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Solidarité sous le sapin

Noël Toujours pas de présent pour votre grand-tante adorée, votre neveu qui a déjà tout ou le nouveau-né qui ne s'en souviendra pas? Tour d'horizon non exhaustif d'idées qui permettent dans le même temps de venir en aide aux plus démunis. La Commune d'Aigle propose par exemple une carafe qui donne l'accès à l'eau dans les pays du Sud. L'Entraide protestante suisse vous permet d'acheter une chèvre pour les paysans ailleurs dans le monde, avec un certificat que vous pouvez remettre en guise de cadeau. Des opérations purement caritatives et sans contrepartie existent aussi dans la région. A Vevey par exemple, l'Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud incite les passants à acheter une voiture télécommandée ou une poupée aux enfants précarisés qui les demandent.

Amit Juillard

Amit Juillard

Un cadeau pour ceux qui n'en reçoivent pas

Il est des familles où l'enfant-roi ne peut être couvert d'or. Le 25, rien dans les chaussons. Ses parents n'en ont pas les moyens. A Nyon en 2018, le pasteur Kevin Bonzon décide de troquer sa robe pastorale pour un costume de lutin du Père Noël. Parce qu'aucun gamin ne devrait se retrouver sans cadeau, estime-t-il. Le principe de son «Sapin solidaire»: sur la place du Château, un conifère s'orne de souhaits de mômes défavorisés. Les passants choisissent une carte, achètent le jouet, ensuite remis aux destinataires. L'an dernier, 170 paquets offerts. En quelques jours seulement, il n'y avait plus de demandes. L'expérience est renouvelée en 2019 à Nyon, et apparaît cette année à Vevey, devant le Centre Manor. Sous l'égide de l'Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud. Par souci de discrétion, les commandes peuvent se faire par téléphone (détails ci-dessous). Ce 11 décembre, 348 ont déjà été enregistrées (photo). Distribution le 23 décembre entre 15 et 19h dans les deux villes.

Sapin solidaire à Vevey, le 21 décembre de 11h à 17h devant le Centre Manor. Inscriptions et renseignements: www.sapin-solidaire.ch et 077 491 16 79

Partage avec vue

L'endroit respire la carte postale. Une pelouse au bord du Léman, une cabane en bois et le Château de Chillon en toile de fond. Au kiosque du port du Clos de Chillon à Veytaux et par beau temps, Antonieta Barbosa sert vin chaud, chocolat chaud aux épices et gâteaux maison. Depuis l'an dernier, un «sapin du partage» se décore de petits présents en période de Noël. «J'y dépose des chocolats, des nounours ou des bougies, énumère la tenancière. Les gens peuvent se servir en passant ou amener quelque chose. Il y a parfois des livres, des biscuits, des sachets de thé... L'idée est de créer un moment de partage, sans obligation d'acheter quelque chose.»

Sapin du partage, kiosque du Clos de Chillon à Veytaux, ouvert par beau temps.

Fontaine, je boirai ton eau !

Juin 2014. Aigle décide de promouvoir son eau du robinet. Le projet «Fontaine Claire» – du nom de l'une des sources approvisionnant la ville – jaillit. Parmi les actions menées par le délégué au développement durable, la création d'une carafe en verre d'une capacité d'un litre. Vendue 16 frs. Pour chaque achat, la Commune – qui n'en tire aucun bénéfice – reverse 2 frs à l'Association pour la sauvegarde du Léman et à Helvetas, organisation qui permet notamment à des populations du Sud d'accéder à l'eau. Depuis 2014, 650 récipients – pour un stock de 1'000 – ont trouvé preneurs. Le logo Art Nouveau est signé Mathieu Pierson, graphiste chablaisien. L'objet a été confectionné en Italie et sérigraphié par les ateliers protégés de la fondation Polyval à Aigle (photo). «Nous encourageons la population à faire confiance à la qualité de l'eau du robinet, et par là, à réduire la consommation de bouteilles en PET», développe Corinne Moesching, déléguée à la communication de la Ville. Pour son opération «Fontaine Claire», Aigle – labellisée «Cité de l'énergie» – a remporté en 2015 le «PR Award pour l'eau», prix remis par la Société suisse de l'industrie du gaz et des eaux.

Carafe en vente à l'hôtel de ville d'Aigle, à l'office du tourisme et au château. Ou sur https://www.aigle.ch/N6275/boutique-en-ligne.html

Une chèvre après la dinde

«Ceci n'est pas une chèvre, c'est l'image d'une chèvre»: servez-vous du surréalisme de René Magritte au moment de tendre votre cadeau à votre oncle. L'enveloppe contiendra un certificat attestant de votre achat, c'est tout. Elle béguètera à l'autre bout du monde plutôt qu'aux Ormonts, cette biquette à 30 frs. Parce que les organisations caritatives comme Swissaid, Helvetas ou l'Entraide protestante suisse (EPER) l'auront offerte, pour ledit oncle, à une famille de paysans dans la précarité.

Dans les faits, l'EPER n'achète pas vraiment la bête, mais récolte un don de sa valeur réelle pour promouvoir l'agriculture durable dans les pays du Sud. «Ce que l'on propose ici, c'est le concept d'un type d'aide, précise Sarah Turin, responsable communication. Par exemple des animaux (réd: canards, poules, ânes, ...) comme activité génératrice de revenu.» Parce qu'ils produisent du lait ou des œufs. Et font des petits, qui aideront d'autres agriculteurs dans le besoin. Depuis 2014, la fondation récolte plus d'un million par an avec cette campagne.

Plus d'informations: www.offrir-son-aide.ch ou 021 613 44 56 www.helvetas.org ou 021 804 58 00. www.boutique.swissaid.ch ou 021 620 69 70.

Grandes enseignes solidaires

Chaque année, les grands magasins encouragent leurs clients à la générosité. Dans la région, les centres Manor Vevey et Monthey érigent un «Sapin du Cœur» depuis 25 ans (notre photo de page 1). Les passants décorent ses branches de cœurs rouges, vendus entre 5 et 50 frs. Les fonds récoltés sont reversés à une association différente chaque année. En 2019, Vevey choisit Summit Foundation, fondation environnementale particulièrement active en montagne. Monthey Les Pinceaux Magiques, qui aident les enfants malades grâce à la peinture sur soie. En 2018, les deux grandes surfaces ont récolté 45'500 frs au total.

La grande distribution vole aussi au secours des plus démunis. Migros vend des cœurs en chocolat à 5, 10 ou 15 frs pour l'Entraide protestante suisse, le Secours d'hiver, Pro Juventute, Pro Senectute et Caritas. En 2018, 1,8 million levé. Coop s'associe à la Croix-Rouge suisse, La Poste et la SSR pour l'opération «2x Noël», qui débute le 24 décembre. Les chalands peuvent par exemple acheter des colis remplis de produits alimentaires et d'hygiène à 20 francs à la Coop et La Poste se charge de leur envoi. Bénéficiaires: les familles pauvres en Suisse. L'an dernier, elles ont reçu plus de 60'000 paquets.

«Le Sapin du Cœur», jusqu'au 21 décembre, centres Manor Vevey et Monthey. Cœurs en chocolat en vente à la Migros jusqu'au 24 décembre. «2x Noël», du 24 décembre 2019 au 11 janvier 2020 à la Coop.

Trois questions à François Walter: Professeur honoraire de l’Université de Genève, historien, co-auteur du livre «Noël, une si longue histoire…».

«Les Rois mages n’y sont pour rien»


La tradition des cadeaux de Noël vient-elle vraiment des Rois mages ?

Absolument pas. Les Romains offraient des étrennes au moment du changement d'année. Les patrons donnaient du vin ou des friandises à leurs subordonnés ainsi qu'aux domestiques ou aux enfants. Donner des cadeaux à ces derniers, c'était s'attirer la bienveillance de l'au-delà dans la période la plus sombre de l'année.

Depuis quand fête-t-on Noël comme aujourd'hui?

Depuis 1850. Les différentes fêtes où l'on s'échangeait des présents, comme la Saint-Nicolas, la Sainte-Lucie, le jour de l'An ou celui des Rois s'estompent au profit des seuls 24 et 25 décembre où se concentreront tous les rituels symboliques de l'hiver. Le Noël de l'entre-soi, en famille, a 150 ans. Il a commencé dans l'aristocratie, puis la bourgeoisie avant que les classes ouvrières ne suivent, beaucoup plus tard. A partir des années 1920, 1930, voire 1950 parfois. La confection de jouets s'est industrialisée à partir de 1860. Autour de 1880, les grands magasins proposent les premiers catalogues de Noël. Et ça ne fera que se développer ensuite. Aujourd'hui, on doit penser à tous les membres de la famille, aux amis et non plus seulement aux enfants.

Quel regard portez-vous sur les cadeaux solidaires?

Avant 1850, cette fête avait une dimension communautaire et solidaire. Tout le village célébrait ensemble, sur la place publique ou dans les pintes avant la messe de minuit. Et les pauvres recevaient des présents, étaient même reçus à table. Ces dimensions se sont perdues avec la déchristianisation. Et une espèce de mauvaise conscience s'est installée. Le don aux œuvres caritatives existe déjà au 19e, mais prend une nouvelle dimension au 20e. Aujourd'hui, il paraît normal de faire un geste avant d'aller manger du foie gras et boire du champagne.

Date:19.12.2019
Parution: 978

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