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L'EPFL au secours de la vigne

Sciences Avec son nouveau test pour détecter les maladies de la vigne, une équipe de bio-ingénierie de l'EPFL remporte un prestigieux prix à Boston. Plus rapide et plus facile à appliquer que la procédure actuelle, le projet suscite l'espoir parmi les vignerons.

Une fois atteints par cette flavescence dorée, les ceps de vignes doivent être arrachés afin d'éviter qu'ils ne contaminent l'entier du domaine.DR

Xavier Crépon

Détecter plus facilement et plus rapidement les maladies de la vigne avant que l'entier du domaine soit atteint? Cela sera peut-être possible grâce au test développé par une équipe de jeunes ingénieurs de l'EPFL. Le travail des Lausannois vient d'être reconnu aux Etats-Unis lors de la compétition de biologie synthétique International Genetically Engineered Machine (iGEM). Sur plus de 6'000 étudiants et 360 équipes, leur ViTEST a réussi à se démarquer en remportant le Grand Prix qui évalue l'ensemble des projets. Il obtient également le titre de meilleur projet environnemental et meilleures pratiques humaines intégrées. Une première pour l'institution fédérale.

Limiter la contamination

L'équipe de l'EPFL partait déjà avec les bonnes cartes grâce à la variété de ses connaissances. Les neufs jeunes étudiants de l'équipe issus de plusieurs domaines de l'ingénierie - sciences du vivant, robotique, génie chimique, microtechnique - ont chacun apporté leur pierre à l'édifice. La problématique locale et abordée de manière concise a particulièrement plu au jury. Les ingénieurs ont en effet interagi avec plusieurs vignerons pendant le processus d'élaboration du prototype et sont allés ensuite le tester dans un vignoble à Chardonne. La possibilité d'appliquer le ViTEST à d'autres plantes était aussi un atout supplémentaire. Mais pourquoi avoir choisi la vigne? «Certains domaines en Suisse ont déjà été sérieusement touchés par deux maladies, la flavescence dorée et le bois noir, explique l'étudiant Théo Nass (20 ans, Préverenges). C'est le cas du Tessin qui subit de gros dégâts depuis une dizaine d'années, mais également à moindre échelle du canton de Vaud.» Une fois atteints par cette flavescence dorée, les ceps de vignes doivent être arrachés afin d'éviter qu'ils ne contaminent l'entier du domaine. «Cette maladie transmise par la morsure du petit insecte Cicadelle est très contagieuse et wnous voulions faire quelque chose pour y remédier», annonce Léonard Karsunky (20 ans, Cully). «Avec 17 pays en Europe touchés par cette maladie, dont de gros producteurs de vins comme la France, l'Italie ou encore l'Espagne, la contamination prend de l'ampleur année après année, interpelle Théo Nass. Nous nous sommes donc fortement impliqués dans notre recherche.»

Au-delà du labo

Cette attaque, Basile Neyroud l'a subie de plein fouet l'année dernière. Le vigneron-encaveur de Chardonne a dû arracher puis brûler plus de 2'000 m2 de ceps atteints par la maladie. «Nous étions dans le foyer de départ. C'est notre voisin qui a détecté en premier les feuilles rouges et les vignes desséchées symptomatiques de la flavescence dorée, souligne le Chardonneret. Alors quand l'équipe de l'EPFL l'a contacté pour développer son prototype et pour le tester dans ses vignes, l'homme n'a pas hésité. «Si ce test aboutit, il sera surtout utile pour l'Agroscope (Centre de recherche fédéral sur l'agriculture) qui effectue les mesures, ou alors pour les vignerons qui ont des vignobles dans des régions reculées, ou des vignes très dispersées, note Basile Neyroud. Dans ces cas particuliers, l'Agroscope n'effectue pas forcément des contrôles réguliers.» Félicitant l'équipe pour sa recherche, le vigneron se dit prêt à utiliser son test à l'avenir s'il améliore l'efficacité de la détection des maladies de la vigne. Le test serait réalisable en moins de deux heures sur le terrain, alors que la méthode actuelle peut prendre plusieurs jours pour donner un résultat. Sa phase de développement n'étant toutefois pas encore terminée, les chercheurs espèrent pouvoir continuer à travailler sur leur projet au-delà de la compétition.

Date:21.11.2019
Parution: 974

Un test plus rapide

ViTEST est un test de diagnostic qui se veut rapide et facile à utiliser, sans matériel de laboratoire, ni formation particulière. Le vigneron pourrait simplement commander des micro-aiguilles pour le prélèvement d’ADN dans les feuilles de vignes et effectuer soi-même le relevé. Il devrait ensuite amplifier l’ADN de la bactérie à l’aide d’une petite machine chauffante. «Une fois l’ADN extrait et amplifié, il devient possible de déterminer s’il s’agit bien de celui d’une bactérie qui génère la flavescence dorée ou le bois noir», avance l’ingénieure Laura Kvedarauskaite (22ans, Vevey). Le tout serait réalisable en moins de deux heures sur le terrain, alors que la méthode actuelle peut prendre plusieurs jours pour donner un résultat

L’équipe

Encadrée par le professeur Sebastian Maerkl et deux étudiants diplômés Shiyu Cheng et Chun-Jie Cai, l'équipe se compose de neuf étudiants :

  • Luc Gabel : Bachelor en Ingénierie des sciences du vivant
  • Leonard Karsunky : Bachelor en Ingénierie des sciences du vivant
  • Stefania Konstantinidi : Master en robotique orientée vers la médecine
  • Laura Kvedarauskaite : Bachelor en Ingénierie des sciences du vivant
  • Dana Mozaffari : Master en génie chimique
  • Theo Nass : Bachelor en Ingénierie des sciences du vivant
  • Junyan Qian : Bachelor en microtechnique
  • Konstantinos Ragios : Master en Ingénierie des sciences du vivant
  • Hana Samet : Master en microtechnique

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