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Projet de quartier attaqué

La Tour-de-Peilz Quinze bâtiments pourraient être construits sur un site paysager sensible. Plusieurs riverains dénoncent une atteinte à une zone de verdure jusqu'ici protégée par les plans communaux et une densification disproportionnée. Pour les autorités, ce projet permet au contraire de limiter l'étalement urbain tout en soignant la transition entre milieu bâti et naturel. Le Conseil communal devra trancher.

Ce futur quartier est prévu sur le haut du coteau de la colline, en amont de la maison bioclimatique Guisan (image de synthèse du projet lauréat du concours d'architecture)Implenia

Priska Hess

Doit-on autoriser de nouvelles constructions en bordure du périmètre urbain, dans un site sensible du point de vue paysager, en déclassant pour cela une zone de verdure? Et est-il nécessaire, à l'heure de la limitation des surfaces à bâtir, de grignoter sur un tel territoire pour des questions de croissance et d'accueil d'habitants? Pour Me Laurent Pfeiffer, avocat à Montreux spécialisé dans l'aménagement du territoire, la réponse est non. Cette problématique est au cœur de l'opposition au plan partiel d'affectation (PPA) «Campagne Rossier II – La Combe de Villard» et aux modifications du Plan directeur communal pour ces secteurs, qu'il a formée au nom d'une dizaine de voisins. Parallèlement, ceux-ci se sont également opposés à la révision du Plan général d'affectation communal, mise à l'enquête en début d'année. Pour rappel, le PPA concerne deux parcelles privées de quelque 50'000 m2 en tout, à proximité du domaine de la Doges. Le projet, développé par Implenia, est d'y créer «un quartier exemplaire en termes de durabilité, dans le respect des caractéristiques paysagères et patrimoniales du lieu» (voir Le Régional 845). Il prévoit 51 logements répartis entre 7 villas urbaines et 8 villas urbaines mitoyennes. Lors de sa mise à l'enquête, le PPA a fait l'objet de deux autres oppositions. Tous jugent l'emprise des bâtiments trop importante et leur hauteur trop élevée.

Tour de passe-passe...

En ligne de mire des opposants assistés par Me Pfeiffer, la parcelle au sud du chemin du Crotton, formée d'une grande colline sur laquelle a été érigée, en 1999, la maison bioclimatique Guisan. «Depuis trente ans, la commune a fait preuve dans ses planifications d'une volonté constante de préserver comme zone de verdure et point paysager le haut de la colline. La partie aval qui était, elle, affectée en zone de villas, a été englobée en 2003 dans le périmètre de classement de La Doges, compromettant ainsi fortement la possibilité d'y construire, analyse l'avocat. Par un tour de passe-passe, le plan mis à l'enquête tente donc d'inverser l'affectation de ces deux zones. Le seul intérêt réellement favorisé étant en définitive celui de la propriétaire», soupçonne Laurent Pfeiffer, en ajoutant: «L'entreprise constructrice a mis en place une opération de séduction énorme, allant jusqu'à organiser un cocktail dans un hôtel de luxe pour présenter le projet».

Or, selon le juriste, rien ne justifierait de sacrifier cette zone à la construction: «La révision en cours du plan général d'affectation prévoit déjà une densification de l'ensemble du tissu bâti existant. Mais, la Municipalité le reconnaît, il n'existe pour l'instant pas de méthode pour calculer le potentiel de densification. Il n'est donc pas démontré qu'il n'y ait plus suffisamment de possibilité de croissance sur le territoire communal pour qu'il soit nécessaire de puiser au-delà du tissu bâti.»

Autre grief: bien que la nouvelle zone constructible soit de «très faible densité» sur le papier, le projet générerait une densification disproportionnée, la zone principale du quartier étant concentrée sur la crête de la colline, en lieu et place de la vigne actuelle. Enfin, le PPA ne réglerait pas la question de la circulation: «Les deux chemins existants ont un gabarit et une capacité insuffisants pour supporter une charge de trafic soutenue. Ils ne permettent pas à des véhicules de manœuvrer et il est impossible de croiser, sauf à l'arrêt de bus », estime l'avocat.

...ou rocade pertinente?

Reste que dans son préavis déposé le 22 mars, la Municipalité propose de lever l'ensemble des oppositions. «Les droits à bâtir ont toujours existé pour l'ensemble de ces deux parcelles», précise Victor Béguelin, chef du Service boéland de l'urbanisme et des travaux publics. Le Service du développement territorial (SDT) a lui aussi rendu un préavis positif lors de l'examen préalable du PPA: «La rocade prévue est pertinente en regard de la loi sur l'aménagement du territoire. Elle permet de densifier vers l'intérieur du milieu bâti et de limiter l'étalement urbain. La création de la zone naturelle protégée au sud permet également de soigner la transition entre le milieu bâti et le milieu naturel, ce qui est particulièrement pertinent sous l'angle de la préservation du paysage et du patrimoine, en particulier en regard de la protection du site de la Doges», explique Patrick Genoud, chargé de communication du SDT. Les opposants, eux, se disent prêts à faire recours si le PPA est accepté par le Conseil communal.

Date:27.04.2017
Parution: 850

Périmètre classé: que peut-on vraiment y construire?

Le PPA actuellement en vigueur (Campagne Rossier, 1996), définit toute la partie Est de la parcelle de la maison bioclimatique Guisan comme une zone de villas II. Or, en 2003, l’aval de cette surface a été intégré au périmètre de classement de la Doges, qui s’étend de l’aval du chemin des Béranges au chemin du Crotton. L’objectif du Canton étant de sauvegarder ainsi à la fois le domaine et ses abords. Il est prévu qu’à l’intérieur de ce périmètre "les vues sur la Doges et depuis celles-ci doivent être préservées" et, d’autre part, que les plans d'affectation de la commune de la Tour-de-Peilz «restent applicables, pour autant qu'ils respectent la décision de classement».

Or, l’une des aires de constructions que prévoit le PPA soumis au Conseil communal, est précisément située dans ce périmètre de protection. Quels sont dès lors les critères permettant d'évaluer l'impact des constructions projetées sur les vues? «Il n’existe pas de critères écrits dans ce cas», répond Francine Bujard, architecte section monuments et sites à l’Etat de Vaud. «Les atteintes potentielles doivent être évaluées par des spécialistes tels que des architectes, des architectes conservateurs du patrimoine, des urbanistes et des paysagistes, en fonction des projets présentés. La préservation des vues ne sous-entend pas forcément qu’aucune construction ne peut être érigée sur le secteur ainsi protégé. Même s’il serait bien entendu préférable qu’il reste non bâti, surtout lorsqu’il s’agit un paysage de la qualité de celui de la parcelle en question. Mais les dimensions et le nombre des bâtiments prévus, leur disposition dans le périmètre considéré ainsi que les modifications de la topographie originelle des lieux, notamment impliquée par les accès, doivent faire l’objet d’une évaluation, sur la base de dessins en perspective ou de photomontages, par exemple» explique Francine Bujard.«Dans le cas du projet de ce PPA, une démarche participative initiée par la municipalité et les propriétaires de la parcelle, avec l'aide de mandataires qualifiés, et à laquelle la Section monuments et site du SIPAL, ainsi que le Service du développement territorial ont été associés, a permis, au terme des trois séances, d’effectuer cette évaluation. Il en est ressorti que pour assurer le développement d’un projet urbanistique tenant compte de la préservation des qualités paysagères et patrimoniales du site, la solution de la rocade s’avérait la meilleure et la plus pertinent en regard de la protection de la Doges, mais aussi de celle de l’aménagement du territoire et de la préservation du paysage.»

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