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Covid-19 et aide aux démunis Mission accomplie pour la PCi

Touchées de plein fouet par la crise sanitaire, les personnes sans domicile fixe ont trouvé un refuge gratuit et inconditionnel dans la grande salle de sport du Bugnon. Les travailleurs sociaux du Répit, structure d'accueil de la Fondation mère Sofia, y œuvrent main dans la main avec la Protection civile. Entre camaraderie et incertitudes inévitables. Reportage.

Covid-19 et aide aux démunis Mission accomplie pour la PCi

Texte et photos: Daniella Gorbunova

Il est onze heures du matin ce 22 avril. Baignées de soleil, les rues lausannoises exhalent toujours ce calme inquiet qui rythme notre quotidien depuis plus de six semaines. Au gymnase du Bugnon, devant les salles de sport, les étudiants ont laissé place aux hommes à l'uniforme orange et kaki. Lionel Imhof, répondant presse pour le DIAM (organe de la Protection civile), attend aux côtés des bénévoles et des soldats, dans ce centre d'hébergement improvisé. C'est ici que Le Répit, lieu d'accueil pour personnes sans domicile, chaperonné par la Fondation mère Sofia, a établi sa base d'urgence. Leurs locaux ne permettant pas de respecter la distanciation sociale. Car si le Covid-19 n'a épargné personne, ceux qui vivent dans l'extrême précarité s'en sont trouvés particulièrement fragilisés. Puis l'on a prêté des bâtiments communaux, et appelé la Protection civile (PCi) en renfort. Désormais, la structure offre un accueil inconditionnel et gratuit, avec distribution de nourriture et commodités. Pour quatre soldats et bénévoles présents en permanence, le centre compte environ 40 bénéficiaires par nuit, contre 20 la journée.

Questions de budget, d'organisation ou liées à la hiérarchie, difficile d'obtenir une réponse précise: «Le dispositif est coordonné par l'Etat-major cantonal de conduite (EMCC) et la protection civile vaudoise, souligne Valentin Longchamp, caporal actif dans la structure du Bugnon. En tant qu'astreint de protection civile, j'ai droit à la solde et à l'assurance perte de gain, ainsi qu'à un montant horaire selon les dispositions cantonales.» Interrogé quant au rôle de la Protection civile face à l'engagement de l'armée, récemment remis en cause, Valentin Longchamp rétorque: «En tant qu'astreint de protection civile, je peux vous dire que je me sens très utile.»

« Une grande coloc' »

Dans la vraie vie, hors des cellules de crise, Valentin Longchamp est étudiant. Ici, il est le chef de la section assistance FIR (Force d'intervention régionale). Le jeune caporal a l'habitude d'être sollicité par la PCi et avoue ne pas avoir été étonné lorsque son biper a poussé le cri d'urgence: «Dès que nous avons appris l'apparition du virus, nous savions que nous serions sollicités à un moment ou un autre», confie-t-il. Après les difficultés de mise en place des premiers jours, légèreté et paisibilité semblent désormais avoir pris le dessus: «Au début, l'accueil était un peu spartiate pour les bénéficiaires. On n'avait que des lits et il s'agissait d'un accueil de nuit exclusivement. Les résidents devaient quitter les lieux à huit heures chaque matin. Puis, petit à petit, les choses se sont mises en place.»

L'inquiétude a en effet laissé place à une véritable expérience humaine. «Nous accueillons les mêmes personnes tous les soirs. Il y a une bonne ambiance. Je gère plusieurs missions parallèlement, mais je viens ici le plus souvent possible, car c'est un peu ma mission de cœur, confie le chef de section. Nous avons facilement noué des liens. De plus, les résidents se connaissent bien entre eux. C'est un peu comme une grande coloc'.» Astrid Corpataux, intervenante sociale pour la Fondation mère Sofia, est l'oreille attentive du groupe. Apportant son soutien – pratique et moral – aux bénéficiaires, elle souligne l'importance de la stabilité offerte aux personnes dans le besoin. Quant à la collaboration interorganisationelle, elle serait vitale à l'heure actuelle: «La PCi et nous-mêmes ne pourrions pas faire les uns sans les autres. Le fait d'avoir trois personnes en plus permet de déléguer. Si je rencontre une situation complexe avec une personne, je sais que je peux compter sur eux pour gérer la distribution de la nourriture, par exemple. Cette collaboration permet véritablement un bon fonctionnement.»

Une vie à l'arrêt

«Parmi les bénéficiaires, les origines, les cultures et les langues font que des groupes se forment, explique l'intervenante sociale. Mais étant donné qu'ils sont tous là depuis au moins un mois, il y a des nouveaux liens qui se créent.» Philou* a 57 ans et fait partie des prestataires réguliers. Il souligne à son tour la convivialité qui règne dans la grande salle de gym, où il a temporairement élu domicile: «Que ce soit avec la PCi ou les gens qui travaillent pour Le Répit, nous nous entendons bien. Ça nous arrive même de donner un coup de main à la Protection civile pour certaines tâches. L'entente est même meilleure ici que dans certains hébergements d'urgence avant la crise», estime-t-il. Cela malgré quelques disputes occasionnelles entre les résidents. Arrivé de Belgique il y a dix ans, Philou attend la fin de la crise pour tenter de retrouver du travail. Il a été plongé dans la précarité à la suite d'un congé maladie prolongé, conséquence d'un accident routier. «J'attends toujours la décision du médecin au travail, qui devra me dire si oui ou non je peux retrouver un emploi», espère-t-il. Faute de directives officielles quant au déconfinement des personnes sans domicile fixe, l'abri restera ouvert encore plusieurs semaines. «Mais petit à petit, les structures habituelles vont reprendre le dessus», affirme Valentin Longchamp.

*Nom d'emprunt

Date:30.04.2020
Parution: 991

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