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«Les hostilités ont repris»

Vevey Le procès et la condamnation des municipaux Michel Agnant et Jérôme Christen provoquent des remous. Au vu des déclarations des deux édiles et de la syndique, certains élus craignent une nouvelle escalade dans la crise municipale, qui dure depuis fin 2017. Ambiance.

Le procès des municipaux Vevey Libre Michel Agnant et Jérôme Christen semble avoir ravivé les tensions avec la syndique verte Elina Leimgruber Photo d'archives

Textes et photo: Amit Juillard

Au vu des tensions encore vives qui semblent ébranler la Municipalité, certains membres du Conseil communal s'inquiètent pour l'avenir. «En attaquant la syndique Elina Leimgruber lors de leur procès et dans la presse, Michel Agnant et Jérôme Christen ont remis de l'huile sur le feu, déplore Philippe Herminjard, contacté par Le Régional au lendemain de la séance du 14 novembre. On ne peut s'attendre qu'au chaos, rien d'autre. A titre personnel, je ne suis pas loin d'appeler toute la Municipalité à la démission.»

Le président du PLR réagit au coup de théâtre survenu en plénum la veille. Peu après 22h30, attaquée par des élus, Elina Leimgruber (Les Verts) livre sa vérité après que, selon elle, «pas mal de choses erronées ont été dites ces derniers jours» durant et autour de l'audience de ses collègues Michel Agnant et Jérôme Christen (Vevey Libre) au Tribunal de police de Vevey (voir encadré). Elle les accuse de «chantage».

Pour comprendre, il faut remonter à mi-mai 2018. En pleine affaire Girardin, du nom du municipal socialiste aujourd'hui suspendu et sous enquête pénale pour gestion déloyale des intérêts publics. Le Conseil communal s'apprête alors à voter la suspension de ce dernier, à la demande de l'alliance PDC-PLR-UDC. Dans le même temps, Vevey Libre compte demander à la syndique de rétrocéder à la Ville les 48'000 frs annuels qu'elle perçoit – de son bon droit, a par la suite estimé le Conseil d'Etat – en tant que membre du Conseil d'administration de la Romande Energie. Dans ce contexte, une méditation a lieu entre Christophe Privet, conseiller personnel de Michel Agnant et Jérôme Christen, et un représentant d'Elina Leimgruber, choisi par la section cantonale de son parti

«Je devais me taire»

C'est sur cet épisode que la syndique revient au Conseil du 14 novembre, racontant la proposition qu'elle reçoit peu après: «Je devais me taire, ne pas prendre la parole devant le Conseil communal lors de la discussion sur la suspension éventuelle de Lionel Girardin et je ne devais pas prendre position par rapport à un huis clos (réd: pour ladite discussion). Et si je faisais ça, ils retenaient (réd: ne pas déposer) l'interpellation qui serait déposée par Nicolas Bonjour concernant la Romande Energie. J'ai compris ça comme un chantage.» Visés, ses deux collègues ne bronchent pas.

«Nous n'avons pas réagi parce que nous ne pouvions pas imaginer que la Municipalité se déchire en plein Conseil communal, clarifie Jérôme Christen le lendemain. Nous ne sommes pas là pour faire la guerre et nous voulons travailler dans la sérénité. Au Tribunal de police, nous avons été amenés à tenir un discours direct, qui n'a peut-être pas plu à tout le monde. Mais nous devions nous défendre.» Et l'édile de poursuivre sur le fond: «Nous contestons les termes utilisés par la syndique: ce n'était pas du chantage mais un échange en vue d'apaiser les tensions. Nous avions appris qu'elle s'activait pour combattre la suspension de Lionel Girardin.» A l'époque, Lionel Girardin n'était pas encore sous enquête pénale.

«Nous voulons la collégialité»

Au bout du fil, Bastien Schobinger, chef du groupe UDC, est dépité: «L'objectif d'une partie de l'Exécutif est de détruire l'autre. Et vice-versa. Nous, ce que nous voulons, c'est la collégialité. Mais elle ne sera jamais là. Le fond du problème, c'est que des gens ont été cloués au pilori via la presse, qui s'est substituée à la justice.»

A l'autre extrême de l'hémicycle, Alain Gonthier (Décroissance-Alternatives) se montre pessimiste. «L'armistice n'est pas signé, c'est sûr. Parti comme c'est parti, j'ai l'impression que ça va être la guerre. Je ne sais pas ce qui pourrait remettre les compteurs à zéro et personne ne va démissionner.» Le PDC Jean-Marc Roduit ne croit pas non plus à un départ en bloc: «Les hostilités ont repris et je crains que nous devrons les subir jusqu'à la fin de la législature». Les prochaines élections communales auront lieu le 7 mars 2021.

Volonté d'apaisement?

D'autres élus sont plus optimistes. «J'espère sincèrement que chacun a pu dire ce qu'il avait à dire lors de l'audience, commente Muriel Higy-Schmidt, présidente du parti socialiste. La syndique est restée factuelle. Michel Agnant et Jérôme Christen n'ont pas renchéri. C'est tout à leur honneur et ça montre une volonté d'apaisement. J'y vois un signe avant-coureur positif.» Même son de cloche chez Antoine Dormond (Les Verts): «Ce jugement vient confirmer que le collège avait peu de chance de dépasser ses divergences. Si chacun autour de la table fait un effort, je crois que cette Municipalité peut se remettre au travail».

Comment y parvenir? Nicolas Bonjour, président de Vevey Libre, apporte sa solution. «Aujourd'hui, c'est aux quatre d'aller de l'avant, de ne pas attaquer et de ne pas répondre aux attaques. C'est une histoire digne d'un polar. Mais, pour finir, il ne reste pas grand-chose des accusations, voire rien du tout.»

Date:21.11.2019
Parution: 974

«Ils se vantent d’avoir été condamnés pour rien»

La peine est légère: dix jours-amende à 80 frs avec sursis pendant deux ans. Les municipaux Vevey Libre Michel Agnant et Jérôme Christen sont condamnés: ils ont violé leur secret de fonction, tranche le Tribunal de police de Vevey. En pleine crise municipale, ils ont transmis, dès septembre 2017, des procès-verbaux de Municipalité à Christophe Privet, leur conseiller personnel. Ce dernier n’étant pas rémunéré par la Ville pour cette fonction, il doit être considéré comme un tiers, estime la présidente Anne-Catherine Page ce 13 novembre.

En revanche, ils ne peuvent être reconnus coupables d’avoir révélé des documents confidentiels à leur avocat, soumis au secret professionnel. Idem pour ceux fournis à la commission de gestion du Conseil communal (Coges), considérée comme le supérieur hiérarchique de la Municipalité. Au vu du blocage qui paralysait l’Exécutif pendant l’affaire Girardin, du nom du municipal socialiste suspendu et soupçonné de gestion déloyale des intérêts publics, c’était leur seul moyen de défendre un intérêt légitime, souligne la magistrate.

Peine «symbolique»

Même si les faits ne sont «pas graves d’un point de vue pénal», le procureur Stephan Johner avait argumenté la veille que les deux édiles auraient dû utiliser les voies légales, sans contourner le principe de collégialité. Il avait requis une peine «modeste, voire symbolique» de 40 jours-amende avec sursis. Lors de l’audience, Michel Agnant et Jérôme Christen s’étaient positionnés en lanceurs d’alerte et avaient défendu leur bonne foi.

«C’est une tape sur la main avec une plume d’oie», minimise Pierre Chiffelle, avocat de Michel Agnant, après la lecture du jugement. Sur les huit dénonciations émanant de la majorité municipale, le procureur avait classé les cinq plus graves, faute de preuves. Et sur les trois restantes, ils ne sont condamnés que pour une seule. Les deux municipaux, comme le procureur, peuvent faire appel.

«La transparence est due»

Au Conseil communal du 14 novembre, le lendemain du jugement, Pascal Molliat (Vevey Libre) souligne: «La transparence est due à la Coges. Or nous avons demandé des documents il y a deux semaines et nous n’avons aucune réponse à ce jour. J’invite la Municipalité à ne pas retomber dans ses travers des années passées.» Alain Gonthier (Décroissance-Alternatives) renchérit: «J’invite la Municipalité et tout le monde à cesser leurs arguties sur le secret de fonction».

Philippe Herminjard, président du PLR, joint le lendemain, prend le contrepied de ses adversaires politiques: «Je m’attendais à une sanction un peu sérieuse face à un geste illégal. Le principe de confidentialité est immuable et est une règle importante pour le bon fonctionnement d’un collège exécutif. Michel Agnant et Jérôme Christen n’ont pas respecté l’institution. Pire encore: ils se vantent d’avoir été condamnés pour rien. Ce sont à nouveau les Caliméros qui chantent.»

La syndique ne regrette rien

La syndique verte Elina Leimgruber ne regrette pas d’avoir dénoncé ses collègues. «Je rappelle tout d’abord que la Municipalité a fait des dénonciations contre X. Dans un seul cas, je me suis rendue en personne au Ministère public parce qu’on m’avait informé que Michel Agnant et Jérôme Christen transmettaient des procès-verbaux à Christophe Privet. Je me devais de le faire en tant que syndique, m’étant engagée par serment à dénoncer tout délit dont j’aurai eu connaissance. Au vu du jugement, je constate que cela constituait effectivement une infraction pénale. Dans les faits, un sixième municipal, non élu, œuvrait hors du cadre institutionnel.»

Verdict: 10 jours-amende avec sursis

Pour rappel, le 13 novembre, au lendemain de leur procès, Michel Agnant et Jérôme Christen sont condamnés à dix jours-amende à 80 frs avec sursis pendant deux ans pour avoir violé leur secret de fonction. Ils ont remis un procès-verbal et un extrait d'un autre à Christophe Privet, leur conseiller personnel. La transmission de documents confidentiels à leur avocat et à la Commission de gestion n'a en revanche pas été retenue

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