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Les relieurs font de la résistance

Vevey La mort en direct des artisans du papier n'aura pas lieu. Ainsi en ont décidé trois femmes à la tête de Dlignes art graphiques. Elles forment l'unique apprenti en Suisse romande et bouillonnent d'idées pour donner un second souffle au papier.

Michelle Baeriswyl, Willy l'apprenti, Adeline Cardinaux et Tessa Wymann font perdurer le savoir-faire du cartonnage.SG

Sandra Giampetruzzi

«Nous vivons quasiment en direct la mort de notre profession. Pour nous, le métier de relieur devrait s'adapter à la modernité, malheureusement nous ne sommes pas rejointes dans cette idée par nos pairs qui sont pour la plupart des hommes d'un certain âge qui pensent que la reliure n'existera tout simplement plus en Suisse après leur départ à la retraite. Nous ne sommes pas d'accord avec ce constat, lance Michelle Baeriswyl, associée chez Dlignes arts graphiques à Vevey. Le problème c'est que les gens ne savent pas que nous existons encore».

Touche féminine

Pour ces trois femmes, Michelle, Adeline et Tessa, l'aventure a débuté il y a bientôt quatre ans, lorsque le relieur Daniel Boulenaz, décide de remettre son atelier. À l'époque, le marché de la reliure périclitait déjà. «On savait qu'on n'avait aucune chance de trouver un emploi dans ce milieu-là après notre apprentissage. C'est ce qui nous a poussé à nous mettre à notre compte», raconte Adeline Cardinaux. Il a fallu jouer des coudes au début pour se faire connaître et reconnaître. «On a dû convaincre nos partenaires qu'une entreprise comme la nôtre pouvait être viable. Il a fallu qu'on déborde d'idées pour attirer les clients et les partenaires financiers. Après c'est le bouche à oreille qui a opéré», reconnaît Tessa Wymann. Aujourd'hui, les étudiants du CEPV (Centre d'établissement professionnel de Vevey) et de l'ECAL (Ecole cantonal d'art de Lausanne) viennent vers elles lorsqu'ils doivent remettre leur dossier de fin d'études.

Savoir innover

Une grande partie de leur travail concerne la reliure d'archivage que ce soit pour les notaires, les communes, les avocats, les tribunaux ou encore les bibliothèques. Cette clientèle-là a tendance à diminuer à cause de l'arrivée de la numérisation. L'autre 50% de leur chiffre d'affaires est réalisé par une clientèle privée. C'est là que la créativité entre en scène. «Il faut oser détourner les techniques, utiliser des formats spéciaux. C'est notre force. Jouer avec les textures, les couleurs, comme par exemple le papier qui a le toucher de la peau, qui brille dans la nuit ou un toucher de peau de vipère. Les possibilités sont infinies», poursuit Michelle Baeriswyl. Si elles sont conscientes qu'il va falloir se renouveler pour survivre, elles espèrent ouvrir le métier à d'autres domaines, comme la communication et le marketing. «On se rend compte que le mail n'a aucun impact communicatif. On revient à des jolies cartes, des emballages et découpes spéciales. C'est là qu'on a une carte à jouer». De quoi relancer les vocations.

Date:27.08.2015
Parution: 768

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