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Vincent Perez, une gueule et des visages

Vevey Comédien et réalisateur suisse vivant à Paris, Vincent Perez, jadis apprenti photographe à Lausanne, expose pour la première fois en Suisse. Entre l'Afrique et la Russie, quête identitaire et contrées éloignées. A voir au Musée suisse de l'appareil photographique jusqu'au 26 janvier. Confidences.

«Si au départ j'ai voulu photographier nos différences, au final, je n'ai photographié que nos ressemblances» Vincent Perez

Entretien: Stéphane Armenti

«Identités», titre de l'exposition, est une thématique chère à l'acteur, né à Lausanne en 1964, d'un père espagnol et d'une mère allemande. Fort d'un apprentissage de photographe effectué en Suisse, avant de se faire connaître par le cinéma, ses photographies témoignent de sa passion pour les cultures venues d'ailleurs. Ceci à travers le portrait, à l'image de ces deux séries présentées à Vevey. Sur le site de la Maison de la Photographie de Lille, il révèle: «Si au départ j'ai voulu photographier nos différences, au final, je n'ai photographié que nos ressemblances». Au téléphone depuis Paris, il développe pour Le Régional.

D'où vient votre amour de la photo?

C'est Pierre Gisling, mon mentor et ami, qui me l'a transmis. Il m'a découvert à Lausanne lors d'un concours de dessins, j'avais onze ans. Il organisait des camps de dessin pour les jeunes et lors de mon premier voyage, il m'a tendu un Yashica 24x36 en disant: «Tiens, tu devrais essayer ça!». Ma première photographie a été son portrait. La passion de la photographie ne m'a jamais quitté depuis. Par la suite, j'ai fait un apprentissage de photographe entre Lausanne et Vevey.

Les Africains de Paris vous ont-ils accepté facilement?

Cette série a été faite pour la maison européenne de la photographie à Paris, c'est un peu le Graal du photographe. J'étais exposé dans la salle Irving Penn, mon héros. Pour l'occasion, je me suis immergé dans le quartier du métro Château Rouge à Paris. La rencontre avec les sapeurs congolais a été le déclencheur, de magnifiques dandys qui revendiquent l'art de s'aimer. La Sapologie, c'est une histoire fascinante qui fait partie de l'histoire du Congo. J'ai été accueilli par le «Bachelor» qui est devenu un ami, et sa boutique Sape and Co est devenue mon studio. Je restais là des journées entières, un été entier, pour absorber leur vie, et le quotidien de ce petit bout d'Afrique. J'ai aimé les regards, la beauté des visages et la couleur des vêtements et puis leur gentillesse malgré des vies dures. En dehors du quartier, ils me disaient qu'ils devenaient invisibles dans le monde des Blancs.

Pourquoi réalisez-vous beaucoup de portraits?

Pour m'approcher des autres, pour entrer dans d'autres univers, pour enrichir ma vie. Quand je photographie un sujet, je passe du temps avec la personne, je me connecte à elle, on crée ensemble un lien. On échange et puis naturellement, je photographie. J'aime faire tomber le masque. Je cherche un moment de vérité entre nous. François Hebel, directeur de la fondation Henri Cartier Bresson, qui était à l'époque directeur des rencontres de la photographie d'Arles, m'y avait exposé en 2014 et avait lui-même été mon curateur. Quand j'ai découvert l'exposition, j'ai eu l'impression d'être en présence des sujets que j'avais photographiés.

Et la Russie, pourtant malaimée, en quoi vous inspire-t-elle?

J'y vais régulièrement depuis 1995. Sur certains aspects ce pays a beaucoup changé et sur d'autres pas du tout. Un sixième de la planète, voisin de l'Europe, si proche de nous et pourtant peu de gens s'y intéressent. On pense les Russes froids et fermés, mais c'est un des pays les plus hospitaliers que je connaisse. Mes images représentent la Russie des petites mains, des villages et des extrêmes. Du nord au sud en allant jusqu'à l'est chez les Bouriates. Un voyage fascinant et des images qui font partie de mon premier livre de photographe, «Un voyage en Russie» (2017, éditions Delpire).

Jusqu'au 26 janvier. Vernissage le 21 novembre en présence de l'artiste. Infos pratiques www.cameramuseum.ch ou sur www.rencontres7art.ch pour la 3e édition de son festival de cinéma à Lausanne.

Date:21.11.2019
Parution: 974

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