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«Je veux me convaincre qu'il y a toujours de l'espoir»

L'artiste française Magdalena Lamri présente ses peintures et dessins au Théâtre du Crochetan jusqu'au 9 avril. Sous le titre «Avant moi, le déluge», l'exposition aborde des thèmes comme l'avenir de la planète, la transmission, l'enfance et la précarité de l'homme. Interview.

«Je veux me convaincre qu'il y a toujours de l'espoir»

Entretien: Valérie Passello

Une Greta Thunberg couronnée de fleurs, en écho au parcours engagé de Frida Khalo, jette un regard fixe et lourd de sens sur le spectateur. Derrière la jeune Suédoise, une ombre indéfinissable. C'est l'œuvre choisie pour l'affiche de l'exposition de Magdalena Lamri au Crochetan. Teintés de pessimisme, ses dessins et peintures interpellent. Sur l'état de notre monde. Sur ce que nous voulons laisser aux suivants. Sur l'espoir porté par les enfants d'aujourd'hui, mais aussi par ceux qui sommeillent encore quelque part en nous. Née en 1985, l'artiste ne cherche pas à juger ce qui a été fait dans le passé. Mais à questionner, à travers un mode de création instinctif et sensible, sur le présent et l'avenir.


Avec l'actuelle prise de conscience de l'urgence climatique, une nouvelle forme de détresse est apparue, baptisée «solastalgie» ou «éco-anxiété». Diriez-vous que vous en souffrez?

Cela dépend des jours, mais il est vrai que la question climatique peut avoir des incidences sur mon moral et sur ma manière de travailler. Depuis toute petite, j'ai toujours été proche de la nature, mais sans forcément en avoir conscience. Lorsque je suis devenue maman, c'est-à-dire il y a huit ans maintenant, je me suis mise à réfléchir de manière plus consciente, à me renseigner, à me documenter sur le sujet.

Vos œuvres sont plutôt pessimistes, est-ce qu'aujourd'hui, les artistes doivent tirer la sonnette d'alarme, selon vous?

C'est assez sombre, en effet. Mon travail est nourri par mes lectures, par mes rêves et mes cauchemars, ainsi que par la musique du moment. En préparant cette exposition, j'ai par exemple beaucoup écouté Agnes Obel, des chansons plutôt mélancoliques, qui percent l'intimité d'un atelier. Je crois que c'est le rôle de l'artiste, mais aussi un devoir de citoyen et même d'humain, que d'alerter et de questionner. Je ne suis pas une artiste militante, je ne pense pas avoir de leçon à donner. Mais je donne à voir mes questionnements à un public qui a souvent les mêmes préoccupations, ou qui va être amené à y réfléchir. C'est un cheminement vers la discussion et le débat.

Vous dites volontiers que votre fille Lou est votre muse. Qu'est-ce qui a fondamentalement changé dans votre processus créatif depuis sa venue au monde?

Devenir parent entraîne des tas de chamboulements, tant psychologiques que pratiques. J'ai commencé à me poser des questions sur mon rôle de mère, sur mes propres parents, sur mon rapport à la transmission, à la vie et à la mort. De plus, lorsque l'on a un enfant à la maison, on ne peut plus travailler de la même manière. Les choses se sont mises en place naturellement et les thèmes et problématiques que j'explore dans mon travail se sont adaptés aux questions que je me posais.

«Avant moi, le déluge», le titre de l'exposition suggère que le passé pèse lourdement sur la situation que nous vivons aujourd'hui...

Chaque génération a sa propre responsabilité, y compris la mienne. Le but n'est pas de juger nos prédécesseurs. Il ne faut pas renier ce qui s'est produit, on peut soit s'en inspirer, soit s'en détacher. Le passé pèse fort sur nos sociétés contemporaines. Nous avons un devoir de mémoire par rapport à l'histoire de l'homme, mais aussi à celle de la planète. Ne rien oublier permet d'éviter de commettre les mêmes erreurs.

Certains de vos tableaux laissent tout de même entrevoir une lueur d'espoir. Y en a-t-il vraiment une?

Oui, heureusement! Je veux me convaincre qu'il y a toujours de l'espoir. Y croire encore est très important, il faut garder ça en tête pour pouvoir rester dans l'action. Ce que j'aime au contact des enfants et, en l'occurrence, de ma fille, c'est leur accès direct à l'imaginaire et leur capacité à voir la beauté du quotidien. Je crois d'ailleurs que nous pouvons tous retrouver l'enfant qui est en chacun de nous.

Date:20.02.2020
Parution: 984

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