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La zen attitude n'est pas sa tasse de thé

Philosophie En marge de sa venue à Lausanne le 9 février et de la sortie fin janvier de son nouveau livre, «3 minutes de philosophie pour redevenir humain», rencontre avec Fabrice Midal, auteur des best-sellers «Foutez-vous la paix! et commencez à vivre» ou «Sauvez votre peau! Devenez narcissique».

«Aujourd'hui je vois des gens qui veulent méditer pour se calmer et fuir leurs émotions. C'est une profonde erreur!», estime Fabrice Midal.

Entretien: Stéphane Armenti

Comment se libérer du stress quotidien? Comment être zen? Les méthodes de développement personnel fleurissent et trouvent un large écho auprès du public. Le philosophe Fabrice Midal et ses méditations laïques et simples - visibles sur Internet – démonte les clichés en la matière. Il ne s'agit pas de «méditer pour se calmer et fuir ses émotions», mais au contraire de «se foutre la paix» pour rencontrer ce que nous sommes, nos colères, nos révoltes. Non pour fuir le monde, mais pour s'y intégrer.

De quoi traite votre prochain livre, «3 minutes de philosophie pour redevenir humain», à paraitre fin janvier?

Il s'agit de revenir aux fondements de la philosophie tels que Socrate nous l'a présentée. Non pas faire des leçons abstraites de philosophie en expliquant aux gens ce qu'ils ont à faire, ce qu'ils devraient faire, ce qu'ils devraient penser, ce à quoi on identifie encore trop souvent la philosophie. Mais comme Socrate nous le montre, interroger les préjugés, les fausses croyances qui nous rendent malheureux. Ouvrir les portes et les fenêtres. Inviter les gens à penser par eux-mêmes, à retrouver ce qui les anime.

J'ai donc exploré les divers problèmes propres à notre temps. Ceci afin de nous aider très concrètement et savoir comment faire face à toutes les difficultés que chacun rencontre au quotidien.

Chaque chapitre est très court, il faut 3 minutes pour le lire. Chacun d'eux est une manière de faire penser quelque chose qui peut nous aider à retrouver confiance, inspiration en notre humanité profonde qui est aujourd'hui si profondément menacée. Comme le disait le poète Max Jacob: «Soyez humain si vous voulez être original; plus personne ne l'est.» Et chaque texte est accompagné d'un petit exercice à faire.

Vos livres cartonnent auprès du public, par exemple «Foutez-vous la paix! et commencez à vivre» en 2017. Pourquoi «se foutre la paix» nous aide?

Depuis «Foutez-vous la paix» jusqu'à «3 minutes de philosophie pour redevenir humain», le cœur de mon travail consiste à essayer de repérer ce qui nous emprisonne. Ce n'est pas si évident à faire. On se trompe souvent. Je ne crois pas par exemple, que, comme on nous l'explique, nous souffrons parce que nous sommes trop égoïstes ou pas assez performants, mais parce que nous sommes coupés de notre propre humanité.

Et c'est pourquoi j'invite les gens à apprendre à se foutre la paix, c'est-à-dire repérer les injonctions irréalistes, impossibles, paradoxales qui nous entravent et nous empêchent de nous accomplir et de vivre. Par exemple, si dans mon boulot on me demande d'atteindre tel ou tel objectif, cela peut me motiver et me porter à me dépasser. Mais si on me demande tous les jours d'en faire plus, sans objectif clair ou réaliste et que le travail que je fais ne convient jamais, alors je vais me sentir de plus en plus mal et au lieu d'avoir un certain plaisir, je vais être de plus en plus écrasé. Je risque alors de me mettre en danger. Se foutre la paix, c'est ne plus être prisonnier de ces pressions destructrices et me relier à neuf à mes forces que souvent nous négligeons. Pour beaucoup de gens, c'est devenu une question de survie!

Cela peut-il se faire par la méditation?

Tout dépend comment on la pratique. Aujourd'hui, je vois des gens qui veulent méditer pour se calmer et fuir leurs émotions. C'est une profonde erreur! Cela ne peut pas aider sur le long terme. C'est le contraire qu'il faut faire. Non essayer d'être calme, d'être comme un robot, de ne plus rien ressentir, mais de rencontrer ce que nous sommes et trouver ainsi en nous de l'allant, du courage, de la force, de la tendresse et d'autres ressources que nous ne soupçonnons pas. C'est un projet tout à fait différent. Ce que j'essaie de défendre, en ayant fondé l'école occidentale de méditation qui a plusieurs antennes en Suisse. Proposer un autre regard sur la méditation. Un regard non instrumental, mais un rapport humain. Méditer ainsi est incomparablement plus facile et bénéfique. Autrement dit, je cherche à rendre à la méditation son véritable pouvoir de transformation.

Dans plusieurs de vos livres vous évoquez positivement le narcissisme, «Narcisse n'est pas égoïste» ou «Sauvez votre peau! Devenez narcissique»,

Mais le narcissisme n'est-il pas dangereux? Par exemple chez des gens comme Trump...

Je pense qu'on se trompe. Trump est orgueilleux et non narcissique. S'il s'aimait, il ne ferait pas «chier» le monde. Il n'enverrait pas des tweets tout le temps. Il est comme la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf dans la fable de La Fontaine. Il veut nous faire croire qu'il est un bœuf! Il veut être autrement qu'il est. Et c'est pourquoi il est dangereux.

Le narcissisme pour moi, c'est le fait de se rencontrer et d'être en paix avec soi. C'est un tout autre projet. Plus besoin de se faire remarquer sans cesse.

Mais surtout aujourd'hui tant de gens s'instrumentalisent jusqu'au burn-out, se maltraitent, se sacrifient, ne se laissent pas dormir. C'est à eux que je m'adresse. C'est à eux que je dis: apprenez à vous respecter, à vous écouter, vous verrez cela va vous aider et loin de vous fermer aux autres et au monde, comme on le craint, vous serez plus confiants et ouverts.

Récemment, de jeunes activistes romands qui avaient joué du tennis dans le hall du Crédit Suisse, pour dénoncer ses investissements dans les énergies fossiles, ont été acquittés par un tribunal. Que vous inspire ce jugement?

Ce que je trouve réjouissant, c'est de voir de nouvelles formes de contestation, de voir que des gens ne veulent pas renoncer. Cela m'enthousiasme même. Albert Camus explique dans «L'homme révolté» que l'état de révolte est l'état naturel de l'être humain, car il y a partout des injustices. Je trouve cela très éclairant. La révolte n'est pas un état passager. Et c'est pourquoi je suis aussi opposé à toutes ces injonctions nous invitant à être calmes, zen, détachés, dans le «lâcher prise». Non, je crois qu'il faut au contraire savoir dire «non», savoir être ému, savoir s'engager. Mais la question, pour moi, c'est de savoir comment être révolté, non par haine mais par amour. Je ne peux porter un jugement sur ces événements suisses n'ayant pas suivi cette histoire, mais j'invite chacun à s'interroger: est-ce que j'agis dans ma révolte par amour pour la terre, amour pour ce qui se passe ou par haine?

Fabrice Midal donnera une conférence le 9 février à Lausanne, «Pour l'amour de soi», au théâtre Boulimie. Attention inscription obligatoire à: signe@lausanne

Date:23.01.2020
Parution: 980

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