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Noville

Ils passent à l'action pour la planète

Sur la proposition de leur enseignante, des élèves veveysans vont prendre part, le 28 mars, au nettoyage de la Réserve du Fort. Une opération annuelle mise sur pied par la Fondation MART, visant à débarrasser les rives des déchets qui s'y entassent.

Ils passent à l'action pour la planète

Texte et photo: Valérie Passello

Manifester, c'est bien. Agir, c'est encore mieux. Partant de ce postulat, l'enseignante Sévine Rullier a proposé à ses élèves veveysans de passer un samedi à nettoyer les rives de la Réserve du Fort à Noville. Cette zone de réserve intégrale dédiée aux oiseaux d'eau et aux migrateurs est habituellement interdite d'accès. Mais une fois par an, la Fondation MART y organise un ramassage des déchets, invitant un maximum de bénévoles à participer. Ce sera le 28 mars.

«Environ 50% de mes élèves ont déjà manifesté pour le climat. L'un d'entre eux m'a dit un jour que l'on ne pouvait rien faire d'autre. Alors j'ai répondu qu'au contraire, des tas d'actions sont possibles», raconte l'enseignante. Sur la quarantaine d'ados de 13 à 15 ans faisant partie des deux classes de 10ème et 11ème année de Sévine Rullier, huit ont accepté d'enfiler gants de travail et bottes en caoutchouc pour partir à la chasse aux déchets. Pour leur enseignante, ça ne fait pas un pli: Samya, Loïse, Louka, Moune, Alexis, Mehdi, Luna et Laura sont «des jeunes exceptionnels».

Engagés au quotidien

Dans le groupe, presque tous ont déjà défilé en faveur de la planète. «Ça nous permet de voir autre chose qu'à l'école, d'être informés directement. Il y a un échange humain très fort, nous rencontrons des gens avec qui nous pouvons débattre des questions qui nous préoccupent», décrit Loïse. Pour Louka, manifester revient à assister à un match de foot dans les tribunes d'un stade, plutôt que de le suivre à la télévision: «C'est beaucoup mieux de se retrouver au bord du terrain avec d'autres supporters. Notre équipe, c'est la terre, il faut la supporter en vrai.»

Et justement, les ados font des efforts dans la vie de tous les jours. De la douche la plus courte et la moins chaude possible à l'achat de nourriture en vrac ou de vêtements deuxième-main, en passant par le recyclage et la mobilité douce. «On peut faire de petits changements faciles, sans nuire à notre confort. Il faut commencer par là», estime Luna. Mais si certains, comme Loïse, prônent la décroissance, tous ont conscience de la difficulté à reculer d'un pas.

«Internet pollue énormément, mais a aussi créé des emplois. On ne peut pas tout enlever d'un coup. Par contre, on pourrait imaginer d'en réduire le temps d'utilisation, par exemple», suggère Laura. Mehdi abonde: «On pourrait aussi décrocher un peu de nos téléphones. Dans la rue, les gens ne regardent plus où ils vont. Et en plus c'est dangereux, parce qu'il y a beaucoup trop de voitures.» Quant à Samya, non seulement elle fait des efforts à son échelle, mais elle n'hésite pas à intervenir quand c'est nécessaire: «Si je vois quelqu'un qui jette quelque chose par terre, je l'engueule! D'ailleurs, c'est toujours très drôle d'observer les réactions.»

Entre espoir et désillusion

Globalement, les jeunes Veveysans sont assez pessimistes sur un réel changement dans la société: «J'ai écouté les discours des grand dirigeants, je me suis renseigné, ça n'est pas très encourageant», témoigne Alexis. «Pour moi, à part peut-être Greta Thunberg, un enfant de 15 ans ne peut pas vraiment se faire entendre», juge Louka. Moune regarde l'avenir avec inquiétude: «Personnellement, je n'ai plus aucun espoir. Nous ne sommes pas responsables de ce qui a été fait, mais nous en constatons les effets. Si ça continue à ce rythme-là, nous allons laisser à nos enfants un monde qui tombe en miettes.»

Néanmoins, la jeune fille se réjouit de participer au ramassage des déchets à Noville: «J'ai déjà pris part à une opération similaire avec les scouts, ajoute-t-elle. C'est sale. On trouve beaucoup de cotons-tiges usagés, des applicateurs de tampons hygiéniques et du sagex. Mais je trouve ça bien de le refaire. En plus avec mes copains, c'est cool!» Sévine Rullier salue l'esprit volontaire et engagé de ses elèves: «Ce qui est méga-positif dans tout ça, c'est qu'il y a à peine cinq ans, jamais une telle conversation n'aurait eu lieu. Jamais un élève ne m'aurait passé la recette pour fabriquer mon propre savon. C'est long, mais ça avance.»

Date:19.03.2020
Parution: 988

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