Télécharger
l’édition n°987
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

Ils sauvent des vies gratuitement

Sur le Léman vaudois, dix-neuf sociétés de sauvetage bénévoles sont les principales forces d'intervention lorsqu'un bateau est en détresse. Celle de Territet rénove ces jours son canot à rames historique, vieux de 134 ans. Rencontre sur un chantier naval artisanal.

Ils sauvent des vies gratuitement

Textes et photo: Amit Juillard

Il pleut des seilles, vente, la coque est trouée, en partie démembrée. Mais nul besoin d'écoper. La cale de «La Dame du Lac» est sèche. La Société de sauvetage de Territet (SST) porte le même nom que son historique canot à rames d'intervention. Quelques membres imposent à la barque de 134 ans une cure de jouvence chez le Veveysan Michel Schüll. Charpentier maritime et gendarme de la brigade du lac à la retraite, l'actuel président de la Société de sauvetage du Bouveret orchestre le chantier naval artisanal au parfum de chêne et de mélèze. La remise à l'eau est prévue pour le mois d'août. Résultat de 1'000 heures de travail bénévole, essentiellement les samedis, éparpillées entre les hivers 2016-2017 et 2019-2020.

Ce 5 mars dans l'atelier, Michel Schüll est entouré de David Balmat, président de la SST, et Olivier Durgniat, président central de la Société internationale de sauvetage du Léman (SISL) et président d'honneur de la SST, la faîtière. Après la séance photo, direction le carnotzet.

Soudés dans le gros temps

«Jusqu'en 1963, tous les sauvetages se faisaient à la rame, conte Olivier Durgniat. Aujourd'hui, nous utilisons «La Dame du Lac» dans un but sportif, ça entretient l'esprit d'équipe. Dans le gros temps, nous devons être soudés.» Entraînement: deux fois par semaine pendant 40 minutes. «Outre la rame, il faut aussi garder la main en matière de premiers secours, ajoute Thierry Sandoz, membre du comité central de la SISL et de la SST, qui a rejoint ses collègues. Et nos plongeurs et pilotes s'entraînent aussi.» En 2020, la section compte deux bateaux à moteur, dont un zodiac, pour aller porter secours. Dans le canton de Vaud, les dix-neuf sociétés de sauvetage – toutes bénévoles – sont les principales forces d'intervention. «La brigade du lac est basée à Ouchy et intervient si elle est proche du lieu, explique David Balmat. Mais, en principe, ce sont les sociétés de sauvetage qui sortent, gratuitement. La police dispose d'une liste de dix personnes par section (réd: un équipage est en général composé de trois secouristes) et s'en sert pour lancer l'alarme dans la région concernée. A Territet, nous intervenons dix à quinze fois par an.»

«Comme une deuxième famille»

Activité principale, le dépannage. «90% du temps, nous intervenons pour des pannes de moteur, d'essence ou pour une batterie plate parce que les frigos fonctionnent à plein régime pour garder la bière au frais, étaye Olivier Durgniat. Mais nous avons quand même de vrais sauvetages à faire.» Par exemple en juin 2019 alors qu'un violent orage, avec des vents à plus de 120 km/h, s'abat sur la 81e régate du Bol d'Or. Les trente-quatre sociétés de la SISL sont intervenues. Michel Schüll frissonne: «Si c'était arrivé deux heures plus tard, de nuit, il y aurait eu 20 morts».

Mais les épilogues ne sont pas toujours heureux. «Nous sommes confrontés à la mort, regrette Thierry Sandoz. Quand nous n'arrivons pas à sauver une personne, qu'elle décède, nous procédons à l'ancienne. Nous rentrons au port, rangeons, buvons un verre et discutons. Le fait d'en causer, ça aide. Notre section, c'est comme une deuxième famille, nous voyons quand quelqu'un va bien ou pas.»

Date:12.03.2020
Parution: 987

Sauvetage sur le Léman en chiffres (2018)

2’267

sauveteurs bénévoles

1’103

interventions des trente-quatre sections de la Société internationale de sauvetage du Léman

1’030

personnes secourues

47

personnes médicalisées

12

décès

52’062

litres de carburant consommés

Source: Société internationale de sauvetage du Léman

Onze morts en 1883, la catastrophe de trop

Novembre 1883. Dans la tempête et le brouillard, deux bateaux de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman (CGN) se percutent entre Ouchy et Evian. Le Cygne rejoint les rives vaudoises, Le Rhône coule. Onze morts. La catastrophe de trop pour Joseph Mégemond, capitaine de bateau qui avait déjà tenté de créer une société de sauvetage, sans grand succès. Cette fois, il s'associe au colonel William Huber et fonde en 1885 la Société internationale de sauvetage du Léman (SISL), qui fête 135 ans en 2020. La section de Territet nait un an plus tard, sous l'impulsion d'Ami Chessex, important hôtelier et politicien de Montreux. Parmi les membres fondateurs: Henri Nestlé. Aujourd'hui, la société compte une cinquantaine de cotisants, dont quinze sauveteurs bénévoles actifs. La Commune de Montreux lui verse une subvention de 12'000 frs par an. Pour boucler un budget d'environ 20'000 frs, des dons et l'argent levé grâce aux fêtes qu'elle organise s'y ajoutent.

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio