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Tous en Chœur:
Une 10e édition à guichets fermés

Les 200 choristes de Tous en Chœur remontent sur la scène de l'Auditorium Stravinsky les 20, 21 et 22 mars. Accompagnés d'Aliose, Isabelle Boulay, Patrick Fiori et Michael Jones, ils donneront vie aux chansons de Jean-Jacques Goldman. Cette dixième édition se jouera à guichets fermés devant près de 5'000 spectateurs. Une fascination intacte auprès du public grâce à une recette parfaite mêlant amitiés, passion, rires et nostalgie dans une ambiance chaleureuse et familiale. Reportage en pleine répétition, dans les coulisses du plus grand événement de chant choral de la région.

Tous en Chœur: Une 10e édition à guichets fermés

Textes et photos: Daniella Gorbunova

Au fond du couloir, des bribes de musique parviennent à l'oreille. Il suffit de suivre la polyphonie pour découvrir, en ce week end de répétition à l'Aula du gymnase de Burier, des dizaines de choristes venus de toute la Suisse romande. Âges, genres et horizons divers, un seul point commun les rassemble ici: Jean-Jacques Goldman. Dans la salle, toutes les personnalités, si hétéroclites soient-elles, semblent se confondre pour ne devenir plus qu'une seule grande voix. À quelques semaines de la dixième édition de Tous en Chœur, le renommé chef de chorale Jacky Locks mène ses chanteurs à la baguette. Entre les notes du piano et le son des ténors et des altos, ses interventions ne manquent pas d'humour: «Pour ce passage, imaginez un serpent qui rencontre un dauphin. C'est très lent et très vif.» L'ambiance est d'une familiarité surprenante. Avec une première représentation le 20 mars, à l'auditorium Stravinski, le jour J approche. Les 1'650 places par soir étant déjà vendues, la salle affiche complet, avec près de 5'000 spectateurs pour trois soirs. De quoi mettre la pression. Mais le chef de chorale a confiance en ses disciples et réaffirme son plaisir d'année en année: «Ce qui me lie à ce projet, c'est en premier lieu l'amitié profonde que j'ai construite avec l'équipe de Tous en Chœur, notamment avec Pierre Smets (réd: l'actuel administrateur de la Saison culturelle, qui est à l'origine de cet événement, lire son interview ci-contre). Nous nous sommes tout de suite compris musicalement et humainement. Puis, en Suisse, je me sens comme à la maison. J'ai toujours été très bien accueilli. Ça bosse dur aussi, les choristes sont disciplinés. Et je peux vraiment m'éclater au niveau de l'écriture, confie Jacky Locks entre deux répétitions. Chaque édition est une nouvelle aventure, un nouvel univers. Il n'y a pas de place pour l'ennui ou la lassitude.»

Amateurs professionnels

Tous en Chœur, c'est un chanteur à l'honneur par année, mais aussi et surtout plus de 200 choristes assidus. «Je travaille souvent avec des amateurs comme avec des pros, affirme Jacky Locks. Des amateurs comme les choristes de Tous en Chœur ont cette passion un peu naïve. Ils s'enflamment très vite, car monter sur scène ne fait pas partie de leur quotidien. Au final, on lit dans les yeux cette gratitude d'avoir pu participer à un tel projet. J'aime beaucoup voir cette naïveté, mais aussi le mélange des générations.» Si les chœurs scolaires sont nombreux, les adultes et les retraités ont largement leur place. Certains viennent d'arriver, d'autres ont grandi avec l'événement: «Beaucoup de nos choristes sont là depuis le début et ont donc acquis beaucoup d'expérience, confirme le chef de chœur. Le mélange entre les anciens et la fraîcheur des nouveaux est étonnant et très harmonieux.» Kirsten Roch, choriste ténor, a rejoint le clan il y a cinq ans, et n'est pas près d'abandonner l'aventure: «Tous en Chœur est une grande famille. Nous répétons chacun de notre côté dans des chœurs différents. Puis, lors de la période de préparation, nous chantons ensemble une fois par mois, durant tout un week-end. Nous sommes tous des passionnés et généralement ce sont toujours les mêmes qui reviennent d'année en année.» Ce qui la retient, c'est également les précieux enseignements du maître de chorale réputé: «Notre directeur de chœur est comme un gros pôle d'attraction. Je pense que c'est lui la vraie star du projet. Il écrit tous les arrangements, y compris ceux des artistes eux-mêmes parfois. Jacky Locks nous motive énormément. À la fin d'un week-end de chant avec lui, vous connaissez la chanson sans vraiment savoir comment cela s'est produit. Je pense que c'est le résultat du mariage entre le sérieux, le strict et l'humour, la convivialité.»

Goldman l'inoubliable

Fidèle à sa volonté de discrétion, Jean-Jacques Goldman ne sera pas de la partie. Mais il vivra à travers les voix des choristes et des artistes présents, dont Michael Jones, qui se confie sur sa relation avec l'illustre chansonnier: «Jean-Jacques et moi avons travaillé ensemble pendant 35 ans. Nous avons partagé la scène pendant tellement longtemps que c'était comme travailler avec un frère. Ce qui m'émeut le plus chez lui, c'est la réaction de son public. C'est merveilleux de pouvoir monter sur scène devant des gens aussi positifs et enthousiastes.» Star immense de la chanson française, «Goldman est beaucoup plus rock que la plupart des artistes du même milieu, Francis Cabrel mis à part», ajoute Michael Jones, qui ne rencontrera les choristes que quelques jours avant la première représentation. Mais la passion pour l'art choral l'a déjà pris aux tripes: «Je connais Jacky Locks depuis l'époque où nous avons chanté «Souviens-toi» avec Jean-Jacques et mille choristes. Depuis, je suis toujours ravi de participer à ses projets.» Chanteurs d'un jour ou d'une vie, chez Tous en Chœur il n'y a pas de hiérarchie. Pour Michael Jones, l'art vocal est avant tout une affaire de cœur: «Dans la musique, il n'y a pas d'amateurs. La seule différence entre un amateur et un professionnel est la rémunération. Ce qui compte réellement, c'est la passion. Et les choristes sont des gens extrêmement passionnés. Ce qu'ils n'ont pas au niveau de la technique musicale, ils le remplacent par le travail, le cœur à l'ouvrage.»

Date:27.02.2020
Parution: 985

«J'ai toujours été passionné par la rencontre humaine»

journaliste de formation, administrateur de la Saison culturelle de Montreux, fondateur et cheville ouvrière bénévole de Tous en Chœur, Pierre Smets confie ses motivations, ses anecdotes et ses difficultés.

Tous en Chœur est né il y a dix ans maintenant. Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette aventure?

Il y a un peu plus de dix ans, à la fin de la représentation d'I Muvrini accompagnés de choristes lorrains et de Jacky Locks, au Stravinski de Montreux, j'ai compris que l'art choral est une aventure bien au-delà de la musique. C'est une aventure humaine. J'ai été touché par les compliments des artistes envers les choristes, par l'humanité qui se dégageait de ce genre de projets, par les larmes d'émotion qui coulaient. C'est ce «vivre ensemble», qui commence dès la première répétition et va jusqu'au dernier concert, qui me touche tout particulièrement. Sans pouvoir le formuler clairement, j'ai toujours été passionné par la rencontre humaine. Ainsi que par la découverte d'un univers, des motivations profondes des autres.

Quel est le plus grand défi auquel vous avez dû faire face ces dix dernières années?

Cette année, le challenge est de monter un spectacle avec les chansons d'un artiste qui ne sera pas présent et ce pour la première fois de l'histoire de Tous en Chœur. Nous nous sommes demandé si le public allait accepter et comprendre cette absence. Et il s'est avéré que oui. Car les gens qui connaissent Jean-Jacques Goldman le savent; il a affirmé il y a un moment déjà qu'il ne remonterait plus sur scène. Dès le début, nous avons été très explicites quant à cela. De plus, les chansons ont dépassé l'homme – et c'est certainement ce qu'il désirait pour la fin de sa carrière. Ce que les gens aiment, ce sont les chansons de Goldman, qui continuent à avoir beaucoup de succès. L'autre gros challenge, dans l'histoire de Tous en Chœur, était le fait d'avoir deux jours devant nous pour accuser le coup, la mort dans l'âme, du renoncement de Maurane. Nous tenions à la fois à la rassurer elle, car évidemment nous ne lui en voulions pas, et à trouver quelqu'un pour la remplacer. Heureusement, le chanteur d'I Muvrini était au rendez-vous.

Quel serait votre rêve le plus fou pour une édition à venir?

Je pourrais citer des noms d'artistes, mais il y en aurait trop et ce n'est pas réellement cela qui est le plus important pour Tous en Chœur. Le but n'est pas de «faire de l'effet». Ce que je recherche avant tout, c'est l'édition parfaite, où les choristes et le public sortiraient de la dernière représentation en me disant que c'était la meilleure de toutes. C'est d'ailleurs ce que j'espère chaque année, à la fin de chaque édition. Nous chercherons toujours à faire mieux que la fois précédente.

Avez-vous une anecdote croustillante à partager?

Une des années les plus intenses, sur la longueur, était celle avec Luc Plamondon. Car ce dernier tenait à s'impliquer personnellement dans tous les secteurs de la préparation du spectacle, le choix des chansons compris. Il y a eu des engueulades mémorables – il voulait telle chanson, nous en voulions une autre... Je me souviens surtout d'un repas dans un restaurant, où tout d'un coup il fut pris d'une colère intense. Cela n'a duré que trente secondes, et puis c'était comme si rien ne s'était passé. C'est une personnalité très forte, mais avec un vrai sens du spectacle – il est tout de même l'homme à l'origine de mises en scènes telles que Starmania ou Notre-Dame-de-Paris.

Des centaines de bénévoles

Créé en 2008 et passé au rythme annuel en 2013, Tous en Chœur s'est donné deux missions: encourager la pratique de l'art choral dans la région, mais aussi mobiliser la jeunesse autour d'un défi qui nécessite curiosité, écoute, partage et motivation. Chaque année, un artiste différent est à l'honneur, souvent présent lors des représentations. Fidèle à sa volonté de discrétion, Jean-Jacques Goldman ne sera cependant pas de la partie. Aliose, Patrick Fiori, Isabelle Boulay et Michael Jones rendront hommage à son œuvre et donneront la réplique musicale aux quelque 200 choristes retenus à la suite d'une sélection. Tous en Chœur, ce sont aussi des centaines de bénévoles et un budget total de 600'000 frs pour trois représentations. Avec une salle déjà complète pour les trois soirs, l'événement culturel semble avoir réussi son pari; l'art choral, loin d'être un vestige du passé, fleurit encore à travers toutes les générations.

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