des médecins, des infirmières et autres directions sur la manière de prodiguer des soins.»