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Flou artistique autour du MAG

Montreux Manque de transparence dans la gouvernance, dans la gestion financière et potentiels conflits d'intérêts: c'en est trop pour le Conseil communal qui supprime la subvention annuelle de près de 100'000 frs versée au Montreux Art Gallery (MAG). Sur un budget de 400'000 frs. Une solution devrait être trouvée avec les organisateurs d'ici au printemps, confie la Municipalité. Pour l'Autorité de surveillance des fondations toutefois, la manifestation respecte la loi. Enquête.

«Sans l'aide de la Commune de Montreux, ça va être compliqué pour nous de nous en sortir», s'alarme Jean-François Gailloud, président du Montreux Art Gallery (photo d'archives). DR

Textes: Amit Juillard

Du 6 au 10 novembre dernier, le 15e Montreux Art Gallery (MAG) accueillait 18'800 visiteurs en cinq jours. Mais depuis décembre, le salon d'art contemporain et son édition 2020 sont en danger. «Sans l'aide de la Commune de Montreux, ça va être compliqué pour nous de nous en sortir», s'alarme Jean-François Gailloud, fondateur de l'événement, joint par téléphone.

Un retour en arrière s'impose. Le 11 décembre, sur recommandation de sa Commission des finances (Cofin), le Conseil communal biffe – à une large majorité – la subvention de 94'620 frs habituellement octroyée, dont 64'620 frs sont une aide à la location du Centre de Congrès (2m2c). Un quart du budget du MAG (400'000 frs) s'envole. Principaux griefs des élus: manque de transparence dans la gouvernance, dans la gestion financière et potentiels conflits d'intérêts.

«Micmac opaque»

Pour comprendre, il faut s'intéresser à la structure organisationnelle du MAG, bicéphale. D'un côté, la fondation MAG. De l'autre, la société Revoltra, mandatée par ladite institution et chargée de l'exploitation. Problème pour la Cofin: «Il y a plus ou moins les mêmes personnes à la tête des deux entités, s'inquiètent plusieurs commissaires, contactés par Le Régional. Jean-François Gailloud est par exemple à la fois à la tête de Revoltra et président de la fondation. Nous souhaitons que cette situation soit clarifiée puisqu'il y a des flux financiers entre les deux structures. Nous avons de gros doutes sur l'utilisation d'un montant de 20'000 à 30'000 frs. Dans les comptes, il y a un micmac difficile à comprendre, c'est opaque.»

Selon nos informations, la Cofin requiert davantage de transparence depuis 2014 et a auditionné les responsables du MAG pour la dernière fois en 2018. «L'an dernier, nous leur avons laissé une ultime chance, confie une source. Mais rien n'a changé! Et le MAG n'a même pas fait de demande officielle de subventionnement pour 2020.»

«Dans le bon sens»

Certaines voix accusent d'ailleurs Jean-Baptiste Piemontesi, municipal PLR de la culture, de ne pas avoir suivi le dossier de manière diligente. Il s'en défend: «La Municipalité accompagne les organisateurs dans ce processus de mise en règle. Les corrections effectuées en 2019 vont dans le bon sens mais ne sont pas encore suffisantes pour éviter tout conflit d'intérêts. Nous sommes régulièrement en contact avec eux, avons accès aux comptes comme au montant global des rémunérations et sommes convaincus de leur authenticité». Reste que l'Exécutif a porté au budget la subvention alors que le MAG ne répondait pas entièrement aux requêtes de la Cofin. «Nous y avons mis ce montant au mois de mai dans la perspective que tout serait mis en ordre dans le courant de l'année. Or lorsque nous avons reçu le rapport du MAG au mois d'octobre, nous avons constaté que les choses n'étaient pas tout à fait en adéquation avec les demandes de la Cofin.»

Jean-François Gailloud, du MAG, se veut rassurant. «Si nous n'avons pas fait de demande formelle pour 2020, c'est que ça se faisait de manière tacite, amorce-t-il. D'autre part, il n'y a pas de flou dans notre comptabilité, soumise à un organe de révision et à l'Autorité de surveillance.» Le président promet par ailleurs que la subvention est bien utilisée: «Sur le montant total, nous ne touchons que 30'000 frs puisque le reste est versé directement au Centre de Congrès. Cette somme sert à l'action de terrain, à la mise en place du prix MAG, à la promotion. C'est grâce aux galeries qui nous louent des emplacements et grâce à nos partenaires commerciaux que nous réussissons à nous verser deux salaires à 50%.»

Contrôles concluants

Contactée, l'Autorité de surveillance LPP et des fondations de Suisse occidentale souligne que la situation du MAG est licite. «Une fondation peut mandater la société d'un des membres de son conseil à condition que ce soit au prix du marché, que ce ne soit pas un contrat à vie, que tous les membres aient pu se prononcer et que la décision soit collégiale, résume Christine-Lise Maurer, directrice adjointe. Dans le cas présent, nous avons mené des contrôles, nous avons eu accès à différents procès-verbaux et rien ne peut prêter à réaction de l'Autorité de surveillance.» Pas exemptée d'impôts, la fondation MAG bénéficie de règles plus souples. «Ensuite, c'est une affaire entre le subventionné et le subventionneur, qui peut fixer ses règles», précise-t-elle.

«Nous allons répondre aux demandes de la Cofin, affirme Jean-François Gailloud. Nous avons d'ores et déjà soumis un projet à la Municipalité.» Le municipal Jean-Baptiste Piemontesi confirme: «La fondation se doit de mettre en place une gouvernance irréprochable afin de retrouver la confiance de la Cofin. Le travail est en cours et la Municipalité devrait être en mesure de présenter un rapport-préavis dans ce sens avant le printemps. Il est en effet primordial pour la fondation MAG de pouvoir compter sur la subvention communale pour la prochaine édition.» La 16e est prévue du 4 au 8 novembre 2020.

Des artistes se plaignent

Au cours de cette enquête, Le Régional a contacté une dizaine d'artistes qui participent ou ont participé au Montreux Art Gallery (MAG). Parmi ceux qui n'y vont plus, certains critiquent Marie-Hélène Heusghem, la directrice. Ils n'apprécient guère sa personnalité «désagréable», «dominante» et «autoritaire». Une habituée la défend toutefois: «Vous savez, ce n'est pas toujours facile d'encaisser les locations auprès des artistes. Marie-Hélène Heusghem s'en charge, elle ne lâche rien. Elle est autoritaire, rigide, fait la pluie et le beau temps, mais peut être douce aussi.» Jean-François Gailloud, président du MAG est «surpris, déçu» d'entendre ces qualificatifs: «C'est une personne engagée, professionnelle, passionnée. Elle est à l'écoute et bataille pour que tout fonctionne. Les conflits sont très rares.» Autre grief de certains exposants, les prix pour louer une surface, jugés trop chers. «Nos prix pour les stands des artistes n'ont pas changé depuis huit ans, coupe le fondateur. C'est 2'600 frs pour un espace équipé, des invitations, une page dans le catalogue et une présence de 12 mois sur notre site web. Les locations des galeries apportent une contribution nécessaire au fonctionnement du salon (réd: 4'800 frs pour 21 m2).»

La qualité des œuvres exposées au fil des ans fait aussi débat. Pour les uns, elle baisse fortement, pour les autres non. «Le niveau a beaucoup augmenté: nous accueillons maintenant des artistes de renom comme le sculpteur Igor Ustinov ou le photographe animalier Vincent Munier, réagit Jean-François Gailloud. Mais il est vrai que nous avons aussi la volonté de donner une chance à des artistes moins connus. Notre rôle est de favoriser les rencontres artistiques et de promouvoir l'art.»

Date:23.01.2020
Parution: 980

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