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Promotion du sport dans les communes : peut mieux faire

Sports Au cœur des politiques publiques de promotion de l'activité physique, la question financière. Alors que nombre d'études insistent sur la nécessité de faire bouger la population, certaines communes de petite taille se plaignent du manque de moyens pour satisfaire la demande et estiment que la question doit être abordée au plan régional. La Riviera a d'ailleurs engagé dès 2013 une vaste réflexion visant à y développer les infrastructures. Mais les investissements, devisés alors à 45,5 mios, ne suivent pas. Si les Autorités locales pointent le manque de soutien du Canton et de la Confédération, la collaboration entre communes semble aussi laborieuse. Etat des lieux, en marge du récent Forum Sport de Montreux, qui réunit tous les deux ans élus et acteurs régionaux du monde sportif, avec pour objectif de réfléchir au rôle des communes quant à la promotion et à l'accès au sport.

Promotion du sport dans les communes Peut mieux faire

Daniella Gorbunova

Elément essentiel au bien-être de la population, le sport agit également comme puissant lien social. Au-delà de la pratique personnelle, l'activité physique est aussi au centre des préoccupations politiques régionales. Pour preuve, le troisième Forum Sport qui réunissait à Montreux le 9 octobre dernier municipaux, conseillers communaux, acteurs régionaux du monde sportif, ainsi que la Conseillère d'État Cesla Amarelle. «L'objectif de ce Forum est de regrouper tous les deux ans le monde sportif associé à celui de la politique, afin de se questionner sur le sport, explique Fabien Aymon, organisateur de la rencontre et adjoint administratif en charge des activités sportives de la commune de Montreux. Nous nous y interrogeons également sur le rôle des communes quant à la promotion et l'accès au sport pour la population.» Avec certaines thématiques récurrentes, comme le sport scolaire et parascolaire, ou la difficulté des petites communes à faire face à la demande de leurs habitants.

«Nous sommes essoufflés»

Aujourd'hui, dans les petites communes comme dans les grandes, le sport fait systématiquement partie des sujets discutés par les autorités. Mais si les Municipalités sont unanimes quant à la nécessité de promouvoir l'activité physique, toutes ne disposent pas des mêmes moyens. «Nous sommes une petite commune, d'à peu près 1'500 habitants, précise Nicole Pointet, municipale à Jongny. Nous avons la chance de bénéficier d'une salle de gym qui est vraiment bien, relativement à notre taille. Il y a aussi un certain nombre de sociétés sportives, mais elles sont plutôt implantées dans la région, souvent sur Chardonne-Jongny. Donc au niveau communal, concrètement, il n'y a pas d'offre en matière de sport pour tous. Le sport est un sujet qui doit se traiter de façon régionale pour nous», estime l'édile.

Travaillant avec l'association scolaire, Jongny bénéficie de maîtres d'éducation physique motivés, qui offrent des cours facultatifs ainsi que la possibilité de participer à des journées cantonales aux enfants. Cependant, alors que la demande de la population en termes d'accès au sport est toujours croissante, les Autorités se trouvent parfois démunies. Pour Nicole Pointet, ouvrir la salle de gym le dimanche serait une solution. Mais les coûts restent un obstacle: «Au niveau des investissements, la question du financement des infrastructures et la prise en charge des coûts d'exploitation se discute beaucoup sur la Riviera. La pression sur les communes est relativement forte», confie la municipale. La péréquation (réd: fonds de solidarité financière entre les communes dans divers domaines, infrastructures, social, culture, sports, etc) reste le nerf de la guerre pour les bourgades, dont Jongny se fait la porte-parole: «En ce moment, une nouvelle version de la péréquation est en cours de négociation entre l'Etat et les communes, représentées par l'Union des communes vaudoises (UCV). Nous ne savons pas encore ce que cela va donner, mais nous essayons de faire passer le message que, pour les petites communes, c'est vraiment difficile. Nous sommes essoufflés au niveau financier. Lors du Forum Sport, Cesla Amarelle était présente et nous a entendus», souligne Nicole Pointet, en espérant un changement dans les années à venir.

Vevey, l'élève modèle

Avec ses programmes Open Sport et Sport Pour Tous en hiver, Vevey bouge! et Vevey-sur-Lac en été (notre photo de page 1), la Municipalité veveysanne a fait de la promotion du sport une véritable mission. «Le thème central de la Municipalité pour la législature 2016-2021 est Vevey, ville en mouvement, rappelle Piotr Wiacek, responsable du secteur sport. Ce qui convient très bien à notre secteur. Nous tenons vraiment à encourager la population à bouger, et pour cela, nous privilégions l'accès libre aux manifestations et aux activités tout au long de l'année.» Cependant, bien que le chef-lieu de la Riviera se pose en exemple au niveau régional (lire l'encadré), la question financière y est aussi sensible, dans le domaine du sport, entre autres: «Nous ne pouvons pas dire que l'argent coule à flots, confie le responsable. Mais nous essayons de faire avec les moyens dont nous disposons. Les activités que nous organisons ne sont pas compliquées à mettre en place puisque les salles appartiennent à la ville et ne coûtent donc rien en location. Ce qui coûte le plus, ce sont les salaires des moniteurs.» Mais au-delà de l'aspect pécuniaire, pour Piotr Wiacek, motiver la population à bouger est aussi une question de volonté: «Je pense que si une commune veut mettre en place des activités gratuites pour la population, elle y arrive. Il ne s'agit pas de réaliser d'énormes projets. Mais pour quelques cours dans une salle de sport les dimanches durant la saison hivernale, c'est très faisable. Le principal problème des petites communes étant le fait de trouver quelqu'un pour s'occuper du sport, car elles n'ont pas de service consacré à cela.»

La faute à Berne?

Pour une petite commune comme Chessel, le sport n'est pas une problématique qui se traite en interne. Se reposant sur les villes voisines pour les infrastructures, la bourgade alloue néanmoins un montant symbolique aux jeunes qui pratiquent une activité sportive ou musicale. Participant au Forum Sport, le conseiller communal Marc Olivier Narbel y soulevait la même problématique que ses homologues: «Ce Forum Sport est très intéressant et utile, mais il faut semer des graines pour continuer à évoluer dans le sport. Or nous n'avons ni la terre, ni l'eau pour les faire pousser. Ni le canton, ni les communes n'ont de moyens financiers à disposition à consacrer à cela». Ainsi, pour l'élu chablaisien, le vrai problème viendrait de Berne: «Je pense sincèrement que nous disposons d'énormément d'argent en Suisse, mais que malheureusement, au niveau du sport, la confédération n'investit pas assez. Il n'y a qu'à voir nos sportifs d'élite, ils doivent souvent tout payer eux-mêmes lors des déplacements, par exemple. Et je trouve que dans un pays comme le notre, ce n'est pas normal.» A Vevey, Piotr Wiacek soutient ce point de vue: «En Suisse, nous constatons que le sport n'est pas la priorité. Et étant donné nos moyens, nous pourrions faire mieux.» Avant de souligner la nécessité de renflouer les caisses, pour le bien-être de la population: «Selon les études qui paraissent actuellement, les jeunes et les gens en général bougent de moins en moins. De temps en temps, il y a une décision qui vise à augmenter de quelques centimes les subventions de Jeunesse et Sport pour les communes. Mais ce sont là de petites décisions. Je salue tout de même le Projet Sport-Santé du Canton de Vaud, qui subventionne à hauteur de 25% l'ouverture des salles de sport avec activités encadrées, sans lequel nos différents programmes d'encouragement à l'activité physique n'auraient pas pu voir le jour.»

Date:23.01.2020
Parution: 980

Sur la Riviera, le financement régional fait défaut

Entre 2013 et 2014, le postulat «Pour des installations sportives d’importance régionale sur la Riviera» était déposé dans les dix communes de cette région, dans le cadre de la Communauté intercommunale d’équipement du Haut-Léman (CIEHL). Jean-Marc Bryois, initiateur de la démarche, soulignait dans son rapport le manque de bassins de natation et d’un dojo à disposition pour les arts martiaux, entre autres. Pour remédier à ces principales lacunes, celui qui était alors responsable du secteur sport de Vevey proposait un plan d’investissement pour 2016-2017, qu’il chiffrait à 45,5 mios, destinés à l’actualisation des infrastructures. Qu’en est-il de ce projet aujourd’hui? Situé à Chailly sur Montreux, le stade de la Saussaz, à la suite de cette proposition, est devenu une installation sportive intercommunale pour ce qui est de l’athlétisme. Investissement: plus de 18 mios. Reste le manque de bassins de natation couverts, «toujours d’actualité, affirme Jean-Marc Bryois. Construire ou agrandir des piscines représenterait des coûts très importants. Mais la plupart des infrastructures existantes ne répondent plus aux besoins actuels.» Selon lui, les lacunes en termes d’installations touchent également d’autres sports associatifs. Dont les arts martiaux, qui n’ont toujours pas vu naître leur dojo. Jean-Marc Bryois ne blâme pas pour autant le Canton ou la Confédération, mais pointe plutôt une collaboration entre les communes parfois laborieuse: «Le fonds destiné au sport du canton de Vaud est un élément déterminant pour tout projet sportif. Le niveau des financements cantonaux n’est donc pas vraiment un problème. Pour moi, il faut réfléchir sur le plan régional et non pas cantonal ou communal. De plus, le Canton soutient plus facilement les projets régionaux. Mais l’ouverture d’esprit nécessaire aux solutions intercommunales manque un peu en ce moment.»

Trois questions à Sébastien Cala 

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Chercheur à l’institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne et député PS au Grand Conseil

 

Aujourd’hui, où se situe le Vaudois moyen en termes de condition physique?

Il n’y a pas d’études précises pour corroborer mes propos, mais le sport est un élément important dans la société vaudoise. De manière générale, le Vaudois est assez sportif. Je pourrais expliquer cela entre autres de façon historique: nous constatons que les cantons protestants, entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, ont été un peu en avance sur les cantons catholiques quant à la diffusion du sport. Par ailleurs, l’Arc lémanique accueillait de nombreux pensionnats étrangers qui ont facilité l’arrivée des sports modernes depuis la Grande-Bretagne. Je pense que cela a eu une incidence sur le long terme, même si aujourd’hui les différences se sont largement nivelées. De plus, depuis l’arrivée du CIO en 1915 à Lausanne, le sport a une importance particulière dans le Canton. 

Quel est le rôle du Canton et des Communes dans la promotion du sport et les infrastructures?

Sur le plan politique, le canton de Vaud et les Communes vaudoises cherchent à développer le sport via le soutien aux clubs et aux manifestations. Il y a une réelle volonté de promouvoir l’activité physique même si les moyens mis à disposition restent assez limités. S’il est clair que, dans le système suisse, les Communes sont les premiers partenaires du sport, surtout en termes d’infrastructures, en comparaison avec la Suisse allemande, je n’ai pas les chiffres en tête, les sports y sont de fait plus développés, justement en termes d’infrastructures. Il y a donc plus de clubs et plus de licenciés dans les régions alémaniques. Et, logiquement, cela a une influence sur les pratiques de la population. 

Pensez-vous que la Confédération ne subventionne pas assez le monde du sport?

La Confédération participe aux frais des infrastructures d’importance nationale, comme le stade de la Praille à Genève, par exemple, et soutient les clubs et associations via le programme Jeunesse et Sport. En ce qui concerne les installations de moyenne importance, et l’organisation de manifestations, tout repose sur le privé, les Cantons et principalement les Communes. Ce qui peut être compliqué à gérer. Il est donc assurément possible de dire que la Confédération participe peu à la politique sportive de la Suisse, à l’inverse de nos voisins. L’Autriche, qui est le pays limitrophe le plus comparable au nôtre, investit beaucoup plus dans le sport au niveau de l’État Fédéral et des «Länder» (régions). 

 

Vevey et le sport

131’124 frs

budget total alloué aux projets Open Sport, Vevey-sur-Lac, Sport Pour Tous et Vevey Bouge! en 2018-2019

15’101

nombre de participants à ces quatre projets en 2018-2019

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