Télécharger
l’édition n°989
au format PDF
Région Lausanne Région Lavaux Région Riviera Région Chablais Région Oron
Dernière minute
La semaine prochaine
Bonus du net

La distribution des invendus continue

Les plus démunis reçoivent deux fois par semaine des denrées fraiches gratuitement grâce à Partage Riviera. Et à Table Suisse, qui récupère chaque jour de la nourriture auprès des grandes surfaces et sert aussi la fondation d'accueil à bas seuil AACTS. Le quotidien des trois institutions est chamboulé par les mesures de lutte contre la propagation du nouveau Coronavirus. Le Régional a fait le point le 23 mars.

La distribution des invendus continue

Textes: Amit Juillard

Dans le canton, nombre d'institutions caritatives de distribution de nourriture ont suspendu leurs activités. C'est le cas par exemple des antennes des Cartons du Cœur, fermées notamment pour protéger leurs bénévoles, souvent âgés de plus de 65 ans et considérés «à risque» face au nouveau Coronavirus. Mais il est une association qui résiste: Partage Riviera. Pour Pierre-André Glauser, président de l'action caritative œcuménique, pas question de laisser tomber les laissés-pour-compte de la société: «Si les démunis sont encore pénalisés davantage, qui va s'en occuper?!», interroge-t-il. Marquage au sol pour faire respecter les deux mètres de distance sociale requis, capacité des espaces limitée à huit personnes pour 120 m2, salles d'attente fermées, quatre points de retrait au lieu d'un seul, très grande majorité du personnel de plus de 65 ans à la maison: tout est en place pour respecter les mesures édictées par les Autorités pour endiguer la propagation du Covid-19. Autre changement: le site de Clarens est fermé, jusqu'à la fin de la crise. Il n'y a donc plus que deux rendez-vous par semaine au lieu de trois, à Vevey. «Ça permet à tout le monde de moins sortir de chez soi», explique Michel Botalla, intendant-coordinateur de Partage Riviera.

Logiciel pour gérer les flux

Pour gérer l'afflux de ses 250 bénéficiaires hbdomadaires en période de confinement et restrictions, l'association – née de la fusion entre L'Étape à Vevey et Le Coup de Pouce à Clarens en octobre 2019 – compte sur un logiciel créé par le même Michel Botalla, ingénieur en informatique de formation, en décembre 2019. Avant chaque distribution – désormais les mardis et vendredis à partir de 14h à l'avenue Reller 6 à Vevey – les demandeurs s'inscrivent impérativement. Sur place après avoir récupéré leurs sacs ou par SMS. «Ainsi, plus besoin de s'exposer en venant le matin même pour se signaler», souligne Michel Botalla. Un tirage au sort informatique est ensuite effectué et ils reçoivent à 10h, sur leurs téléphones, un horaire de passage précis. Fini les files d'attente. Tout nouveau bénéficiaire envoie une photo de sa carte Caritas ou de toute autre pièce d'identité par SMS. Et si les restrictions étaient encore durcies par les Autorités? «Nous pourrions imaginer conditionner les invendus des grandes surfaces que nous amène Table Suisse (réd: qui livre également la fondation AACTS, lire encadrés) dans des sacs en papier et en remettre un à chaque personne à l'extérieur.» Voire de livrer les personnes à risque à domicile. Mais pour l'instant, l'association n'a pas de véhicule. Aujourd'hui, l'organisation – financée à hauteur de 30'000 frs par an par l'Association régionale d'action sociale Riviera – compte une huitantaine de bénévoles et écoule gratuitement 2,5 tonnes de denrées périssables par semaine. Mais avec la fermeture d'autres structures, les quantités augmentent depuis le début cette crise: jeudi 19 mars, 144 caisses de produits frais. Au lieu de la trentaine habituelle.

Plus d'informations sur www.partageriviera.ch

Date:26.03.2020
Parution: 989

«Je n'ai plus de personnel»

Les mesures de lutte contre le nouveau Coronavirus posent des embûches sur la route de Table Suisse. Qui continue malgré tout de faire la tournée des grandes surfaces et des grossistes pour récolter leurs invendus périssables et encore consommables – fruits, légumes, viande – pour permettre leur redistribution gratuite à ceux dans le besoin. «Je n'ai plus de personnel, explique Baptiste Marmier, des secteurs Vaud et Neuchâtel. Nos bénévoles sont issus d'une population à risque, ils ont plus de 65 ans. Ils restent donc à la maison. Et notre deuxième source de main d'œuvre, des personnes en réinsertion professionnelle, s'est aussi tarie. L'Etat de Vaud a décidé de suspendre tous les programmes d'insertion. Mais je dispose de l'aide d'un civiliste.» Résultat, alors que cinq camionnettes réfrigérées parcourent habituellement les deux cantons, il n'y en a plus que deux, occupées par une seule personne. «Mais les besoins sont toujours là. Avec cette crise, des personnes sont tombées rapidement dans la précarité.» En temps normal, la fondation «Schweizer Tafel» - financée par des dons privés et la grande distribution – récolte près de 17 tonnes par semaine à travers tout le pays. Surprise: «Malgré les images de supermarchés pillés, les volumes récupérés sont stables», constate Baptiste Marmier.

«Nous devons tenir le plus longtemps possible»

La fondation AACTS à Vevey a aussi dû prendre des mesures d'urgence. Et a réduit ses activités au strict minimum: l'offre de repas et l'échange de matériel d'injection stérile. Les plats ne sont plus servis à l'intérieur, mais uniquement à l'emporter. Des Tupperware sont préparés à l'avance. «L'Etape et Table suisse nous fournissent les invendus des grands magasins, tandis que l'Auberge communale de St-Légier prépare les repas dans une cuisine décentralisée, afin d'éviter les contaminations», salue Vincent Masciulli, directeur, qui tient à remercier ces partenaires. L'équipe de travailleurs sociaux a été scindée en deux: «Nous devons tenir le plus longtemps possible, protéger le personnel et éviter la quarantaine, c'est pourquoi les deux groupes ne sont plus en contact», précise Vincent Masciulli. Paradoxalement, la fondation demande à certains de ses usagers de rester chez eux pour limiter les chances de contagion. «Nous disons à ceux qui ont des ressources de moins venir parce qu'il y a toujours plus pauvre. C'est un travail de cinglé de devoir leur dire: "Si tu veux qu'on continue de s'aimer, alors reviens dans trois mois!" Une permanence téléphonique est en place de 9h à 16h. En moyenne, AACTS, soutenue par le Canton et les communes, compte entre 57 et 62 visiteurs par jour.

Dans ce dossier

Documents

En images

Vidéo
Documents audio