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Où meurt-on le mieux?

À travers son film «Sub Jayega», le réalisateur lucernois Fabian Biasio part sur trois continents, à la recherche du paradis des soins palliatifs. Plusieurs projections sont organisées dans le canton par l'association Palliative Vaud.

Où meurt-on le mieux?

Valérie Passello

«Ce voyage est l'une des expériences les plus éprouvantes de ma vie», confie Fabian Biasio, au sortir de la projection de son film «Sub Jayega» à Vevey, en ce 4 février. «Éprouvant», mais aussi «émouvant», «bouleversant», «poignant», «incroyable». Ce sont les termes qui émanent du public, à l'heure de l'apéro. La salle étant comble, il a fallu refuser du monde. Une projection supplémentaire est d'ores et déjà prévue à Vevey (voir encadré). Les spectateurs sont conquis, mais aussi un peu secoués par ce qu'ils viennent de voir. Et pour cause.

Le périple, très personnel, du jeune réalisateur lucernois, nous ramène tous vers notre rapport à la mort. À celle de nos proches, à la nôtre, à l'obligatoire révérence que n'importe quel vivant, un jour, doit tirer. Mais comment passer ce cap? C'est la question de Fabian Biasio, qui cherche à savoir s'il existe un paradis des soins palliatifs. Un endroit, quelque part dans le monde, où il est possible de mourir dans la sérénité et la dignité. Cette idée lui est venue après le décès de son père. Au début du film, le souvenir de la petite chambre d'hôpital avec vue sur un parking laisse au réalisateur un goût amer. Il estime que les conditions du départ de son père auraient pu être meilleures.

Enquête au cœur de la vie

Très vite, Fabian Biasio s'aperçoit qu'en Suisse, s'occuper d'un patient en fin de vie est synonyme de déficit. Sur ce point, le directeur du Réseau Santé Haut-Léman Vincent Matthys tempère: «Avec l'Hôpital de Rive-Neuve mais aussi l'Hôpital Riviera-Chablais, le canton de Vaud a beaucoup investi ces vingt dernières années pour développer l'offre palliative. Mais il est vrai que si l'on arrive aujourd'hui à financer les médicaments et les prises en charge, on ne parvient toujours pas à financer des veilles.» Au congrès international sur les soins palliatifs, le réalisateur lucernois entend parler de deux paradis potentiels en la matière. Le premier est un hospice australien, le second se trouve en Inde. Il fait donc ses valises pour se rendre compte sur place, par lui-même. Au fil du documentaire, c'est bien la vie que capte la caméra de l'auteur. Même si certains de ses interlocuteurs arrivent à la fin de leur parcours. Ce n'est pas la mort qui occupe la place, mais l'humanité. En Australie, Fabian Biasio découvre l'engagement de la communauté, des familles et de nombreux bénévoles. Une réalité encore plus forte en Inde, où malgré un criant manque de moyens, prendre soin d'autrui est quelque chose de totalement naturel. Son chemin l'amène jusqu'à Varanasi, une ville particulière où certains Indiens choisissent de venir mourir, afin de libérer leur âme d'une réincarnation. C'est là qu'il apprend la signification de «Sub Jayega», «Tout passe», expression qui deviendra le titre de son documentaire.

À chacun son paradis

Pour Fabian Biasio, l'aventure a été un déclic: «Ce n'est pas un film-thérapie, précise-t-il. Il s'agit plutôt d'une quête initiatique où j'ai rencontré des mentors qui m'ont ouvert les yeux. J'ai compris que mon père n'était pas dérangé par la vue sur le parking. Il était entouré de tous ses proches et c'est ce qui comptait pour lui.» La réponse qu'il donne désormais quant à l'existence d'un paradis des soins palliatifs lui a été soufflée par une infirmière-cheffe australienne: «Il n'y a pas de lieu, mais des circonstances, différentes pour chacun d'entre nous.»Changé par cette expérience, le cinéaste se dit moins inquiet d'être confronté à la mort. «Ces gens m'ont fait un énorme cadeau en me laissant les filmer. Si j'étais un homme politique, je soutiendrais les soins palliatifs, car ils sont beaucoup moins chers que des traitements! Mais l'argent irait dans des soins bienveillants et respectueux», conclut-il.

Date:13.02.2020
Parution: 983

Château d'Oex, Vevey: prochaines séances

Dimanche 8 mars, cinéma Eden de Château-d'Œx, 17h

Mardi 17 mars, cinéma Astor Vevey, 20h15

Jeudi 2 avril, cinéma Apollo de Payerne, 18h15

Chaque projection se termine par une table ronde en présence du réalisateur et d'experts en soins palliatifs de la région. Les réservations s'effectuent auprès des salles de cinéma concernées. Infos: www.soins-palliatifs-vaud.ch

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