Télécharger
l’édition n°977
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Veni, Vidy... vici?

Climat Le Théâtre de Vidy, la fondation Zoein et l'Unil présentent «Imaginaires des futurs possibles». Etalé sur la saison 2019-2020, ce cycle de conférences, débats entre artistes et chercheurs, avec la participation de 250 citoyens, pose la question de l'avenir après le dérèglement climatique.

Le public est invité à dessiner ses futurs possibles grâce à des assemblées participatives de 250 citoyens. L. Rossi

Stéphane Armenti

Le dérèglement climatique est d'actualité. Si pendant de nombreuses années, le problème n'a pas eu d'écho, beaucoup y sont aujourd'hui sensibilisés. Pour preuve, les grandes manifestations mondiales, qui touchent aussi la Suisse, où jeunes et moins jeunes défilent, la vague verte entrant même au parlement suisse. Mais n'est-il déjà pas trop tard? Les humains parviendront-ils à limiter le réchauffement à 2 voire 1,5 degré, comme décidé à Paris lors de la COP21? Certains en doutent, comme Dominique Bourg, cité par le scientifique Gabriel Salerno dans son compte rendu de la conférence d'ouverture de ce cycle: «Dans la communauté́ internationale, on parle souvent d'une limitation à un réchauffement de 1,5°C. Il faut bien réaliser qu'un tel scénario n'est possible qu'avec des émissions négatives. D'ailleurs, de plus en plus de modèles montrent que nous atteindrons les 2°C en 2040, car les gaz à effet de serre ont des rétroactions positives qui se déploient sur des décennies. L'inertie du système climatique est telle que nous ne pourrons très certainement pas éviter le franchissement des 2°C. Nous aurions donc, en l'espace de 20 ans cette fois-ci, augmenté la température moyenne d'un degré supplémentaire. On est bel et bien face à une accélération fulgurante.»

Si cette accélération a lieu, y aura-t-il un emballement, voire un effondrement ? Certains l'évoquent: la sphère environnementale atteinte touche par ricochet d'autres domaines: notamment politique, économie, société. Le tout déséquilibré s'effondre.

Théâtre au bord de l'eau mais dans la cité

Fort de ces perspectives sombres mais plausibles, Vincent Baudriller, directeur du théâtre de Vidy, se questionne sur les futurs possibles: «Comment un théâtre dans la cité peut participer à une réflexion politique, au sens large du terme, par le biais de l'artistique». Connu pour sa conception du théâtre qui le place au milieu de la cité, ouvert sur les enjeux du monde afin de les partager ou discuter, l'ancien directeur du festival d'Avignon se dit qu'il faut agir, mais comment? «Le point de départ de ce cycle, c'est ma conception du théâtre; comme lieu de rencontre pour penser le monde de manière sensible avec les artistes. J'ai ensuite proposé à Dominique Bourg de s'associer à la démarche». Le directeur du théâtre au bord de l'eau poursuit: «D'un côté, les artistes sont parfois en manque de connaissance sur ces sujets complexes, de l'autre, les scientifiques ont parfois des difficultés à créer des récits, des fictions pour parler du futur. Faisons-les se rencontrer pour associer les deux aspects».

La collaboration débouche sur l'organisation de conférences, rencontres entre chercheurs et artistes, durant toute la saison 2019/2020. Particularité: le public est invité à dessiner ses futurs possibles grâce à des assemblées participatives de 250 citoyens. Dans le détail, le programme pour les deux prochains après-midis et soirées, les 3 février et 27 avril: dès 15h a lieu le «séminaire des possibles», sept chercheurs de l'Unil impliqués dans la durabilité et sept artistes se réunissent avec Dominique Bourg et les experts – intellectuels, philosophes - invités. «Ensemble, ils envisagent le renouvellement des récits possibles du futur, en partant de ce que l'on sait aujourd'hui et en se projetant demain à travers un dialogue pluridisciplinaire entre sciences et arts», expliquent les organisateurs.

Changement de décor dès 19h, avec «assemblées participatives» au programme! Devant les 250 personnes inscrites. «C'est complet, mais il vaut la peine de venir se placer sur la liste d'attente, car certains inscrits se désistent au dernier moment. Le 2 décembre toute la liste d'attente a pu rentrer», précise le directeur. Concrètement, un des scientifiques réalise un exposé d'une vingtaine de minutes devant le public, puis a lieu une discussion avec les autres intellectuels invités. Treize tables sont ensuite placées et les spectateurs réfléchissent aux futurs possibles.

A mi-parcours

Deux séances du cycle ont déjà eu lieu, les 28 octobre, 2 décembre et sont disponibles sur Internet sur le blog des possibles. Quant aux prochaines séances, elles auront lieu les 3 février et 27 avril. En février, les invités seront Bernard Stiegler, philosophe, Mathieu Arnoux, professeur d'histoire à l'université Paris VII, et Dominique Bourg, professeur à la Faculté des géosciences de l'Unil. Ils évoqueront la technique. En avril, Virginie Maris, philosophe de l'environnement au CNRS, Guillaume Logé, auteur de «Renaissance sauvage: l'art de l'anthropocène», et Dominique Bourg parleront des nouveaux paradigmes.

Le cinquième et dernier rendez-vous du cycle se déroule le week-end du 6 juin. Le «Théâtre des futurs possibles». L'occasion de présenter sous forme de performances artistiques et d'exposés scientifiques l'état de la collaboration effectuée durant toutes ces réunions.

Date:12.12.2019
Parution: 977

Dans ce dossier

Documents

Vidéo
Documents audio