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Environnement

A Oron, l'Agenda 21 peine à se faire une place

La volonté de lancer un plan d'actions concrètes et locales pour le développement durable est au point mort. Situation ironique: l'initiateur du postulat, le socialiste Romain Richard, fait désormais partie d'un Exécutif défavorable à son application. Ici aussi, la crise du Coronavirus a ses conséquences. Le débat du Conseil communal est repoussé jusqu'à nouvel ordre. Un coup dur pour les défenseurs du texte qui peinent à s'organiser.

A Oron, l'Agenda 21 peine à se faire une place

Thibault Nieuwe Weme

La politique est un jeu parfois cruel. L'ancien conseiller communal Romain Richard le découvre aux dépens de ses convictions écologistes. En novembre 2017, le socialiste déposait un postulat réclamant la mise en place dans la commune oronaise d'un «Agenda 21», c'est-à-dire un plan d'actions concrètes et locales pour le développement durable au 21e siècle, adopté par 182 chefs d'État lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin 1992. Seulement, la Commune n'a pas classé l'affaire dans son tiroir «urgent» - si bien que depuis, l'auteur du postulat a eu le temps d'accéder à l'Exécutif local. Une carte de membre qui ne vient pas sans contreparties: «C'est une position cocasse. Comme j'ai à cœur de respecter les principes de collégialité et que mon opinion est connue sur ce sujet, je ne m'exprimerai pas spécifiquement sur ce dossier», confie-t-il au Régional.

D'autres communes l'ont fait

Le préavis de l'Exécutif appelle à rejeter l'Agenda 21. Pourquoi? Municipal du développement durable, Thierry Menétrey explique: «Premièrement, il s'agit d'un cahier des charges de 1992, ça commence à dater... Depuis, les normes se sont beaucoup durcies. Nous n'avons pas besoin d'une telle coque administrative pour prendre des mesures pro-climat. Nous pouvons faire sans, ne soyons pas hypocrites.» Une tâche trop lourde pour les épaules de cette commune de 6'000 habitants? «Pour un appareil communal de notre taille, ce serait beaucoup trop contraignant. Nous n'avons ni le personnel ni les ressources en suffisance. C'est une question d'honnêteté. Sans compter qu'actuellement, nos forces sont sur-occupées avec la construction du nouveau collège et de la caserne», assure Thierry Menétrey. Pourtant, des communes vaudoises plus petites ont déjà adopté des formes d'Agendas 21. C'est le cas de Gryon (1'300 habitants), Essertines-sur-Yverdon (1'000 habitants) ou encore de Lavigny (800 habitants).

Relève muselée

Avec Romain Richard sur le banc de touche, le postulat doit se trouver d'autres tribuns. Pierre-André Maillefer, vétéran des forces socialistes de la Commune, a été nommé président de la commission qui doit examiner la faisabilité du postulat. Une fois de plus, la différence entre position personnelle et pragmatisme politique amène son lot de frustrations. «Nous avons affaire à une Municipalité traditionnelle, certaines idées lui font peur. Et les mesures que ses membres disent «déjà» appliquer pour le développement durable... C'est peu convaincant.»

Même si la commission se déclare en faveur de l'Agenda 21, cela ne suffira pas pour faire passer la rampe au projet. La faute à Municipalité verrouillée? «Par le passé, les conseillers communaux avaient chacun leurs convictions, il n'y avait pas de mot d'ordre. Aujourd'hui la majorité PLR/UDC vote en bloc, c'est un gros frein démocratique», soupire le président de la commission, qui ne cache pas qu'il vit là probablement sa dernière législature.

Processus bloqué

Les dernières gesticulations seront avant tout symboliques. Seulement, le Coronavirus empêche la défense d'organiser sa réplique au préavis négatif. «Comme la population, nous sommes tous confinés, nous ne pouvons pas discuter de notre stratégie de réponse», admet Monique Ryf, conseillère PS. Un constat partagé par Romain Richard: «L'actualité bloque et entrave le bon processus démocratique.» Initialement prévu pour le 30 mars, le débat du Conseil communal n'a pas encore de date de remplacement. L'issue laisse peu de doute. Seul suspense: l'attitude de la défense. S'alignera-t-elle sans broncher à la majorité? Ou bien tiendra-t-elle à dépasser la stérilité du débat et à faire valoir ses arguments?

Date:30.04.2020
Parution: 991

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