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Les PME ne baissent pas les bras

Suite à l'état de nécessité décrété mi-mars, petites entreprises et indépendants se retrouvent dans la plus grande incertitude quant à leur survie. Mais les aides étatiques qui se déploient et s'adaptent, les syndicats qui se démènent, l'ouverture à la discussion de certains bailleurs et les efforts des communes donnent l'espoir que la crise pourra être surmontée. Témoignages de six patrons de petites entreprises de Noville à Lausanne.

Textes: Priska Hess

«Ce qui est compliqué dans la situation actuelle, c'est de ne pas savoir comment les choses vont évoluer». La crainte de ce directeur d'une imprimerie de la région semble tomber sous le sens et traduit un ressenti largement partagé. «Nous essayons de continuer de travailler en ligne et pouvons recevoir sur rendez-vous. Nous avions encore de quoi faire en mars, mais les demandes ont très fortement baissé. Déjà il y a quinze jours, toute une journée s'est passée sans aucun appel, c'est révélateur. Qu'en sera-t-il dans deux ou trois semaines?». Face à la situation, l'Etat a déployé des mesures de soutien: Réduction Horaire de Travail (chômage partiel), crédits de transition et pour les indépendants indemnités en cas de perte de gain, à condition d'exercer une profession directement touchée. Si bien que sur 330'000 indépendants que l'on dénombre en Suisse, 270'000 ne peuvent en bénéficier. De plus, si les employés au chômage partiel sont indemnisés par l'Etat à hauteur de 80% de leurs salaires, les patrons, eux, se sont vu fixer une indemnisation forfaitaire de 3'320 frs, soit souvent moins que ce que touchent leurs salariés. «Nous nous sentons trahis, même si ces mesures peuvent encore évoluer. Nous ne trouvons pas correct de devoir puiser dans nos petites économies pour sauver une entreprise qui est saine à la base», déplore Béatrice Marro, présidente de la section vaudoise de Coiffure Suisse. «3'320 frs pour un patron, ce sont des cacahuètes», renchérit Gilles Meystre, président de GastroVaud. «L'idée serait que le Canton compense la différence entre ce montant et ce qu'il toucherait avec le RHT». Des solutions devaient être définies pour le 8 avril, soit après le délai de bouclage de cette édition.

Bras de fer autour des loyers

Autre pierre d'achoppement, les loyers commerciaux. Au niveau Vaudois, l'Asloca, GastroVaud et les Artisans boulangers ont interpelé le Conseil d'Etat le 19 mars. «Le Conseil Fédéral a déjà fait un petit bout de chemin en reportant les délais de paiement des loyers de 30 à 90 jours. Mais une aide à fonds perdu de l'Etat et un effort des bailleurs s'imposent, pour réduire la douloureuse!», souligne Gilles Meystre. La bataille se joue aussi sur le plan juridique, autour de la question de savoir si un propriétaire peut exiger le loyer d'un local non utilisable conformément aux baux conclus. Alors que des villes comme Lausanne et Vevey ont décidé de renoncer à encaisser des loyers de surfaces commerciales leur appartenant, tout comme des petites communes comme Belmont, Ollon et Puidoux. «Certains bailleurs acceptent aussi par exemple de baisser leurs loyers. Cela varie d'un cas à l'autre», constate Béatrice Marro.

«Nous sommes des battants!»

Alors que les pressions pour relancer l'économie suisse s'intensifient, l'après reste encore difficile à imaginer. Certains invitent pourtant à l'anticiper, comme l'agence conseil en marketing-communication De Visu Stanprod à Chardonne: «Nous avons encore du travail pour une semaine, après c'est l'inconnue totale. On va peut-être devoir demander le chômage partiel pour certains postes. Mais nous avons mis en place un pack-audit, proposé gratuitement à certaines entreprises qui souhaiteraient profiter de ce temps suspendu pour réfléchir à leur stratégie et adapter leur communication en vue de la reprise. Les commerces qui avaient déjà intégré du digital dans leur modèle d'affaires étaient un peu mieux armés; on peut imaginer que d'autres suivront cette tendance de fond. Nous misons sur cet accompagnement en amont pour, peut-être, décrocher quelques mandats», explique son co-directeur Bernard Perroud. Gilles Meystre ne cache quant à lui pas ses craintes quant à l'après: «Le secteur de la restauration est à très faible marge bénéficiaire. Certains risquent de ne pas se relever, pris à la gorge à cause des prêts à rembourser». Philosophe, la coiffeuse Béatrice Marro invite ses collègues à «prendre leur mal en patience. Nous sommes tous sur le même bateau. Il ne faut jamais baisser les bras, nous sommes des battants!»

Date:09.04.2020
Parution: 990

Rui Pereira, Patron du restaurant Veneto à La Tour-de-Peilz

«Dès début de mars, notre chiffre d'affaires a commencé à chuter. Quand nous avons dû fermer, j'ai étudié la vente à l'emporter, mais cela ne s'est pas avéré faisable vu la structure à mettre en route et les craintes du personnel face au virus. Pour l'instant, tous sont au chômage partiel. Il y a aussi les crédits de la Confédération, mais qui ne font que retarder le problème. J'ai demandé une baisse de loyer à mon propriétaire et je ne peux que conseiller à chacun de négocier au mieux. De plus, bien des restaurateurs de notre région ont déjà vu leur chiffre d'affaires baisser durant la Fête des Vignerons... En même temps, ce qui me fait garder espoir est que notre pays a les moyens de faire face à cette crise. Avec les aides de l'Etat et si on met ensuite les mains à la pâte, on va s'en sortir. Il ne faut pas baisser les bras.»

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