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Un chemin dangereusement paisible?

La Tour-de-Peilz Depuis des années, riverains et élus demandent de modérer le trafic au chemin de la Paisible, desservant une zone résidentielle mais utilisé comme raccourci vers l'autoroute. En cause notamment, les risques pour les piétons et cyclistes. Alors que les Autorités étudient l'instauration d'une zone 30, certains plaident pour des solutions plus radicales.

Route étroite entre mur et haies, traversée sans bonne visibilité avec des voitures pouvant déboucher à 50 km/h... La sécurité sur ce tronçon interpelle. G. Ségal

Priska Hess

«Faut-il un accident grave pour que des mesures soient enfin prises?», alertent Walter Zurrer et Roland Campiche. Tous sont membres du comité de l'Association des riverains du chemin de la Paisible, qui relie la route de Blonay à celle de St-Légier, desservant un quartier résidentiel de faible densité. «Dès l'ouverture de l'autoroute en 1981, ce chemin est devenu le raccourci habituel pour la rejoindre. Un usage devenu problématique avec le développement du quartier et la circulation croissante». Selon Cartoriviera, le trafic journalier moyen y était de 1'433 véhicules en 2013 et 15% d'usagers dépassaient la vitesse autorisée de 50 km/h. Principal problème, la largeur du chemin sur sa partie amont, à sens unique, «inadaptée pour la circulation à 50 km/h et non conforme aux normes de l'Association suisse des professionnels de la route et du transport (VSS)» – ce que démentent la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR) et Sécurité Riviera (voir encadré ci contre). «De même pour la partie médiane, à double sens, avec en plus des potelets de sécurité rendant périlleux les croisements dès que le trafic est important. Sans compter que le manque de visibilité pour sortir des propriétés crée un danger», ajoutent les riverains, pointant également le marquage au sol «qui impose de traverser dans une courbe à visibilité réduite».

L'ATE en appui

«Nous nous battons depuis des années pour obtenir des mesures de modération du trafic. En 2006, nous avions remis aux Autorités une pétition munie d'une centaine de signatures. Mais hormis quelques mesures prises en 2012 (réd: suite à une motion du PS), la Commune, Sécurité Riviera et le Canton se renvoient la balle», poursuit Walter Zürrer. Alertée, l'Association Transports et Environnement Vaud (ATE) avait en 2018 appuyé les démarches des riverains. Au niveau politique, un même postulat a été déposé ce printemps à La Tour-de-Peilz par Philippe Eugster (PLR) et à St-Légier par les Verts Ouverts, ainsi qu'une interpellation (LTDPLibre & PBD). Solutions suggérées: réduire la vitesse à 30 km/h avec limitation aux bordiers et, «pour une symétrie des sacrifices», interdire la circulation motorisée sur la partie supérieure, celle qui est déjà à sens unique. «Cela se justifierait par le simple fait de l'augmentation des piétons et cyclistes après l'installation à Hauteville de l'université Pepperdine», estime Walter Zürrer.

Moins 50% de trafic

La Commune de La Tour-de-Peilz, en collaboration avec Sécurité Riviera, mène une réflexion sur l'instauration d'une zone 30 km/h couplée à un projet d'aménagement de ce chemin. Réflexion en cours aussi à St-Légier: «Nous souhaitons nous aligner sur le choix de La Tour-de-Peilz, car seuls 150 mètres sont sur notre territoire. Le problème est que la DGMR refuse d'avaliser le 30 km/h sur cette partie du tronçon, car hors de la zone urbanisée», s'inquiète le municipal Thierry George. Tandis que Sécurité Riviera souligne: «A ce jour, nous n'avons jamais traité d'accident piétons-voitures sur ce chemin. Par ailleurs, les comptages de 2019 montrent une diminution du trafic d'environ 50% par rapport à 2013, qui peut s'expliquer par la réfection du chemin des Boulingrins». Quant à la DGMR, par la voix de Laurent Tribolet, elle considère qu'il «n'y a pas aujourd'hui de problème de sécurité piétonne au chemin de la Paisible. Et les mesures souhaitées par les riverains ne sont pas toutes légales.»

Date:28.11.2019
Parution: 975

Les normes VSS transgressées?

Selon les mesures réalisées par un architecte à la demande des riverains de la Paisible, la largeur du chemin est comprise dans sa partie supérieure, à sens unique, entre 3m30 et 3m80, marquage jaune pour piétons compris. Or, souligne le président du comité Walter Zürrer, tout comme Philippe Eugster (PLR) dans son postulat, «selon les normes VSS (Association suisse des professionnels de la route et des transports) une telle configuration n’autorise pas la circulation à 50km/h. C’est là le nœud du problème». Pour des raisons similaires, la configuration est, selon lui, tout aussi problématique sur la partie médiane du chemin, à double sens : «la largeur y étant de 4m10 à 4m60, la vitesse de 30km/h devrait être imposée», concluent-il.

Ce que prévoient les normes VSS ? Pour tel un cas de croisement voiture-voiture avec vitesse limitée à 50km/h, une largeur minimale de 5,1 mètres. Et pour le croisement piéton-voiture avec vitesse limitée 50km/h, une largeur minimale de 3,3 mètres et idéalement une largeur libre de 3,6 mètres; cependant dans une fiche info publiée en 2017, l’Association Mobilité Piétonne Suisse considère ce dernier cas de croisement comme «pas applicable» recommandant «d’utiliser à la place les dimensions du cas vélo-voiture», qui implique une largeur minimale de 3,9 mètres. «Lors de nouvelles  planifications de routes de desserte, l’association Mobilité piétonne Suisse recommande de limiter la vitesse à 30km/h, ou à défaut, d'aménager des trottoirs le long des routes à 50km/h. Lorsque le volume de trafic est faible (en dessous de 500 véhicules/jour),  un gabarit de 3,9 m laisse la place à un piéton ou un vélo pour croiser un véhicule sur la chaussée. Il faut également tenir compte de la vitesse effective, qui peut être plus basse que celle inscrite sur les panneaux, notamment lorsque les routes sont étroites et sinueuses», explique Jenny Leuba, cheffe de projet, en précisant que les normes ne sont pas des lois «et les respecter ou non n’implique pas un caractère illégal ou non, mais conforme ou non aux normes.»

Les gabarits du chemin de la Paisible n’ont rien d’illégal, confirme Laurent Tribolet, de la DGMR. «D’une part, les normes VSS ne sont pas légalement contraignantes. D’autre part, elles s’appliquent pour les nouveaux projets ou en cas de requalification d’une route – par exemple lors de l’aménagement d’un trottoir en dur ou de la création d’un contresens cyclable. Il y a d’ailleurs dans le canton tout plein de chemins existant dont les largeurs ne correspondent pas à ces normes et ce n’est pas pour autant qu’on peut exiger qu’ils soient mis en conformité.» Concernant la partie à sens unique, Laurent Tribolet mentionne une largeur «de 3m50 au point le plus étroit», selon les mesures effectuées par la DGMR. «Si l’on devait gagner quelques centimètres pour que ce tronçon soit tout à fait conforme aux normes VSS, la solution serait simplement de travailler sur l’entretien des haies qui empiètent sur le gabarit.» De plus, dans les faits, les derniers comptages de vitesse montrent que les gens roulent généralement plutôt à 45km/h. sur ce chemin. Et la bande piétonne jaune attire l’attention des automobilistes, avec en plus des potelets sur la partie aval.»

Alors que l’Association des riverains rappelle que 15% des automobilistes contrôlés dépassaient les 50km/h. «Et au final tout n’est pas qu’une question de normes, mais aussi de bon sens! Car sur la partie amont du chemin, les piétons n’ont pas d’autre choix que de se jeter contre la haie pour éviter un automobiliste, s’ils ont la chance de le voir arriver. Et je ne parle pas des familles avec enfants ou poussettes!»

Qui décide quoi ?

« La commune de la Tour-de-Peilz bénéficie de longue date d’une délégation de compétence cantonale en matière de signalisation et de limitations de vitesse, pour tout ce qui concerne les routes communales», explique Laurent Tribolet de la DGMR (Direction générale de la mobilité et des routes). «Si la Municipalité souhaite par exemple instaurer une limitation de vitesse, elle doit donc préparer un dossier puis nous le transmettre. La DGMR va alors s’assurer de la légalité des mesures préconisées, mais pas de leur opportunité.» En d’autres termes, c’est le Canton qui autorise ou non la mise en œuvre de mesures proposées par la commune, en fonction de leur conformité ou non à la loi.

Quant à l’Association Sécurité Riviera, elle n’intervient qu’en soutien des communes, notamment pour les opérations de comptage de véhicules.

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