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Pourquoi les brocolis dégoûtent?

Vevey L'Alimentarium lance un appel aux témoignages. Propriété de Nestlé, le musée veut décortiquer et comprendre le dégoût alimentaire. Quelques pistes, physiologique, éthique ou culturelle, sont déjà connues. Vernissage de l'exposition «The food we love to hate», qui mélangera aspects scientifiques et récits d'internautes, le 2 avril 2020.

Le mécanisme du dégoût est déclenché par l'instinct de survie de l'être humain, mais aussi par des systèmes de valeurs ou de croyances. Adobestock

Amit Juillard

Bruit d'argenterie sur porcelaine. La fin du repas approche. «Ah ouais, tu veux du dessert?! Finis d'abord tes brocolis!» Pour cette coupe Danemark, l'enfant ferme les yeux, se pince le nez et se force à déglutir malgré son haut-le-cœur. Impression de déjà-vu? Pour sa prochaine exposition, «The food we love to hate», «La nourriture que nous aimons détester» en français, l'Alimentarium lance un appel aux témoignages. A envoyer en ligne sous forme de textes, photos, dessins, enregistrements audio ou vidéo. «Notre but est de mettre en scène ces histoires personnelles et de décortiquer le dégoût alimentaire, mécanisme difficile à contrôler, dévoile Jelena Ristic, conservatrice. Notre démarche va dans le sens des sciences participatives.» Vernissage le 2 avril 2020.

Sur la plateforme «thefoodwelovetohate.org», déjà quelques exemples illustrés. «Je ne sais pas, c'est psychologique, mais manger des fœtus de canards, pour moi, c'est impossible»; «J'ai une peur bleue des araignées et les retrouver dans mon assiette ne me semble pas plus appétissant que ça...»; «Le sirop contre la toux arôme banane remporte le trophée du pire, pour moi.» Propriété de Nestlé, le musée espère récolter 500 récits venus des quatre coins du globe.

Se protéger de la contamination

Pourquoi cette répugnance face à certains mets? Eléments de réponse. «Pour Charles Darwin, c'est une manière de nous préserver de la contamination par des agents pathogènes, de nous protéger d'une menace, amorce Jelena Ristic. D'où la réaction physiologique assez forte qu'ils provoquent.»

Ce sentiment universel est en réalité plus complexe. «Nous l'avons aussi rationalisé: un système de croyances ou de principes peut le déclencher. Par exemple, des hindouistes peuvent être dégoûtés par le bœuf, des juifs et des musulmans par le porc, des écologistes végétariens par la viande en général... Et puis, les aliments ne provoquent pas la même réaction d'une culture à l'autre.» Les éléments sensoriels comme la texture, l'odeur ou le goût y jettent aussi leur grain de sel.

Grouillante écologie

L'urgence climatique pourrait toutefois venir rebattre les cartes. Dans son communiqué, l'institution s'interroge. «Jusqu'où serions-nous prêts à aller pour changer nos habitudes en choix alimentaires plus durables, pour le bien-être de l'environnement?» Ou encore: «Serions-nous prêts à manger des insectes au petit-déjeuner au lieu de nos céréales préférées?» En d'autres termes, comment dépasser sa nausée pour sauver la planète?

«Je ne sais pas si nous devrons nous résoudre à manger des insectes, mais il y a de bonnes raisons de l'envisager puisque ça consomme moins de ressources (réd: que la viande), commente Jelena Ristic. C'est une question occidentale et minoritaire à l'échelle mondiale. D'autres en mangent depuis la nuit des temps! A mon avis, ça mettra très longtemps avant qu'ils n'entrent dans notre alimentation quotidienne.»

Pour envoyer un témoignage à l'Alimentarium avant juin 2020: thefoodwelovetohate.org

Date:30.01.2020
Parution: 981

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