Sauver Lavaux III Le revirement est total. Alors qu'au printemps, vignerons et autorités communales ne voulaient pas entendre parler d'un contre-projet à l'initiative Sauver Lavaux III, le Conseil d'Etat obtient un consensus quasi général autour de son texte. Rendu public le 6 septembre, ce dernier renforce la protection du site en réduisant les zones constructibles et propose de subventionner la viticulture. Si syndics, vignerons et partis politiques saluent ce contre-projet, qui devra encore être avalisé par le Grand Conseil, Franz Weber parle de «bla bla» destiné à gagner du temps. Pour l'écologiste, ce texte est «illégal et viole la constitution», rappelant que le délai pour soumettre son initiative au vote est dépassé. La Cour constitutionnelle devra encore trancher sur ce point.
«C'est Lavaux vivant que le Conseil d'Etat souhaite!». Devant un parterre de journalistes impatients, la conseillère d'Etat Béatrice Métraux a présenté le 6 septembre le contre-projet du gouvernement à l'initiative de Franz Weber «Sauver Lavaux III». Il faut dire que la stratégie du canton était attendue depuis longtemps (voir encadré). La cheffe du département de l'Intérieur, en charge du dossier, était accompagnée du ministre de l'économie Philippe Leuba et du président du Conseil d'Etat en personne, Pierre-Yves Maillard. Une façon de montrer que le gouvernement fait désormais bloc sur ce sujet. Jugée trop rigide par le Conseil d'Etat, l'initiative de l'écologiste «est exagérée, estime Pierre-Yves Maillard. Nous rejoignons sa volonté de renforcer la protection du site, mais nous ne voulons pas figer la région en l'état, ni la condamner économiquement, ni déresponsabiliser les acteurs locaux, précise le chef du Gouvernement. Protéger Lavaux tient à cœur à tous les Vaudois. Sans contre-projet, le risque était réel qu'entre l'initiative et le statu quo, l'initiative l'emporte».
Zones constructibles divisées par deux
Dans les grandes lignes, le contre-projet prévoit notamment la création d'un Plan d'affectation cantonal. Ce «PAC Lavaux» exclut l'extension de la zone à bâtir et les zones constructibles seront divisées par deux. De 40 hectares actuellement, elles devraient passer à 20-25 hectares. Réduisant donc le potentiel de nouveaux habitants de 3'500 à 1'800 sur 15 ans, selon les estimations du Département de l'Intérieur. Le PAC rendra aussi définitivement non-constructible la zone intermédiaire, qui représente 6,5 hectares et assurera une protection des zones agricoles et viticoles qui représentent 78% du périmètre protégé. «Des trous d'emmental d'autonomie communale persisteront», explique Philippe Leuba. Les communes continueront à gérer elles-mêmes les zones constructibles qui représentent 20 % du territoire, mais elles seront réduites tous les 5 ans.
Une autonomie communale qui n'est pas du goût des opposants: «Le contre-projet laisse encore une marge de manœuvre trop importante aux communes, ce que nous ne voulions précisément pas dans notre initiative», réagissait à chaud sur le plateau de La Télé Laurent Kohli, l'avocat de la Fondation Franz Weber.
Syndics et vignerons favorables
Autre nouveauté, un soutien à la viticulture, «l'âme de Lavaux», rappelle Philippe Leuba lors de la conférence de presse. L'entretien et la construction de murs de vigne en pierre, en particulier, pourront être subventionnés jusqu'à hauteur de 35%, ainsi que la pratique de la viticulture écologique. «Si l'initiative Sauver Lavaux III passe, le secteur viticole serait en très grand danger, a encore souligné le chef du Département de l'économie. Ce site exceptionnel est le fruit du travail humain, nous souhaitons leur offrir un cadre légal pour leur permettre de mener, voire de développer, leur activité».
C'est sans doute ce dernier point qui a fait pencher la balance du côté de la Commission intercommunale de Lavaux (CIL) regroupant les syndics de toutes les communes concernées. Si l'association s'était dite opposée à tout contre-projet encore en avril dernier (Le Régional 655), elle a finalement décidé de se rallier au Conseil d'Etat «Le fait que les vignerons puissent agrandir leur exploitation a pesé dans la balance, avoue Maurice Neyroud, président de la CIL, également vigneron. Le maintien d'une certaine autonomie communale en accentuant dans un même temps la préservation du site a aussi joué un rôle majeur dans notre soutien au contre-projet». Si des Verts au PLR, les différents partis saluent ce texte, le Conseil d'Etat devra encore obtenir l'aval du Grand Conseil et cherchera aussi le soutien des municipalités des communes de Lavaux.
Textes et photo: Zoé Decker

