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Un Blonaysan fait pousser des fraises bio à 4'100m

coopération Recruté par l'ONG suisse Comundo, le politologue Jérôme Gyger est à El Alto, ville pauvre attenante à La Paz en Bolivie, depuis le 8 janvier. Son projet pour les trois ans à venir: mettre des «tentes solaires» à disposition de femmes, qui deviennent des agricultrices urbaines. Objectif: leur offrir l'autonomie alimentaire et un nouveau statut social. Echange téléphonique.

Lors de la pénurie alimentaire de fin 2019, en marge de la crise politique, les femmes aymaras ont pu récolter les fruits de leur entreprenariat, raconte Jérôme Gyger.

Amit Juillard

Il a le souffle court, Jérôme Gyger. La liaison téléphonique WhatsApp aussi. Ça saccade. «Ici, il ne faut pas piquer un sprint et se croire plus fort que ce que nous sommes. Mais on nous donne du maté de coca (réd: infusion de feuilles de coca), ça aide.» Depuis le 8 janvier, le politologue blonaysan habite à 3'500 mètres d'altitude. A La Paz, Bolivie.

Pour aller travailler, il avale 600 mètres de dénivelé en télécabine. Se déroule alors un tapis de milliers de cubes bruns, orangés. Emboitées comme des Lego, les maisons sur la colline. «Plus on monte, moins les gens sont aisés. Sur le plateau d'El Alto, ce sont les plus pauvres qui viennent en ville chercher du travail. Environ 80 familles arrivent chaque jour. Aujourd'hui, El Alto, c'est presque un million d'habitants.» Contre 800'000 à La Paz.

Ça change des patates

Avec sa femme colombiano-équatorienne, rencontrée lors de son stage à l'ambassade de Suisse à Quito il y a six ans, et ses deux enfants en bas âge, Jérôme Gyger est parti pour trois ans. Il est «coopérant», employé par Comundo, organisation non gouvernementale suisse active dans le développement (lire encadré). Avec l'association locale FOCAPACI, il met des «tentes solaires» à disposition de femmes aymaras, originaires du lac Titicaca. A l'intérieur, il tombe la veste: il y fait 30 degrés. «Nous formons environ 700 femmes à l'agriculture biologique et urbaine. 250 ont une serre, les autres suivent des ateliers, faute de financement.» Objectif: permettre à ces paysannes des villes de produire suffisamment pour couvrir les besoins de leurs familles. A 4'100 mètres poussent fraises ou tomates. Ça change des patates.

Blocages de routes profitables

Formé à la politique sociale et au développement à l'Université de Lausanne, puis aux relations commerciales dans une grande assurance à Lausanne, cet enfant de Montreux poursuit encore un autre but.

«En cas d'excédent de production, elles pourront vendre leurs fruits et légumes sur les marchés.

Nous sommes aussi en contact avec des groupes de consommateurs que nous sensibilisons à une alimentation plus saine. Nous pourrons les mettre en relations avec nos femmes, créer une demande. Le projet touche environ 6'000 personnes, directement ou indirectement.» Premiers résultats à l'automne 2019. Durant la crise politique et l'élection présidentielle contestée, les blocages de routes et de raffineries profitent aux agricultrices. Parce qu'il y a pénurie. Et subvenir aux besoins de leurs familles leur offre un nouveau statut dans la communauté.

Grâce à leurs courgettes, elles retrouvent une voix. Mais silence!

Ça pousse.

Date:06.02.2020
Parution: 982

Envoyer des gens plutôt que de l'argent

«Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson.» Cette phrase attribuée au philosophe chinois Confucius, Nicolas Bugnon la cite facilement. Pour le directeur du bureau Suisse romande de Comundo, basé à Fribourg, l'adage résume l'action de «son» organisation non gouvernementale (ONG) laïque. «Nous pratiquons la coopération par l'échange de personnes. Nous envoyons un coopérant avec des compétences chez un partenaire local plutôt que d'envoyer de l'argent. C'est beaucoup plus intéressant du point de vue du développement durable: ça permet une autonomisation.» Aujourd'hui, quelque cent «coopérants» sont actifs par le monde. Née en 2013 d'un rapprochement entre plusieurs ONG, Comundo réunit aujourd'hui trois entités: Mission Bethléem Immensee, Inter-Agire et Interteam. Nombre d'employés en Suisse: environ trente-cinq entre Fribourg, Bellinzone et Lucerne.

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