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Les santons, c'est sa passion!

Aigle Depuis 30 ans, Raymond Graf prépare une crèche pour faire plaisir aux passants durant la période de l'Avent. Portrait d'un Aiglon fou de Provence, qui en connaît un rayon sur les santons.

Dans le décor qu'il a déjà mis en place, Raymond Graf intégrera à Noël les personnages de Joseph, Marie et du petit Jésus

Texte et photo: Valérie Passello

«J'aurais aimé devenir maquettiste, mais mon père n'a jamais voulu.» Assis à une table de la Taverne du Château, Raymond Graf n'est pourtant pas amer. «Je suis à trois mois de la retraite. Au moins, je sais comment je vais m'occuper», lance cet opérateur en chimie, l'air malicieux. En face du bistrot, à l'Avenue du Cloître, se trouve un petit local appartenant à l'Association des Celliers du Chablais. C'est là que Raymond Graf a passé près d'un mois et demi à monter une crèche mettant en scène une centaine de santons d'art en terre cuite. «Bon, comme j'aime bien blaguer avec les gens qui passent, ça prend toujours un peu plus de temps», relativise l'Aiglon.

Il suffit de jeter un œil à la vitrine pour se perdre dans cet univers où chaque détail compte. Ici, les élégantes Arlésiennes se montrent avec leur ombrelle blanche. Là, les «Bugadières» s'affairent à laver le linge, non loin des gitans et de leur campement. Plus loin, le «Ravi» lève les bras au ciel. Et le local se mêle au provençal: «Vous voyez la bossette, là bas? Je l'ai faite parce qu'un jour, on m'a dit que ce n'étaient pas des scènes de chez nous. Alors je me suis inspiré du tableau le «Retour des vendanges» du peintre d'Aigle Frédéric Rouge.»

À l'écoute d'autrui, le plaisir de faire plaisir est la plus grande motivation de Raymond Graf, qui monte des crèches depuis des années, à Aigle et ailleurs. Et son travail fait mouche, puisqu'à l'inauguration, le 22 novembre, une centaine de personnes ont fait le déplacement.

Une très vieille tradition

Raymond Graf est aussi un amoureux de la Provence. Il s'y rend trois à quatre fois par an et s'est intégré dans le petit monde des santonniers. Là-bas, on l'appelle «Le Suisse», avec l'accent méridional, bien sûr. Il y a fait la connaissance d'Henri Vezolles, dont il est le plus grand collectionneur de santons d'art. «J'ai pris des cours avec lui, car il avance en âge et ne fait plus beaucoup de pièces. D'ailleurs, j'ai acheté un four et je vais essayer de m'y mettre.» Il imagine déjà la mise en scène de l'an prochain: une transhumance avec une cinquantaine de moutons, ainsi que des ânes.

Même s'il possède environ 3'000 santons, ce passionné ne s'est pas arrêté à une simple collection. Il s'intéresse aussi à leur histoire. «C'est une tradition vieille de trois siècles. Après la révolution française, les lieux de culte étaient interdits. Pour représenter la nativité, les gens ont commencé à façonner des personnages en mie de pain. S'ils se faisaient attraper, il leur était facile de les détruire rapidement en les écrasant. Hop, ni vu ni connu», raconte-t-il. Comme le veut la coutume, les rois mages n'arriveront que le 6 janvier. Quant au petit Jésus, il naîtra dans la nuit du 24 au 25 décembre. Quoique... «Cette année, je ne serai pas là le 24, alors il risque bien d'y avoir une césarienne», rigole Raymond Graf.

Date:12.12.2019
Parution: 977

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