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« Veut-on que le Chablais devienne une poubelle ? »

Monthey Le parti socialiste lance une pétition contre l'entreposage, dans la carrière FAMSA, de scories issues de l'incinération des déchets. Cette mesure est prévue dans le projet d'extension de la carrière, validé par le Législatif le 9 décembre.

Avec leur pétition, Gianni Cutruzzolà, Guillaume Sonnati et Blaise Carron (de g. à d.) veulent donner la parole aux habitants de toute la région concernée.DR

Textes: Valérie Passello

«Nous avons assez donné avec les usines chimiques, la raffinerie Tamoil et la SATOM, en plus de toute une série de décharges à assainir», estime Gianni Cutruzzolà, conseiller général socialiste à Monthey. L'élu s'interroge: «Pourquoi aller aussi vite, alors que le stockage de déchets de type D (réd: scories d'incinération de déchets urbains) ne doit débuter qu'en 2037 sur le site de FAMSA? Voyons comment les technologies évoluent avant de prendre cette décision.» Son point de vue, défendu au sein de la Commission Édilité et urbanisme de la ville, ainsi qu'au Conseil général (voir encadré), n'a pas été suivi. Le 9 décembre, le Législatif de Monthey validait la modification du plan de zones et son règlement, en vue de l'extension de la carrière. À l'instar de Massongex le 18 novembre (voir Le Régional n° 956, 975).

Mais le parti socialiste montheysan n'en restera pas là, déclare son président Guillaume Sonnati: «Nous disons oui à 90% du projet, dont l'extraction des roches, par exemple. Mais nous avons décidé de lancer une pétition pour que le stockage des scories de type D en soit retiré. Notre premier objectif est de préserver la qualité de vie. Veut-on vraiment recevoir les déchets de toute la Suisse romande? Que le Chablais devienne une poubelle?», interpelle-t-il. Le deuxième but de la démarche est de donner la parole aux habitants de l'ensemble de la région et pas seulement aux citoyens de Monthey et Massongex, poursuit Guillaume Sonnati: «C'est pour cette raison que nous avons opté pour une pétition et non pour un référendum.»

Une action aussi à l'échelon cantonal

Le PS énumère cinq raisons de refuser ce volet du projet. Prévenir les éventuels problèmes de santé publique, éviter les risques de pollution, favoriser l'innovation technique du traitement et de la valorisation des déchets, temporiser avant de prendre des décisions irrémédiables et conserver une gestion étatique des déchets. «Si le nombre de signatures est assez important, il nous permettra de faire pression sur les Autorités communales et cantonales», indique encore le président du PS local.

Blaise Carron entend, lui, agir au niveau cantonal, en tant que député au Grand conseil: «Il serait judicieux d'intervenir pour une meilleure répartition du stockage des déchets en Valais, remarque-t-il. Il vaut aussi la peine d'analyser la manière dont d'autres cantons, comme Genève par exemple, ou dont d'autres pays, revalorisent ces déchets.»

La SATOM étant détenue par 77 communes actionnaires, dont 43 vaudoises, le PS espère que le même type de démarche sera entrepris dans le Canton de Vaud. Le parti n'exclut pas non plus de s'associer à d'autres mouvements, selon Guillaume Sonnati: «Nous sommes ouverts à la discussion pour regrouper toutes les forces possibles», assure-t-il. Contactée, la présidente des Verts du Chablais valaisan Carole Morisod acquiesce: «Le cas échéant, il faudra discuter sur la forme d'une potentielle collaboration, mais nous nous sommes effectivement positionnés contre ce projet de décharge.»

Date:19.12.2019
Parution: 978

Une proposition balayée

Lors de la séance du conseil général de Monthey le 9 décembre, Gianni Cutruzzolà dépose un amendement afin que l'entreposage de déchets de type D soit exclu du projet. Il met notamment en exergue la récente polémique liée à la pollution au mercure dans le Haut-Valais, ainsi que les statistiques sur le nombre de cancers dans le canton, qui montrent que le Bas-Valais est le plus touché, même si l'on ne peut en expliquer la raison. Le socialiste argumente: «Le principe de précaution doit prévaloir. Les risques potentiels ne sont pas maîtrisés, le risque zéro n'existe pas. Montrons que la santé et l'environnement sont des sujets pris au sérieux par ce conseil.» L'élu ne parvient toutefois pas à convaincre ses congénères. À la suite d'un vote à bulletins secrets, l'assemblée rejette l'amendement par 30 voix contre, 19 pour et 3 abstentions.

Financement participatif lancé

Regroupés en association sous le nom de «Comité citoyen régional», les opposants vont aussi de l'avant. Ils ont lancé un appel aux dons, sous forme de campagne de financement participatif, sur le site «GoGetFunding», espérant réunir 15'000 frs. Le comité indique: «Ces fonds serviront à payer les frais juridiques pour le recours, ainsi qu'à assumer les coûts des différentes études mandatées pour mettre en lumière les lacunes et les problèmes liés à ce projet.» Les opposants ont l'appui des Verts du Chablais valaisan. S'ils reconnaissent les avantages économiques et structurels du projet, ces derniers sont plus sévères quant à l'entreposage de déchets de type D, jugeant la décharge «surdimensionnée» et ne souhaitant pas le transfert de la gestion des déchets de l'Etat à une entreprise privée. Les Verts pointent en outre «l'insuffisance des mesures de surveillance de la décharge et des mesures de protection de la population». Enfin, ils pensent que l'impact du transport est «sous-estimé» en regard des volumes en jeu. Dans l'attente d'une prise de position officielle, l'association Chablair va aussi dans le sens des opposants, confirme sa présidente Carole Morisod.

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