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Des superbus à la traîne dans l'Est-lausannois

Quatre lettres sous lesquelles se cache la mobilité de demain pour l'agglomération lausannoise. Devisés à 184 millions, les bus à haut niveau de service sont, aux côtés du tram et du métro, une des pièces maitresses du développement des axes forts de transports publics urbains prévus par le Canton à l'horizon 2030. Parmi les trois lignes prévues, le tracé Est-Ouest, reliant Lutry à Bussigny, prend du retard. D'abord en raison des oppositions, encore à traiter, plus d'une centaine pour les seules Lutry, Paudex et Pully. Mais aussi en raison de son financement, 30,5 mios à Lutry, 8,5 mios à Paudex et 28,5 mios estimés à Pully. Si Lutry est confortable, Paudex tire la sonnette d'alarme et Pully craint cet investissement sur le long terme. Qu'adviendrait-il de cette ligne si une commune refusait de payer? Les BHNS pourront être mis en service par étape, rassure le Canton. Enquête.

Des superbus à la traîne dans l'Est-lausannois

Textes: Xavier Crépon

Sur le papier, les BHNS font rêver. Plus rapides, plus confortables, plus grands, ils doivent offrir aux utilisateurs une qualité de service améliorée. Le concept: éviter les bouchons grâce à des aménagements urbains qui garantiraient leur circulation fluide. Priorité sur les autres moyens de transports, franchissement des giratoires par le centre et voie réservée sur une partie de la ligne doivent assurer leur régularité. Mais pour cela, leurs tracés doivent d'abord être aménagés. Vieillissante, la route qui passe par Lutry, Paudex et Pully devait de toute façon être rénovée, mais avec l'intégration de ces BHNS, les travaux prennent une tout autre dimension. À certains endroits comme à Paudex, le tronçon qui doit être élargi rogne les parcelles de privés et implique des pertes de places de parc. À Pully, une voie réservée à la montée sera aussi créée jusqu'à la Damataire et les règles de circulation de ce carrefour devront être redéfinies. Lutry prévoit quant à elle de détruire son Grand-Pont au profit d'un giratoire flambant neuf. Des modifications conséquentes qui ont suscité plus de cent oppositions (voir encadré) et qui impliquent un financement qui effraie deux de ces communes.

Paudex: jeu risqué

Etranglée par la facture sociale ainsi que par la péréquation intercommunale, Paudex ne voit pas comment elle pourrait supporter le financement supplémentaire généré par les BHNS. «Sans aide ou allègement, nous nous verrons dans l'incapacité de financer ce chantier, alerte son syndic Farhad Kehtari. Nous pouvons encore faire quelques travaux d'urgence, mais nous ne pouvons pas nous permettre d'ajouter encore huit mios de frs à notre dette. Notre marge d'autofinancement est négative, le plafond d'endettement est bientôt atteint, et toutes nos réserves ont été épuisées.» Pour ce projet BHNS, Paudex doit créer une voie supplémentaire à la montée en direction de Lausanne sur un peu plus de 500 mètres. Coût de l'opération pour cet élargissement ainsi que pour les emprises, quatre millions. «À cela s'ajoutent quatre millions et demi pour le réaménagement de la route. Canalisations, électricité, bitume, tout est en bout de course, explique l'édile qui souhaiterait davantage de soutien financier de la part du Canton. Changer notre participation à la facture sociale pourrait nous donner de l'air. S'il la reprend à sa charge, ces travaux pourraient être réalisés.» Pourtant, fin 2018, Paudex n'était pas endettée, mais disposait au contraire d'une fortune par habitant de 2'264 frs, selon le comparatif annuel du Régional. «Emprunter dans la situation fiancière actuelle n'est pas une option car cela conduirait à un endettement très risqué pour la Commune, rétorque Farhad Kehtari. Comment rembourser si notre marge d'autofinancement devient de plus en plus négative au fil des ans? Le déficit cumulé pour 2017 et 2018 s'élève à 2,1 mios de frs. Les comptes 2019 ne sont pas encore bouclés, mais nous nous attendons aussi à un résultat négatif important sachant que le budget prévoyait déjà un déficit de 2,8 mios de frs. Nous avons déjà augmenté nos impôts (réd: de 6,5 points) et nous ne pouvons plus prendre cette direction.»

Pully: dur à long terme

Pour ce premier tronçon à l'étude, Pully est moins concernée que ses voisines. «Les principaux aménagements que nous devons réaliser incluent une centaine de mètres au carrefour de la Damataire, rappelle le municipal des travaux Marc Zolliker. Le gros du chantier nous concernera plus tard, entre la Damataire et la Perraudettaz, mais pour l'instant nous devons investir 3,5 mios de frs.» Au programme: élargissement de la route à la montée pour cette voie de bus réservée, regroupement des arrêts à l'est du carrefour, création de passages piétons en surface et suppression d'une sortie d'une allée sous-voie. La régulation de la circulation sera également modifiée. «Pour que ce carrefour fonctionne de manière optimale, les véhicules qui sortiront des Anciens-Moulins auront l'obligation de tourner à droite en direction de Lausanne.» Mais Pully devrait encore investir environ 25 mios de frs pour son second tronçon, alors qu'elle se serre déjà la ceinture depuis 2019 en limitant ses charges maîtrisables. «Nous pouvons emprunter pour ce type d'investissement, mais à long terme ce ne sera pas tenable, avertit Marc Zolliker. Nous budgétisons une marge d'autofinancement négative de cinq mios de frs pour 2020 avec deux points d'impôts supplémentaires et nous continuerons à faire des économies sur nos charges. Mais nous aurons toujours des déficits abyssaux. Cherchez l'erreur? Elle se résume aux changements intervenus dans le calcul de la facture sociale et de la péréquation.»

Lutry: caisses pleines

À Lutry, 30,5 mios de frs devront être investis. Le chantier des BHNS y est conséquent: suppression du Grand-Pont pour un nouveau giratoire, création d'une place publique au carrefour du Voisinand, voies réservées montantes et descendantes partielles et requalification paysagère complète de la route de Lavaux. «Fini l'autoroute des années soixante qui arrive jusqu'au centre. Nous voulons améliorer la qualité de vie en créant un véritable boulevard urbain», se réjouit Kilian Duggan, municipal de la mobilité. Avec un autofinancement cumulé de 41,7 mios de 2012 à 2018, ici, les finances sont saines. «Notre commune n'est pas dans une situation délicate comme peuvent l'être certaines de nos voisines, acquiesce l'édile. Ces projets sont clairement réalisables. Nous pourrions même les financer avec l'entier de nos réserves». Municipal des finances et ancien président de la Commission des finances, Etienne Blanc valide. «Nous avons plus de trésorerie que de dettes avec plus de 50 mios de frs de réserves. Nous avons de quoi voir venir.»

Pas de sortie de route

Les difficultés financières de Paudex et Pully pourraient-elles remettre en question les bus du futur? Le Canton prévoit déjà de rééquilibrer la facture sociale et la péréquation intercommunale, vu les critiques de nombreuses Municipalités. Une négociation est en cours avec les représentantes des deux associations de communes (UCV et AdCV). Dès lors, pour les BHNS, il renvoie aux 20 mios votés en 2016, à savoir la part cantonale du financement. Comprenez: aucune subvention supplémentaire n'est prévue.

Soulignant les avantages que représentent ces bus pour les usagers - augmentation des fréquences, de la régularité, de l'amplitude horaire - et pour les collectivités publiques - augmentation des prestations à coûts d'exploitation constants et meilleur rapport coûts-utilité - le Canton rappelle que «les bénéfices seront d'autant plus importants dans le cadre d'une réalisation globale du projet.» Jacqueline Decurnex, conseillère en communication à la Direction générale de la mobilité et des routes commente: «L'Etat est confiant que chaque commune comprend les avantages du projet et, à ce titre, votera celui qu'elles ont développé sur leur territoire. Dans l'éventualité où une commune le refuse sur son territoire ou décide d'un décalage dans le temps, le projet peut être mis en service par étape.» En cas d'incapacité de financement d'une ou plusieurs communes, les BHNS ne devraient donc pas capoter dans leur ensemble.

Date:05.03.2020
Parution: 986

106 oppositions à lever

• Paudex (74) devra convaincre peut-être davantage que les autres. Surtout au Simplon 31 à 47, où une cinquantaine de bordiers mènent la fronde pour défendre leurs droits. Perte de places de parc, nuisances liées au chantier, danger pour la sécurité en termes de mixité piétons-voitures et problèmes d’accès aux commerces cristallisent les critiques. «Nous allons organiser une séance spécifique avec eux pour leur présenter un plan zoomé de la zone avec tous les détails d’aménagements prévus, promet Farhad Kehtari. En matière de sécurité, nous allons peut-être restreindre l’accès pour les voitures en transit avec des bacs à fleurs ou des modérateurs au sol, et pour les places de parc, nous allons les réaménager et les redistribuer différemment. Une limitation uniquement aux habitants est aussi envisageable.» Au-delà, le syndic promet des mesures pour assurer l’accès aux commerces durant le chantier et perturber le moins possible le trafic.

Lutry (27) prévoit de rencontrer uniquement les opposants qui demandent des aménagements qui n’impactent pas le fond du projet. «Plusieurs riverains se sont opposés afin que nous le rendions plus agréable pour eux, relève Kilian Duggan. Nous cherchons des terrains d’entente lorsqu’il s’agit de petits aménagements réalisables. Un opposant aimerait par exemple un local poubelle, un autre que l’on déplace des murs de soutènement de sa maison, et un dernier que nous percions son garage, donc nous allons voir ce que nous pouvons faire.» Pour les oppositions de formes sur la destruction du Grand-Pont et la revitalisation du Voisinand, l’édile est plus catégorique. «Nous n’allons pas rencontrer leurs auteurs lorsqu’il n’y a aucune chance qu’ils les retirent. Nous perdrions du temps pour rien.»

Pully (5) a déjà rencontré deux des opposants. «Nous avons déjà eu des contacts concernant des emprises, avance Marc Zolliker, mais il est toutefois difficile pour l’instant de présumer d’une décision de retrait. Un groupe d’habitants s’oppose à cette obligation de tourner en direction de Lausanne applicable également pour les cyclistes. À l’heure actuelle, nous cherchons encore une solution.» En termes d’aménagement pour les cyclistes, Pro Velo et l’Association transports et environnement ont maintenu leurs oppositions concernant l’ensemble du tracé. «À ce stade, nous n’avons eu ni séance de conciliation, ni retour sur opposition», s’agace Romain Pilloud, secrétaire général de l’ATE, qui reproche: absence de piste cyclable sur certaines portions, places de stationnement pour vélos insuffisantes et sécurité routière non garantie. 

 

Les BHNS en chiffres

Coût total: 184 mios, dont 20 mios et 19,2 mios de frs
de participations cantonale et fédérale, ainsi que :

Lutry 30,5 mios      Paudex 8,5 mios 

Pully actuellement 3,5 mios + 25 mios pour son second tronçon (estimation)

12 bus à double articulation commandés,
circulation dès l’automne 2020


Capacité:
150 personnes        Longueur: 25m

Tracé Lutry-Bussigny: 13km Parcours Lutry à St-François: 19min


Fréquence:
7,5min aux heures de pointe 

Prochaines étapes

Sous réserve de changement, les communes prévoient: Lutry: rencontre des opposants d'ici à juin, préavis pour l'automne ; Paudex: rencontre des opposants d'ici à l'été, préavis pour l'automne ; Pully: rencontre des opposants d'ici à mai. Préavis pas fixé, mais date calquée sur celle de ses voisines.

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