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Quand la pilule ne passe plus

Vevey Spécialiste des méthodes naturelles de contraception, Ronda Léchaire-Callahan milite pour la symptothermie, méconnue mais plus efficace que la pilule selon l'Organisation mondiale de la santé. Et sans effets secondaires. Principe: identifier précisément les périodes de fécondité. A découvrir à la Bibliothèque municipale de Vevey le 29 janvier.

Avant de pratiquer la symptothermie, forme de contraception naturelle efficace, une formation de plusieurs heures sur trois à six mois est nécessaire. DR

Amit Juillard

Il y a eu les scandales autour des embolies pulmonaires mortelles provoquées par des pilules contraceptives de troisième et quatrième génération. Puis la résurgence des mouvements féministes, les #metoo, les grèves et l'un de leurs étendards: «Mon corps, mon choix». La crise climatique, la vague écologique et des mouvements de retour à la nature aussi. Résultat, les ventes de la pilule chutent: diminution de 20% entre 2010 et 2017 selon les chiffres de l'association professionnelle Interpharma obtenus par la RTS.

«Cette tendance se confirme, assure Saira-Christine Renteria, médecin responsable du centre de santé sexuelle du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Il y a eu des réactions à la suite de la médiatisation des risques thrombo-emboliques, mais nous sentons aussi une sorte de lassitude face aux hormones lors des consultations.» Selon les mêmes chiffres, l'implant, le stérilet en cuivre, l'anneau vaginal ou l'injection trimestrielle restent stables.

Ne plus prendre un médicament

«Toujours davantage de femmes ne veulent plus prendre un médicament pour gérer leur fertilité alors qu'elles sont en bonne santé, constate Ronda Léchaire-Callahan, directrice d'Eden Fertilité à Lausanne et spécialiste de méthodes naturelles de contraception. Elles veulent reprendre possession de leurs corps, s'émanciper du patriarcat et éviter de potentiels effets secondaires de la pilule.» Parmi lesquels une possible baisse de la libido, une éventuelle prise de poids ou des troubles dépressifs, sans parler des risques d'accident thrombo-embolique. La gynécologue Saira-Christine Renteria nuance: «Même si toute prise d'hormone a un effet, souvent – aussi – positif, les risques restent assez faibles après exclusion de facteurs de risques chez la patiente». Autre problème, environnemental cette fois: l'urine d'une femme sous pilule contient des perturbateurs endocriniens qui finissent dans la nature, avec des problèmes de fertilité pour la faune, puisque nombre de stations d'épuration ne peuvent filtrer ces micropolluants.

Le 29 janvier à la Bibliothèque municipale de Vevey, Ronda Léchaire-Callahan présentera des alternatives «naturelles et écologiques», qui ne demandent ni prise d'hormones ni implantation d'un corps étranger. Dont la symptothermie. «Ce n'est pas la plus simple des techniques, mais elle ne provoque pas d'effets indésirés et est très efficace lorsqu'elle est bien apprise et pratiquée, souligne-t-elle. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS) le taux d'échec en utilisation courante est de 2% alors que celui de la pilule est de 7% (voir encadré)»

Formation nécessaire

Mais de quoi s'agit-il? «Concrètement, c'est un moyen d'identifier les périodes de fécondité, développe Ronda Léchaire-Callahan. La symptothermie fonctionne très bien parce qu'elle mélange plusieurs types de contrôles: la température au réveil, l'observation des sécrétions vaginales et, mais c'est facultatif, un contrôle des changements au niveau du col de l'utérus.»

Avant de pratiquer cette forme de contraception, une formation de plusieurs heures sur trois à six mois est nécessaire. Eden Fertilité à Lausanne ou la Fondation Profa, dans ses locaux de Renens, enseignent cette pratique. «Cette méthode est sûre, à condition d'être consciencieuse, appliquée, formée, conséquente et avec un partenaire qui accepte de mettre un préservatif ou de s'abstenir durant les périodes de fécondité», confirme Saira-Christine Renteria, du CHUV. Les partenaires sont d'ailleurs conviés aux cours.

Gare aux applis

Mais attention: «Il ne faut pas la confondre avec les méthodes Ogino-Klaus (réd: dite «du calendrier») ou de la température seule, pas efficaces, et ne pas se tourner vers n'importe quoi», alerte la médecin adjoint. Conseils de grand-mère, blogs, ouï-dire et certaines applications mobiles sont à aborder avec méfiance.Et la symptothermie n'est pas faite pour toutes. Sur son site Internet, Profa ne la recommande pas aux moins de 25 ans ni aux plus de 45-50 ans. «La mise en pratique de cette méthode demande une bonne motivation, de la rigueur, un mode de vie qui permet de mener les observations avec précision et régularité», écrit la fondation. «Il faut par exemple essayer de se coucher toujours à la même heure parce que le sommeil à une influence sur la température corporelle, étaye Saira-Christine Renteria. Certaines personnes réussissent ce retour à la nature, mais c'est impossible pour d'autres. On ne peut pas les y obliger. L'important est que les femmes soient largement informées sur les possibilités qui s'offrent à elles. Or la LAMal (réd: Loi fédérale sur l'assurance-maladie) ne laisse plus beaucoup de temps aux gynécologues pour donner des conseils détaillés.»

«Contraception naturelle et écologique» présentation par Ronda Léchaire-Callahan, 29 janvier de 18h30 à 20h. Bibliothèque municipale de Vevey. Dès 16 ans, entrée libre. www.biblio.vevey.ch. Plus d'information sur les formations à la symptothermie: www.profa.ch et www.eden-fertilite.org.

Efficacité des méthodes de contraception (usage courant)

• Implant hormonal sous cutané: moins de 1% d'échec (1‰)

• Vasectomie et stérilisation féminine: moins de 1% d'échec (2‰ et 5‰)

• Stérilet en cuivre: moins de 1% d'échec (8‰)

• Symptothermie: 2% d'échec

• Injectables mensuels: 3% d'échec

• Pilule: 7% d'échec

• Préservatif: 13% d'échec

• Retrait: 20% d'échec

• Spermicides: 21% d'échec

Source: Organisation mondiale de la santé, 2018. Liste non-exhaustive.

Date:23.01.2020
Parution: 980

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