Télécharger
l’édition n°985
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Les maîtres moqueurs se remettent en question

La section vaudoise de la société estudiantine Zofingue fête son bicentenaire sous le signe de la satire. Lors de leur revue du 4 avril, 36 chanteurs et comédiens décortiqueront l'actualité de ces derniers mois à l'Opéra de Lausanne: Fête des Vignerons, coronavirus et actions pour le climat. Avant-goût avec le président du comité d'organisation, qui répond aux critiques récurrentes contre son association: sexisme, bizutages ou orientation politique.

Les maîtres moqueurs se remettent en question

Xavier Crépon

«Après plusieurs mois de préparation, la mayonnaise commence à prendre.» Assistant régulièrement aux répétitions hebdomadaires de la théâtrale, Claude-Alain Mayor se réjouit de relever un défi de taille pour le bicentenaire: accueillir et divertir un millier de personnes dans l'écrin de l'Opéra de Lausanne. «Nous sommes confiants car la satire fait toujours recette auprès de notre public, se réjouit le président du comité d'organisation. Depuis l'ouverture de la billetterie début février, nous avons déjà vendu la moitié des places.» Pour ce jubilé, les Zofingiens vaudois parcourront les «quatre coins du canton», fil rouge de cette revue. Son programme sera riche d'une quinzaine de chansons entrecoupées de petits sketches.

De Vevey à Pékin

«Nous allons reprendre certaines de nos réussites qui n'ont pas pris une ride tout en y ajoutant des chansons plus actuelles.» Que ce soit au niveau local avec la Fête des Vignerons, ou au niveau planétaire avec le réchauffement climatique ou le coronavirus, les thèmes ne manqueront pas. «Pour la Fevi, bien que la Fête ait été magique, nous ne pouvions pas passer à côté de ses problèmes financiers.» Une cible toute trouvée pour les Zofingiens vaudois, tout comme le juge Philippe Colelough qui a acquitté les activistes du climat jouant au tennis dans une grande banque à Lausanne. «Il a voulu se montrer dans l'air du temps avec cette décision contestée. Comme il est l'un des nôtres, impossible de le louper, plaisante Claude-Alain Mayor. Idem pour Xi Jinping qui s'est démarqué par son traitement catastrophique de la crise sanitaire du coronavirus.»

Zofingue sur le grill

Maîtres de la critique moqueuse et provocatrice, les Zofingiens ne sont pas exempts de tout reproche. Connivence avec les libéraux-radicaux, nostalgie d'un temps désuet, sexisme, bizutages déplacés: les polémiques sont nombreuses. «Ces préjugés ont la dent dure, déplore Claude-Alain Mayor. Certes, nous ne sommes pas parfaits, mais il ne faut pas peindre le diable sur la muraille.» Au niveau politique, bien que leurs membres soient plutôt de centre-droite, cela ne les empêche pas de tirer à boulets rouges sur des personnalités proches de leurs idées. «Nous critiquons même plus souvent le PLR, mais les autres partis en prennent aussi pour leur grade. Quant à nos adhérents, nous ne sommes pas exclusifs, défend le président. Plusieurs individualités sont aussi marquées à gauche.» Pour le côté archaïque de l'association, le président reconnait que les Zofingens ne se fondent pas toujours dans le paysage actuel. «Il est vrai que nous jouons beaucoup sur la symbolique avec le port de notre casquette ou du ruban qui font très 19e siècle, mais ils nous relient et font partie de notre histoire. Dans une société en perte de repères, pouvoir s'accrocher à une communauté qui a plus de 200 ans est un privilège.»

Pas de violence

Concernant les bizutages, la violence physique et autres sévices corporels ne trouvent pas leur place au sein de Zofingue, souligne Claude-Alain Mayor. «Tout au plus on m'avait couvert de plumes à l'époque, mais désormais ce sont juste des entretiens à titre privé qui poussent un peu les adhérents dans leur retranchement au niveau intellectuel afin de tester leur vocation.»

Dernier reproche, les statuts de l'association qui ne permettent qu'aux hommes d'être membres. Devant faire face au recours de l'Université de Lausanne qui ne souhaitait plus reconnaître l'association comme universitaire il y a quelques années, Zofingue avait gagné son combat devant le Tribunal fédéral. Pas encore actuelle, une ouverture aux femmes pourrait être envisageable à l'avenir. «Le problème n'est pas dogmatique. C'est plutôt un principe de confort avec un argument avancé d'entre-soi. Mais je reconnais qu'il y a un écart entre l'esprit fondateur de l'époque lors de laquelle il y avait uniquement des hommes à l'université et notre ère contemporaine. Le changement n'est pas à l'ordre du jour dans l'immédiat car les statuts sont nationaux, mais nous ne serons probablement pas fermés à la gent féminine ad vitam aeternam.»

Théâtrale de Zofingue - 4 avril, 20h, Opéra de Lausanne suivi du Bal au Beau-Rivage Palace. Plus d'infos et réservations sur : theatrale.zofingue-vaud.ch

Date:27.02.2020
Parution: 985

Sous la loupe de Claude-Alain Mayor: les origines de Zofingue

«Le berceau de ces sociétés estudiantines vient d’Allemagne. Le sentiment de patriotisme s’est exacerbé lors de l’occupation napoléonienne en 1813. Les étudiants allemands déploraient les vols des ressources et le viol des femmes par cette puissance étrangère. Conséquence d’un manque de cohésion nationale, ils défendaient l’idée de rassemblement pour devenir plus fort face à l’ennemi. En Suisse, le phénomène était le même, mais de manière moins marquée. Peu après le congrès de Vienne et la défaite de l’empereur, les cantons helvétiques ont voulu reprendre leur pouvoir en rétablissant les idéaux de l’ancien régime qui n’ont pas plus aux universitaires. La jeunesse voulait faire progresser le pays. Fondée en 1819, Zofingue a réussi son pari en moins de trente ans: Créer un Etat fédéral plutôt qu’une confédération d’Etats.»

Une société qui ne rigole plus

Autrefois connus pour leurs canulars mémorables, les Zofingiens sont de moins en présents dans l’espace public. «À l’époque, notre objectif était de nous faire connaître et de souder nos membres par ces actions collectives spectaculaires qui demandaient beaucoup de courage, explique Claude-Alain Mayor. Flirtant parfois avec les limites, nos farces se démarquaient par leur côté décalé et absurde.» Les étudiants ont en effet fait les quatre-cents coups à Lausanne: remplacement de mannequins par de vrais humains dans les baies vitrées de Saint-François, déversement de fumier devant un tea-room réputé ou encore collecte de signatures pour une initiative rabaissant le Cervin afin d’admirer le Mont Rose. «Malheureusement cette période est révolue, déplore le Vieux-Zofingien. La perturbation de la voie publique est très mal vue de nos jours et la police arrive rapidement sur dénonciation. On ne prend plus le temps de vivre et de rigoler dans une société de plus en plus normative.»

Les grands Zofingiens

• Le Général Guisan

• Charles-Ferdinand Ramuz

• Jean Ziegler

• Ferdinand Hodler

• Carl Gustav Jung

• Philippe Leuba

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio