Télécharger
l’édition n°975
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

«Cette histoire a divisé le village»

Massongex La population s'est prononcée, de justesse, en faveur de la modification du plan d'affectation des zones et de son règlement, nécessaire à l'extension de la carrière Famsa. Une courte victoire qui laisse présager un long chemin de procédures.

Près de 40% des votants de la commune, soit 429 personnes, ont glissé leur bulletin dans l'urne le 18 novembre.

Texte et photo: Valérie Passello

Ambiance agitée dans la salle polyvalente de Massongex en ce 18 novembre. Pas moins de 429 citoyens ont préféré assister à l'Assemblée primaire extraordinaire de leur Commune, plutôt qu'au match de qualification pour l'Euro, opposant la Suisse à Gibraltar. Si la Nati a atomisé son adversaire, le score sera beaucoup plus serré à Massongex, à l'issue du dépouillement des bulletins. 228 oui, 194 non, 4 bulletins blancs et 3 nuls.

À l'ordre du jour, la modification du plan d'affectation des zones et du règlement communal des constructions et des zones, pour l'extension de la carrière des Freneys, exploitée par Famsa, ainsi que le remblaiement d'une partie du site avec des matériaux d'excavation, des matériaux minéraux pauvres en polluants et des scories issues de l'incinération de déchets urbains (voir Le Régional n° 956).

Tension palpable

Après une présentation de l'objet soumis à votation, la présidente massongéroude Sylviane Coquoz propose à l'assemblée de poser des questions, sans repasser par les débats, puisque des soirées d'information publiques et des séances de conciliation ont déjà eu lieu avec les quelque 350 opposants au projet.

Mais en lieu et place de questions, ce sont plutôt des plaidoyers qui sont lancés au micro. «Cette décision va impacter la population pour les soixante années à venir, sur trois générations. Ne perdons pas de vue ce que nous voulons laisser à nos enfants et petits-enfants», lance l'un. «Ce dossier a divisé le village, je pense que les effets négatifs potentiels sur l'eau et l'air ont été occultés. L'argent n'est rien face à la santé, mais je ne me fais aucune illusion sur le résultat du vote, étant donné les enjeux économiques que cela représente», lâche un autre habitant.

Alors qu'un expert s'apprête à s'exprimer sur les moyens qui seront mis en œuvre pour étanchéifier la décharge, celui-ci est hué: «Tu n'es pas de Massongex? Dehors!» Il ne prendra finalement pas la parole. Sur ce point, le président du Comité citoyen régional «Protégeons notre région», chef de file des opposants, Marc-Henri Tenthorey, justifie: «Lors de la séance d'information publique, nous avions fait venir un expert, mais il a été pris de haut. La Commune nous avait par ailleurs certifié qu'il n'y aurait que des habitants de Massongex dans la salle le jour du vote, d'où la réaction de certains.»

Avant de mettre un terme à cet épisode houleux, Sylviane Coquoz reconnaît: «Ce n'est pas un secret, Famsa paie une redevance à la Commune sur la base d'une convention, alors qu'elle n'en a aucune obligation légale. À l'issue de négociations avec l'entreprise, ces redevances seront revues à la hausse.» L'élue confirmera plus tard qu'entre les impôts et la redevance, Famsa rapporte de 300 à 400'000 frs annuels à la Commune.

Recours en vue

La carrière des Freneys étant située à cheval entre les communes de Massongex et Monthey, le Législatif montheysan devra se prononcer sur le même objet lors de sa séance du 9 décembre. Sur cette autre commune, une centaine d'oppositions avaient été déposées. Concernant le vote de Massongex, les opposants n'en resteront pas là, assure Marc-Henri Tenthorey: «Nous allons faire recours auprès du Conseil d'Etat, tant sur la forme que sur le contenu. Par ailleurs, nous explorons toutes les pistes juridiques possibles.» Sans trop de surprises, l'affaire devrait être portée jusqu'au Tribunal cantonal, voire fédéral, le cas échéant.

«Soulagé et ému», le directeur de Famsa Luis Ricardo ne se montre pas moins circonspect: «Ce résultat est l'aboutissement de deux ans de travail, je pense que la transparence a payé. Mais rien n'est jamais gagné d'avance, nous restons prudents quant au résultat du vote à Monthey.» En outre, il ne se fait pas d'illusion sur les procédures à venir.

Visiblement éprouvée par la soirée, Sylviane Coquoz ne cache pas non plus son soulagement. Parmi les griefs exprimés par les opposants, «la partialité des Autorités» est l'un des points soulevés. Réponse de la présidente: «Si la Municipalité avait été contre ce projet, elle aurait refusé sa mise à l'enquête publique. On ne peut pas nier son impact environnemental, mais nous avons traité le dossier de manière à ce qu'il profite aux habitants et avons tout mis en œuvre pour que les retombées soient équilibrées.»

Date:28.11.2019
Parution: 975

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio