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Festival d'Aigle:
La BD tient la forme

La troisième édition du festival BD au Château se tiendra les 14 et 15 mars à Aigle. Avec Frank Margerin en invité d'honneur, une trentaine d'auteurs aux styles très variés y sont invités, de manière à satisfaire les passionnés de toutes les catégories d'âge. Communément nommée «9e art» aujourd'hui, cette forme d'expression a longtemps été considérée comme un art mineur. Elle jouirait actuellement d'un regain d'intérêt de la part du public, d'après des chiffres publiés en France. La Ville de Lausanne, elle, par son Centre BD, possède le deuxième plus grand fonds patrimonial d'Europe dédié à la bande dessinée. Si le genre séduit et passionne, pas facile toutefois d'en vivre, aussi bien en tant qu'auteur qu'en tant que libraire spécialisé. Tour d'horizon et témoignages.

Festival d'Aigle La BD tient la forme

Textes et dessins: Valérie Passello

Tout comme Obélix dans la potion magique, Jean-Marc Crousaz est tombé dans la marmite de la bande dessinée lorsqu'il était petit. Responsable de l'organisation du festival BD au Château d'Aigle (voir encadré), il considère: «Si nous arrivons à inciter les enfants à lâcher leurs téléphones ou leurs tablettes, c'est gagné. L'un de nos objectifs est de les amener à la lecture à travers la BD.» Dans ce but et depuis la première édition en 2018, des ateliers sont organisés le vendredi avec les élèves des écoles aiglonnes et des environs. Des auteurs viennent y parler de leur travail et partager leur expérience.

Mais il n'y a pas d'âge pour consommer de la bande dessinée, enchaîne le chargé de communication Cyril Zoller: «L'an dernier, nous avions une programmation très axée sur la jeunesse. Pour 2020, nous avons cherché à la rendre plus accessible à tous les âges.» La présence de Frank Margerin, dont les albums sont très prisés par les motards et les rockers, n'est donc pas due au hasard.

«Notre souhait est de diffuser le festival le plus largement possible, poursuit Cyril Zoller. Nous espérons d'ailleurs développer un partenariat avec une marque de motos afin de créer un événement durant le week-end.» Le festival rayonnera aussi autour du Château d'Aigle, puisque l'expo consacrée à Dany sera proposée au Caveau du Cloître et celle dédiée à Bertschy au cœur de la cave Emery.

M'enfin! Ça va plutôt bien

Gratuit et porté par un comité bénévole, le festival chablaisien a attiré entre 1'600 et 1'700 curieux lors de ses deux premières éditions. Plus de 2'000 sont espérés cette année. «Je suis convaincu qu'il y a un énorme potentiel pour un événement autour de la BD dans notre région», commente Cyril Zoller. D'autant que, selon des chiffres révélés par le Syndicat de la librairie française et l'Observatoire de la librairie, le genre a repris des couleurs. En France, la bande dessinée aurait généré un chiffre d'affaires de 555 mios d'Euros en 2019, soit entre 14% et 16% des ventes globales des librairies indépendantes. L'engouement pour le manga n'y est pas étranger, mais les albums jeunesse figurent en bonne place au classement.

BD au Château reste encore modeste par rapport à son grand frère lausannois BDFIL, qui a enregistré ces dernières années une moyenne de près de 30'000 entrées sur cinq jours de manifestation. Mais qu'est-ce qui fait la particularité de ce mode d'expression, souvent addictif pour les aficionados? Le directeur artistique de BDFIL Dominique Radrizzani, analyse: «La bande dessinée est une forme artistique hybride, qui mêle images et textes. C'est à la fois un art et un langage permettant aux lecteurs, très souvent, d'entrer dans un monde à part entière.»

À l'instar de son homologue du Chablais, il y voit une possibilité de donner le goût de la lecture aux enfants. «On trouve dans la BD une énorme diversité, reprend Dominique Radrizzani. En Suisse, il y a des records de vente, comme les Titeuf de Zep, par exemple. Il existe également des œuvres un peu plus difficiles d'accès, mais aussi des histoires divertissantes, des albums érotiques ou des polars. Tous les genres littéraires s'y retrouvent. Aujourd'hui, c'est une forme d'art reconnue qui souffre de moins en moins de préjugés, on n'en est plus là.» En bonne santé financière, le festival BDFIL vivra sa 16e édition du 17 au 21 septembre 2020.

Une branche à valoriser

Les excellents chiffres avancés par les libraires français ne sont toutefois pas sans interpeller Arnaud Derib, fils du dessinateur de Yakari et cofondateur en 2015 de la librairie spécialisée Le Carré d'As à Montreux. «Pour moi, ces résultats sont un mystère absolu, lâche-t-il. J'aimerais bien savoir sur quoi ils se basent. Car en tant que libraire et éditeur, je ne connais aucun auteur qui ne soit pas confronté à une chute vertigineuse des ventes.» Il entrevoit peut-être une explication en regard de la pléthore d'offres sur le marché actuel.

Sous le coup de l'arrivée d'un grand distributeur à Montreux, sa boutique est d'ailleurs en pleine mutation, poursuit Arnaud Derib: «La librairie va fermer ses portes à la fin avril. Nous préparons une belle exposition pour clore ce chapitre, aux environs de la mi-mars. Mais cela ne représente que 20% de tout ce que nous faisons. Nous continuerons à proposer des expos et poursuivrons nos activités d'édition et de valorisation des arts graphiques.» Le Carré d'As sera également toujours présent sur des événements ponctuels, comme le festival BD au Château. «Cette manifestation promeut un art familial, un support qui fait à la fois réfléchir et rêver à travers le dessin. Pour moi, la BD reste l'enfant pauvre de l'art, il est indispensable de la valoriser et de soutenir ses auteurs, qui ne reçoivent pas de subventions», affirme l'éditeur.

Auteure de BD et membre du comité de la Swiss Comics Artists Association (SCAA), Léandre Ackermann confirme: «À part à Genève pour l'instant, il n'y a pas de bourse ou de prix dédié spécifiquement à la BD en Suisse romande. L'ambition de la SCAA est que cet art soit mieux reconnu dans notre pays. Nous souhaitons aussi donner aux auteurs des outils leur permettant d'avoir plus facilement accès à des aides.» L'artiste sera présente à Aigle avec le collectif La Bûche, un fanzine qui met en lien les dessinatrices romandes. Elle reconnaît: «Pour un auteur suisse de bandes dessinées, il est extrêmement difficile d'en vivre. Beaucoup d'entre nous dépendent de maisons d'édition basées en France ou en Belgique, dont les paiements sont très en-dessous du niveau de vie en Suisse.» Un fait qui révolte Arnaud Derib: «Sans auteurs, il n'y aurait pas de BD! Leur travail mérite d'être reconnu.»

Je dirais même plus, c'est du patrimoine

Si la vision de la BD a tout de même évolué au fil du temps, elle était encore considérée comme étant un «mauvais genre» dans les années 1970. C'est à cette période que le bibliothécaire de la Ville de Lausanne alors en place, Pierre Yves Lador, se met à collectionner tout ce qui y a trait. La collection s'agrandit peu à peu pour devenir, dès le début des années 2010, un sous-service à part entière des Bibliothèques et Archives de la Ville. Le Centre BD est riche aujourd'hui de plus de 250'000 documents liés au 9e art. Collaborateur du Centre, Boris Bruckler dévoile quelques-uns des trésors conservés à Lausanne: «Nous avons tous les exemplaires du périodique Punch parus durant plusieurs décennies, dans une qualité sublime. Le fonds contient aussi des Newspaper comics, comme Little Nemo, certaines des premières pages de Pim Pam Poum ou de Popeye, ou encore les collections quasi complètes de journaux comme Tintin, Spirou, Pilote ou Fluide Glacial», énumère-t-il.

Le Centre BD de Lausanne collabore d'ailleurs avec BDFIL pour l'élaboration d'expositions. Si le thème de la prochaine édition ne peut encore être dévoilé officiellement, les idées ne manquent pas pour les années à venir, reprend Boris Bruckler: «Nous pourrions imaginer une histoire du manga dans l'espace francophone ou une rétrospective de périodiques BD des années 1930 à 1950 s'adressant spécifiquement aux jeunes filles, par exemple.»

Les documents du Centre BD donnent régulièrement naissance à des publications du Groupe romand d'études sur la bande dessinée, composé d'enseignants de la Faculté des lettres de l'Université de Lausanne. À ce jour, le plus gros ouvrage édité sur la base du fonds s'intitule «Case, strip, action!». Ce travail universitaire collectif vise à faire connaître une production foisonnante et emblématique de la culture populaire de la période 1946-1959, sous un angle historique, littéraire et pluridisciplinaire.

www.bdauchateau.ch ; www.bdfil.ch ; www.le-carredas.ch ; www.bd-scaa.ch

Date:20.02.2020
Parution: 984

Une brochette de stars à Aigle

Pour sa troisième édition, le festival international BD au Château accueille de vraies pointures de la bande dessinée. La liste est loin d'être exhaustive sur la trentaine d'auteurs invités, mais voici quelques grands noms présents du 14 au 15 mars:

Bob de Groot

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C'est de l'imagination foisonnante de ce scénariste qu'est né Léonard le génie, l'un des héros incontournables de la BD belge, dont les aventures comptent 50 albums à ce jour. D'abord dessinateur et scénariste, il privilégie rapidement l'écriture et confie le dessin à d'autres. Avec son compère Turk, dessinateur de Léonard, il réalise également les séries Clifton et Robin Dubois. On lui doit également le scénario de trois albums de Lucky Luke..

Cosey

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L'auteur de «Jonathan» est l'un des Suisses de l'étape. Ce voyageur passionné du Tibet fait ses premières gammes dans les années 1970 aux côtés de Derib, qui sera également présent à Aigle. Mais Cosey prend rapidement son envol avec son propre héros, qui lui vaudra plusieurs récompenses, dont, en 1982, le prix du meilleur album au festival d'Angoulême, référence absolue des bédéphiles. Ce même festival lui décerne son Grand Prix en 2017. Sensible et introspective, son œuvre unique fascine et séduit, tant le grand public que les spécialistes.

Dany

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Poétique, drôle et onirique, l'univers de Dany est reconnaissable entre mille. On lui doit par exemple les aventures d'Olivier Rameau, scénarisées par Greg. La série, qui se déroule au pays de «Rêverose», interdit aux gens ennuyeux, cartonne dans les années 1970-1980. Mais il collabore aussi avec d'autres scénaristes pour des albums totalement différents, comme «Histoire sans héros», avec Jean Van Hamme. En 1990, il lance «Ca vous intéresse?», une série de blagues coquines.

Frank Margerin

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Invité vedette du festival, c'est lui qui signe l'affiche de la cuvée 2020 de l'événement. Lucien, son héros rockeur à la banane inoxydable a marqué les années 80. L'auteur est aussi connu pour le personnage de Manu. Cet ado, également rockeur, a été créé d'abord dans le cadre d'une série d'animation, avant de voir ses aventures sortir en albums. Frank Margerin est aussi bien connu dans le monde des motards, grâce à la série «Je veux une Harley».

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