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L'aristo nu et la rebelle sensuelle

Vevey En 2020, le musée consacre deux rétrospectives à Gérard de Palézieux dès le 7 février et à Marguerite Burnat-Provins dès le 12 juin. Deux artistes veveysans peu connus. Lui était discret, elle détonnait. Portraits posthumes.

Marguerite Burnat-Provins, «Autoportrait (Le Silence)».Genoud Arts Graphiques

Amit Juillard

Destituée, la particule aristocratique. Il se faisait appeler Palézieux, Gérard de Palézieux, enfant de Vevey. L'habit familial du banquier, il délaisse. Pour le dénuement. Et ce choix de le vivre, le dessiner, le peindre, le graver. Pour capter l'essence d'une lumière, d'une sardine, d'un vase, de la vie. Dans des natures mortes, souvent.

Les marteaux tapent sur les clous ce 23 janvier au Musée Jenisch. Le vernissage de «Palézieux 1919-2012» aura lieu le 6 février à 18h30, cent ans après sa naissance. «Il a ses aficionados, mais le grand public ne le connait pas, déplore Fabienne Aellen, responsable communication du Musée Jenisch. Il était discret.»

Vie dans une cabane de vignes

1939, début de la Seconde Guerre mondiale: l'armée suisse l'oublie, l'Académie de Florence l'accepte. En Toscane, il découvre la peinture de Giorgi Morandi, considéré comme son maître. Retour en Helvétie en 1943. Adieu l'Italie fasciste. «Il s'installe alors sur les hauteurs de Sierre, dans une cabane de vignes à Veyras, raconte Fabienne Aellen. Une sorte de cachette. Il va y vivre toute sa vie et peindre les paysages valaisans.» Entre autres.

Il aura dessiné 60 ans durant. Quasi jusqu'à sa mort en 2012. L'exposition s'orne de 200 de ses paysages, portraits et natures mortes. Gravures, dessins, aquarelles. Autre pan de la rétrospective: des gravures de Goya, Degas ou Manet, acquises par le Palézieux collectionneur et fortuné, léguées à la Fondation William Cuendet et Atelier de Saint-Prex et conservées au Jenisch. A voir jusqu'au 10 mai.

«Elle détonne»

Du 12 juin au 27 septembre, autre Veveysanne peu connue mise à l'honneur: Marguerite Burnat-Provins, entre autres peintre symboliste et Art Nouveau, dessinatrice, graphiste, journaliste et écrivaine. Née en 1872 à Arras, dans le nord de la France, elle marque les esprits lors de son passage à Vevey et La Tour-de-Peilz de 1896 à 1907. Elle y vit un mariage malheureux avec Adolphe Burnat, architecte veveysan rencontré à Paris. «Lorsqu'elle arrive, elle détonne, confirme Anne Murray-Robertson, présidente de l'Association des amis de Marguerite Burnat-Provins, jointe par téléphone. Elle n'est pas une docile femme au foyer comme sa belle-famille le voudrait. Elle bouscule le protestantisme ambiant.» Elle fustige notamment la création des quais de la Riviera, défend les berges naturelles. En 1905, elle crée la Ligue pour la Beauté, ancêtre de l'organisation Patrimoine suisse. La même année, elle signe l'affiche de la Fête des Vignerons.

Femme libre et rebelle, elle s'installe en Valais après avoir rencontré Ernest Biéler, de l'Ecole de Savièse. Paul Kalbermatten, ingénieur sédunois, devient son amant, puis son second mari. Pour lui, elle écrit «Le livre pour toi». Scandale. Trop sensuel pour l'époque. Elle le suit aux quatre coins du monde. La fin de sa vie est marquée par des œuvres hallucinatoires, aujourd'hui conservées à la Collection de l'Art Brut à Lausanne. Elle s'éteint à Grasse, dans le sud de la France, en 1952.

«Palézieux, 1919-2012» Du 7 février au 10 mai, Musée Jenisch, en collaboration avec la Fondation William Cuendet et Atelier de Saint-Prex et la Fondation Custodia à Paris.

«Marguerite Burnat-Provins, Cœur sauvage» Du 12 juin au 27 septembre, Musée Jenisch, en association avec le Musée des Beaux-Arts d'Arras et le Musée d'art du Valais à Sion.

Date:30.01.2020
Parution: 981

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