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Menu du jour à 9,50 frs

Un tea-room social a ouvert ses portes Quai de la Veveyse 4, dans le centre tout neuf de La Cour, géré par le Groupe d'accueil et d'action psychiatrique. Il propose pâtisseries, sandwichs ou encore salades maison à prix doux et un menu du jour à 9,50 frs, aussi à l'emporter. Rencontre avec ceux qui y travaillent, pour la plupart provenant de l'Assurance invalidité ou du Revenu d'insertion.

Menu du jour à 9,50 frs

Textes et photos: Priska Hess

Pour accéder au «Grain de Sel», il faut la première fois se laisser guider par la signalisation et autres totems alentours, depuis le Quai de la Veveyse ou l'angle de la rue Louis-Meyer. Traverser la cour verdoyante du pâté d'immeubles, franchir la porte du centre La Cour, géré par la Fondation du Graap (Groupe d'accueil et d'action psychiatrique), et monter à l'étage. On débouche sur un bel espace lumineux au mobilier contemporain, à la décoration simple et soignée. Il est presque 13h. Derrière le bar avec vitrine garnie de pâtisseries maison, Sabrina s'active pour préparer des expressos. En cuisine – flambant neuve et professionnelle – Yves et ses deux collègues préparent les dernières assiettes, sous la supervision d'un cuisinier professionnel. Comme Sabrina et Yves, une quarantaine de personnes travaillent ici. En cuisine, mais aussi à l'animation, à la réception comme Patrice (voir encadré), et à l'atelier de confection des «produits gourmands». Confitures, sablés, bricelets, bouillons de légumes bio entre autres sont vendus sur place et dans épiceries comme celle de l'Oseo et les magasins du Monde à Vevey. Leur point commun? «Tous sont soit à l'Assurance invalidité, soit au bénéfice du Revenu d'insertion et nous avons aussi beaucoup de stagiaires en insertion, pour des travaux d'intérêt général ou encore bénévoles», énumère le travailleur social Fabrice Le Flem, responsable du Centre. Pour rappel, le Graap offre aujourd'hui quatre lieux d'accueil, à Lausanne, Nyon, Yverdon et Vevey.

Délices à petits prix

«Les gens viennent ici d'abord pour recréer du lien social et une petite partie en vue d'une réinsertion professionnelle. Le cœur de notre travail, c'est de leur permettre de développer leurs compétences transversales. En leur apprenant à travailler en équipe, à régler les problématiques, à gérer l'information et à s'organiser. Chacun peut choisir où il souhaite travailler, en fonction de ses projets socio-professionnels», décrit Fabrice le Flem.

Le tea-room, ouvert au public, compte une vingtaine de places et autant sur la terrasse en cours d'aménagement. «Encore peu de gens de l'extérieur connaissent l'endroit. Mais il est bien situé, à proximité des écoles, du Jardin Doret et du bâtiment de la gendarmerie», relève Fabrice le Flem. Ne craint-il pas les préjugés du public? «Il ne faut pas se le cacher. La maladie psychique reste stigmatisée. Le tea-room, espace public, est séparé de la partie privée dévolue à l'accueil. Nous avons soigné la déco, les matériaux, le mobilier, pour que l'on s'y sente bien. Et les prix sont très concurrentiels, avec notamment un menu du jour à 9,50 frs. Nous proposons aussi des petits-déjeuners, salades, sandwichs et pâtisseries maison, aussi à l'emporter. Nous espérons vraiment en faire un lieu de mixité sociale.»

Date:05.03.2020
Parution: 986

Des troubles encore stigmatisés

Le Graap a été créé en 1987 par une assistante sociale et un psychologue, lui-même schizophrène, pour permettre aux personnes atteintes dans leur santé mentale de rompre leur isolement, de s’entraider et d’agir ensemble pour changer le regard de la société. Il offre aujourd’hui quatre lieux d’accueil, à Lausanne, Nyon, Yverdon et Vevey pour l’Est vaudois, où le centre a déménagé après vingt ans à Montreux (ancien centre La Rive). «Pour le grand public, la maladie psychique se réduit à ses formes les plus extrêmes, comme la schizophrénie. Or, elle peut prendre différentes formes et à diverses intensités», souligne Fabrice Le Flem, responsable pour l’Est vaudois. Cela peut être un simple burn out ou des angoisses, à la suite d’une épreuve dans un parcours de vie. Plusieurs des personnes qui viennent ici vivent d’ailleurs chez eux normalement, ont une famille, des enfants».

Les projets de Sabrina, Yves et Patrice

Trois exemples qui illustrent bien qu'avec un accompagnement approprié la maladie psychique n'empêche pas de déployer ses compétences en vue d'une insertion socio-professionnelle.

«Mon projet, c'est de pouvoir finir mon apprentissage de cuisinière, que j'ai interrompu quand j'avais 17 ans. Les médecins n'ont jamais pu établir de diagnostic précis par rapport à mes problèmes psychiques», confie Sabrina. Cette maman de deux jeunes enfants travaille au centre Graap depuis plusieurs années, d'abord aux produits de bouche, puis en cuisine et aujourd'hui au service. «Cela me fait du bien de sortir de chez moi, de voir du monde. Je me sens valorisée en venant ici et j'ai beaucoup appris.»

Yves, qui officie en tant que cuisinier, est un miraculé. «Alors que j'étais apprenti dans le domaine du bâtiment, l'échafaudage où je me trouvais s'est effondré». Coma, deux ans en chaise roulante, perte de la mémoire et autres séquelles. «Je me suis alors orienté vers le Graap, où j'ai pu reprendre confiance en moi. Mon projet? Ouvrir une crêperie à l'Île Maurice, d'où est originaire ma femme. Mais pour cela je dois encore acquérir de l'expérience dans le marketing.»

Patrice, lui, s'est dirigé vers le Graap en 2005, «Après trois essais d'apprentissage infructueux, pour différentes raisons. Je m'étais d'abord accordé un peu de temps pour me recentrer, mais me réveiller le matin sans contenu dans mes journées devenait angoissant. Au Graap, j'ai la chance d'avoir pu exercer plusieurs métiers» – à la confection des produits de bouche, au secrétariat social «un travail très méticuleux et complexe», souligne Fabrice Le Flem, et principalement à la réception». Son projet de vie? «Déjà d'aller mieux, en faisant un travail sur ma personnalité. Et pouvoir me réinsérer dans l'économie, mais c'est un projet à long terme.»

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