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«Je suis dans l'euphorie»

Littérature L’écrivain lausannois Filippo Zanghi est le lauréat de la bourse octroyée par la FEMS basée à Pully. Il dispose désormais de 100’000 francs et une année pour terminer «La Transition», projet de roman familial et autobiographique.

«Je suis dans l'euphorie»



«Ce n'est pas facile d'exprimer le bouleversement que l'octroi de cette bourse a suscité en moi. Il y a un écart entre mon projet, longtemps enfoui dans un tiroir et cette formidable générosité que représente cette bourse. Mais maintenant, je me sens en chemin pour combler cet écart». A l'heure de recevoir la bourse de 100'000 francs octroyée par la Fondation Edouard et Maurice Sandoz (FEMS), Filippo Zanghi ne cache pas sa joie: «Je suis dans une phase d'euphorie et je suis parti pour goûter chaque seconde de l'année à venir». Car Filippo Zanghi, jeune écrivain lausannois né en 1974, a désormais un an pour terminer son roman, dont le premier chapitre a séduit le jury de la FEMS.

Prestigieux lauréats
C'est en 1996 que la FEMS a institué un prix de création artistique en mémoire des frères, artistes et mécènes dont elle porte le nom. Ce prix récompense chaque année un artiste suisse, tour à tour dans le domaine de la sculpture, de la littérature, de la peinture et de la musique. Il est ouvert sur présentation d'un dossier, comprenant notamment un descriptif précis du projet pour lequel la bourse est sollicitée. Le bénéficiaire du Prix s'engage à mener à terme, dans un délai d'une année à compter de la proclamation des résultats, le projet pour lequel il a été distingué.
En 1997, le Prix FEMS a été décerné au sculpteur Jean Stern. En 1998 à l'écrivain Anne-Lou Steininger, en 1999 au peintre-graveur Zivo, en 2000 au compositeur Xavier Dayer, en 2001 au sculpteur Urs Twellmann, en 2002 à l'écrivain Yves Rosset, et en 2003 à la peintre Rosina Kuhn.

85 projets reçus
Pour la dixième édition de son prix, décerné cette année dans le domaine de la littérature sur le thème du roman, près d'une centaine d'écrivains se sont manifestés auprès de la Fondation. 85 projets ont été reçus et soumis de manière anonyme à l'attention des jurés invités, Paola Landolt Muller, Anne Turrettini, Jean-Claude Blanc, Emmanuel Delivet, Gabriel Jardin et Pierre Starobinski, sous la présidence de François Landolt.
Le Jury invité a procédé à une première sélection et retenu cinq projets dont la qualité et l'originalité appelaient une discussion avec leurs auteurs respectifs, Jean-François Sonnay, Anne Cuneo, Filippo Zanghí, Odile Cornuz, et Frédéric Lamoth. A l'issue de ces entretiens personnels, les recommandations du Jury invité ont été soumises à la décision du Jury permanent de la Fondation.
Et c'est à l'unanimité que celui-ci a décerné le Prix FEMS 2006 à Filippo Zanghí, pour son projet intitulé «La Transition», roman familial et largement autobiographique dont le thème repose sur la double appartenance culturelle de son auteur, à la fois suisse et sicilienne (lire un extrait en encadré).

Encadré: «Il dut s'aliter définitivement»...
Voici un extrait du premier chapitre de «La Transition», projet de roman pour lequel son auteur, Filippo Zanghi, vient de recevoir la bourse FEMS:

«Santino fumait des Nazionali. Une cigarette Nazionali est à un poumon adulte méditerranéen, élevé à la dure et soumis toute sa vie à des pression physiques incommensurables (ce qui ne l'empêchera pas de faire son travail très correctement pendant au moins un demi siècle), ce que trois Gitanes sans filtre fumées d'un seul coup peuvent être à celui d'un nouveau-né luxembourgeois (...). A soixante-dix-neuf ans, donc, Santino, ayant fumé depuis sa jeunesse une moyenne d'un paquet de Nazionali par jour, et quoiqu'il fût un paysan méditerranéen, se vit récompensé par un cancer du poumon. Il dut s'aliter définitivement. (...) Méthodiquement, scrupuleusement, la maladie tissa son réseau. Et programma, dans le corps affaibli de Santino, comme une interminable électrocution. D'abord, les étincelles firent place aux secousses, et les secousses aux décharges. Puis, toutes les installations furent touchées, les conducteurs décomposés, les cuivres fondus, les diodes disjointes. Et les fils de la douleur parvinrent à si parfaitement s'entremêler qu'ils firent des jours et des nuits que Santino dut encore traverser un ramassis de courts-circuits dévastateurs. Dans les pires moments, le grand-père ne fut plus, littéralement, qu'une boule de nerfs piaffant, hurlant et s'étouffant à mesure.»

sn

Date:22.09.2006
Parution: 339

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